Les néonazis prennent encore du poil de la bête

Avis sur Guerrière

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Retentissant succès en Allemagne — pour un film indépendant… —, Guerrière dépeint à traits fins le mode de vie d’une activiste néonazie, Marisa, emmurée dans une mouvance maintenue à flots par quelques bêtes crânes rasés endoctrinés à l’idéologie hitlérienne, épinglés de tatouages savoureux (« 88 », « Blut und Ehrt »…) et aux vives allures paramilitaires.

Sorte de « docu-fiction » ruminé sur le temps long, ce premier long-métrage de David Wnendt place sous les projecteurs une réalité que l’on aimerait tous se résoudre à oublier. Il prend le parti d’éclairer les agissements d’une cellule néonazie comme il en existe de nombreuses en Allemagne et ailleurs, petite parcelle, finalement, de la large constellation de l’extrême-droite européenne.

Pour se défausser d’entrée des canards boiteux, notons que Guerrière trimballe, à vue de pied, beaucoup de similitudes avec American History X. Même genre d’idiots, mêmes types de crânes rasés, de tatouages et de coups de points, revirements comparables... Autre contexte par contre. Bref : on pourra tambouriner à souhait sur ces reprises (éhontées), seulement, on s’accordera que lorsqu’on s’attaque au néonazisme et ses modes de frappe, la diversité ne sera, d’un cadre à l’autre, pas forcément des plus prononcées, vu le terreau sur lequel il s’enracine. Au surplus, Guerrière reste moins famélique sur le fond et nous renseigne, lui, sur les liens étroits entre contexte social et le répertoire d’action ‘militaro-politique’ de ces groupes — entre trois mille guillemets.

Car là où American History X s’engonce dans un néonazisme dénué d’origine historique limpide, Guerrière laboure le terreau des sentiments néonazis allemands, qui tient essentiellement en place — c’est bien le mot, essentiellement — par l’entretien d’une nostalgie dégoulinante et historiquement ancrée. Double nostalgie, de fait : celle d’une pureté originelle fantasmée (on connaît) qui active ipso facto la haine et la violence envers l’étranger parasite, mais, surtout — et c’est plus intéressant —, celle d’une époque grandement antisémite encore encensée par quelques allumés qui croient toujours à ses vertus – grands-pères, vétérans des jeunesses hitlériennes, pseudo-intellectuels courbés à l’extrême-droite. Rien d’étonnant à ce que le groupuscule néonazi esquissé par Guerrière se soit déniché une espèce de vieux manitou qui, sous couvert d’éducation populaire, injecte sa gangrène en brandissant des essais scientifiques en skaï, voire des vidéos foutrement rances promulguant l’holocauste. À la clé : contamination endogène à tous les étages.

Le travail de documentation mené par Wnendt lui évite bien des écueils. Au menu : tout le décorum et le répertoire de l’extrême-droite paramilitaire. On ne sait vraiment, d’ailleurs, si c’est la réalité ou la retranscription qui est si simple, si virulente, si courue d’avance. Matraquages et avanies publiques, ultra-violence, bières par hectolitres entiers, black metal nationaliste à fond les ballons : le tableau est connu. Bien plus singulièrement vient poindre ce virage imprévisible de Marisa, qui finit par se rapprocher d’un jeune immigré — effet de romance ? tout ça laisse rêveur. Vient, aussi, le renforcement des troupes par une jeune fille, bizarrement intelligente, grandement tyrannisée par son père, en quête de repères subversifs et d’un refuge nouveau. Un peu stupéfiant tout de même que sa simple fusion dans le groupuscule néonazi lui infuse la doctrine. Intériorisation inconsciente ? Difficile à dire. La labilité familiale et la faiblesse psychologique formeraient-ils alors un carburant privilégié du néonazisme, ou, plus génériquement, de l’extrême-droite ? La question reste grande ouverte.

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