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Shion Sono c'est l'enfant mal-aimé du cinéma nippon, n'ayant jamais été distribué en France. Pourtant culte, que ça soit pour son Suicide Club (ainsi que le manga qu'il en a fait), Cold Fish, ou encore Love Exposure, c'est avec une étonnante surprise que son Guilty of Romance est apparu en lice de la Quinzaine des Réalisateurs 2011. Un grand pas en avant pour un réalisateur atypique toujours enclin à glisser vers l'ero-guro (spécialité de son producteur, Nikkatsu), genre se mariant très mal avec le festival Cannois. Cela étant, on comprend que Guilty of Romance ait été sélectionné, le réalisateur ayant été bien plus « soft » qu'à l'accoutumée, violence et humiliations se situant davantage dans le texte que dans les scènes. Pourtant Sono n'hésite pas lors de brefs moments à imposer des visuels extrêmes, jusqu'au-boutistes et n'ayant rien à envier au Seven de David Fincher, les corps putréfiés et rongés par les vers étant filmés en close-up. Puis après cette introduction écoeurante, le réalisateur nous plonge au coeur d'un couple dont la vie s'est arrêtée, les jours se succédant, cela étant soutenu par une répétition à l'identique des scènes et dialogues.
Plus fort, et probablement ici son meilleur coup, Sono signe ici, et dans une discrétion qui pourra échappera à beaucoup, un Tombeau, pièce lente composée en guise d'hommage posthume (ou non) à un proche, ou une personnalité, style typiquement français, utilisé au XVIIème siècle (période baroque). Il use d'ailleurs d'une piste sonore ayant recours à plusieurs de ces oeuvres, donc celui pour Monsieur de Lully, ou encore pour les Mesdemoiselles de Visée. Non seulement le style colle parfaitement à la mise en scène très froide (en particulier durant sa première moitié), mais est dans sa thématique extrêmement pertinent (ce qui change du Dies irae de Verdi, utilisé un peu partout jusqu'à l'écoeurement). De plus, il utilise dans sa dernière partie de la répétition d'une note, usée fréquemment dans ce type de pièce, symbolisant le Mort frappant à la porte de la victime, sans pour autant que l'on puisse réellement déterminer laquelle elle sera, les deux femmes de l'histoire étant pour ainsi dire constamment ensemble. Sono sème le doute avec un découpage particulier de son histoire (subtil écho fait au corps de la victime), scènes d'enquête venant se glisser dans l'initiation de notre héroïne, en plus de la pression musicale réduite à cette simple note, anxiogène, décuplant la gravité des scènes tout autant qu'elles font appréhender au spectateur le moment fatidique où l'une des deux femmes perdra la vie.

Bien qu'il ait été dit plus haut que l'ero-guro ait été « modéré », la pellicule affiche néanmoins un étalage conséquent de la nudité féminine. Cependant, oeuvre glauque et aura thriller obligent, l'érotisme ne l'est réellement que par de brefs instants, étant sans cesse souillé par les dérapages des hommes, ceux-ci étant infidèles, violeurs, et même avec les prostitués, ils se débrouillent pour tenter de les flouer. Peu de place pour l'amour, si ce n'est entre notre jeune élève et cette prostituée expérimentée qui la guide lors de son apprentissage (Guilty of Romance clôture d'ailleurs la « trilogie de la haine » initiée par Sono avec Love Exposure et Cold Fish). Qui plus est leur vision de l'homme diffère totalement, l'une agissant comme une femme japonaise soumise se le doit, alors que l'autre, bien plus en phase avec les moeurs contemporaines, désillusionnée et libérée, lui fait prendre la pilule rouge et ouvrir les yeux sur un monde où la femme a l'obligation de se battre.
Guilty of Romance est donc une formidable surprise signée Shion Sono, autant dans sa mise en scène, dirigée de main de maître, que dans sa photo (le choix des couleurs est saisissant), ses dialogues, et évidemment de ses interprétations, offertes par le magnifique duo Makoto Togashi/Megumi Kagurazaka. Togashi confirme un talent absolument inouï, changeant de femme rangée le jour à folle dépravée la nuit, subjuguante autant qu'elle peut paraître effrayante. Kagurazaka quant à elle fait un nouveau pas vers le statut de grande actrice (ce qu'elle avait déjà fait en collaborant avec Sono sur Coldfish), laissant de côté celui qu'elle avait d' »idol » (qu'elle avait mérité, rares étant les japonaises aux poitrines si généreuses).
Un thriller passionnant, un récit féministe, un étalage d'amour pour la France (on ne pourra pas louper, en plus de la musique, le savon de Marseille), un orgasme de talent, voilà ce qui décrit Guilty of Romance, le film japonais dont la sortie en salles françaises cette année est de loin la plus justifiée.
SlashersHouse
9
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