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Michael Mann ou tout simplement, l'un des meilleurs cinéastes du cinéma ricain et même, soyons réaliste deux secondes, l'un des meilleurs cinéastes de l'histoire du cinéma, tout simplement. Un digne successeur aux grands John Ford et Sam Peckinpah, n'hésitant pas à faire constamment évoluer son cinéma (il est l'un des premiers à avoir pleinement épouser l'ère du tout numérique) et comme tout grand, piller sans vergogne par une pluie de cinéastes en herbes depuis plusieurs décennies maintenant. Quiconque admettra cette vérité implacable et se laissera tenter par le cinéma du bonhomme, s'offrira instinctivement la possibilité de jouir d'une pléthore de chefs d’œuvres et de films cultes à l'aura qualitative proprement indécente, du Dernier des Mohicans à Heat en passant par Collatéral, Révélations ou encore La Forteresse Noire et Miami Vice.

Beaucoup jugeront d'ailleurs que cette adaptation proprement éblouissante de la série culte des 80's, incarne le début de la fin de la filmo du Michael, que le peu exaltant mais réussi tout de même Public Enemies, ne sauvera pas réellement du déclin. Touché mais pas vaincu, le voilà de retour en cette année 2015 après une longue pause de six années, avec un projet tout aussi alléchant que fascinant, Hacker, salopé par la critique américaine mais attendu comme le Messie par les cinéphiles endurcis que nous sommes, ne rechignant jamais devant une potentielle oeuvre culte. Une attente insoutenable qui débouchera sans nul doute sur l'une des meilleurs péloches de ce premier semestre 2015, démontrant malgré ce que tout le monde peut penser que Mann n'a décemment rien perdu de son mojo, loin de là même. Hacker donc, ou l'histoire de Nicholas Hathaway, un taulard en permission qui, avec ses partenaires américains et chinois, et de Chicago à Los Angeles en passant par Hong Kong et Djakarta, traque un réseau de cybercriminels de haut vol.

Loin de la purge annoncée par la presse américaine, si il est bien loin d'égaler l'aura qualitative de ses précédents films, Blackhat aka Hacker n'en est pas moins un excellent thriller en parfaite cohérence avec son oeuvre, et s'inscrivant dans la droite lignée de Révélations mais surtout de Miami Vice avec qui il partage bon nombres de points communs. Brassant une pluie de thèmes avec une maestria sans borne tout en redistribuant avec malice une fois encore, les codes du film d'action (ces films sont toujours, à tort, simplement vendus comme des blockbusters d'action) au sein d'une série B très Bond/24H Chrono au pessimisme assumé mais jamais désespéré, le cinéaste ne s'autorise encore une fois aucune concession commercial et accouche d'un thriller haletant et captivant, une plongée aussi fascinante qu'inquiétante dans les entrailles du cyber-terrorisme à la fulgurance stylistique et esthétique stupéfiante. Laissant libre cours à son style profondément pictural, sa mise en scène au réalisme proche du documentaire (y compris dans son traitement visuel, ses scènes d'actions sont d'une brutalité poétique), mais également à l'exploration de ses thèmes favoris (son analyse de la violence et de la solitude en tête), l'oeuvre ne se voit finalement fragilisé que par le biais d'un scénario certes foutrement documenté mais assez bancal, tronqué par une intrigue simpliste (des agents chinois et US s'associent à un hacker pour en faire tomber un autre plus méchant) et des dialogues assez lourd.

Tout comme la narration déconstruite et explosive qu'incarnait l'expérience viscérale et estomaquante Miami Vice, Mann semble désormais bien plus synthétiser les codes de la série B et la nonchalance scénaristique qui la caractérise, que la rigueur quasi-maniaque qui définissait ses plus beaux essais. Un manque de maîtrise évident de l'univers de la cybercriminalité, mais également une certaine nonchalance scénaristique qui se retrouvera notamment dans le traitement des personnages manquant de profondeur, même si le casting reste en tout point parfait (Hemsworth y trouve son meilleur rôle). Des menus défauts dérisoires qui n'ont pas de quoi entacher pour autant le plaisir indéniable qu'incarne la vision de ce beau et intense moment de cinéma, une nouvelle preuve - fuyante mais probante -, de l'évolution cinématographique constante d'un metteur en scène qui n'a réellement plus rien à prouver et qui aura définitivement été beaucoup trop en avance sur son temps pour que ses films soient célébrés à leur juste valeur.

Pur film d'auteur filmé comme un opéra sous des atours de blockbuster désarçonnant puisque à des années lumières des productions Hollywoodiennes formatées servis dans les salles à un rythme effréné (et encore plus au sein du futur été des blockbusters chargé de 2015), renvoyant constamment à coups de clins d’œils complices le spectateur à ses meilleurs films, Hacker est une claque renversante, implacable et immanquable. Ou quand l'un des derniers grands roi d'Hollywood, au crépuscule de sa carrière, offre encore une nouvelle leçon de cinéma à un septième art US à bout de souffle et manquant cruellement d'idée, une leçon à la fois brillante d'un point de vue esthétique et narratif compte tenu de la concurrence actuelle, mais décevante en comparaison de ses précédentes œuvres dont il semble être un récapitulatif moins virtuose.

Fou mais vrai, c'est dire la perfection immense de la filmographie du bonhomme...


Jonathan Chevrier
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