Petit roquet teigneux

Avis sur Halloween

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Autant le dire d’entrée de jeu, le film de David Gordon Green ne partait pas gagnant. S’inscrivant dans une vague qui consiste à dépoussiérer toutes les icônes de la pop culture à des fins purement mercantiles, le film trainait avec lui la réputation d’opportuniste... Si le remake de Rob Zombie avait su réinvestir le mythe du boogeyman sous un angle nouveau, l’annonce du projet apparaissait comme casse gueule, celui-ci se voulant être une suite directe du film de Carpenter, œuvre séminale du genre, et de mettre à la poubelle les ersatz de plus en plus décadents qui prirent fin en 2002.
A ce titre, le générique du film commence avec une note d’intention particulièrement parlante. Puisque une citrouille fondue se recomposera devant nos yeux. Comprenez « ils ont fait de la merde, on va réparer ça » Autant dire que la promesse est grande et particulièrement couillue, alors voyons ce qu’il a dans le ventre!

Mythe en carton

Dévoilons la chose de suite, la lecture du film de Gordon Green ne peut s’effectuer que si vous avez l’œuvre de Carpenter dans un coin de votre cerveau. Le film cite très souvent son modèle, sans pour autant faire de la référence stérile. Les codes cinématographiques de Carpenter sont détournés pour servir le propos du réalisateur, qui dépeint ici une Amérique qui ne croit plus aux mythes, qui les travestit, ou les oublie. Mickael Myers n’est plus investi comme figure puritaine (pour rappel, il zigouillait tous ceux qui avaient le malheur de jouer à touche pipi), mais détruit ceux qui ne croient plus en lui.

Les relations entre les personnages sont donc appuyées par des figures mythiques cinématographiques, aux travers des costumes d’halloween qu’ils portent. L’histoire d’amour du jeune couple est renforcée par les costumes de Bonnie and Clyde (littéralement travestis à l’écran), laissant présager un destin passionnel et macabre. Le meilleur ami revêtira lui, le costume de Dracula, symbole du véritable amour et de l’amant caché.

Seulement Gordon Green dégoupillera tout ça, déshabillant les protagonistes de leurs costumes : Le couple parfait se révèlera être une fumisterie et l’amant transi, un ado ivre dont les sentiments amoureux ne vont pas plus loin que le bout de son zizi. Des adolescents qui ne comprennent plus la dimension mythologique des figures qu’ils investissent allant même jusqu’à les traiter avec mépris, Le personnage de Dave allant jusqu’à exploser une tête de citrouille, symbole de Mickael Myers.

De la même manière les rationalistes (le père, les journalistes, Dave) sont montrés comme des inconscients qui ne comprennent pas le danger, ni la dimension surnaturelle de Mickael Myers ou qui la minimisent. Si la thématique était déjà présente dans le film de Carpenter, Gordon Green lui donne un tournant étonnant au discourt méta-filmique.

Zombie au pilori

Les personnages qui dévoient les icônes de l’horreur dans le film peuvent être perçus comme des analogies des réalisateurs et producteurs qui ont tourné la franchise Halloween en ridicule. Gordon Green prend donc un malin plaisir à les zigouiller à l’écran, par la main même de celui qu’ils ont moqué. Mais la métaphore va plus loin.

Car si les suites d’Halloween sont unanimement reconnues comme…disons…bancales, Le remake de Rob Zombie fait lui l’objet de dissensions auprès des fans. L’idée ici n’est pas de juger le travail de Zombie mais de comprendre les intentions de Gordon Green.

Pour rappel Zombie fera de Myers un produit de la société américaine couplé à une relation maternelle pathologique, et non plus une vision ontologique du mal, comme conçue par Carpenter en 78. A ce titre, il violera une règle ultime pour les puristes, celle de faire parler Mickael« the shape » Myers. Rappelons également que Carpenter s’identifiait beaucoup au personnage du docteur Loomis, mettant dans sa bouche une de ses propres phrases et étant, lui aussi, persuadé de l’existence du mal pur !

Fort de ces informations en tête, le Twist concernant le Dr Sartain qui peut paraitre un peu neuneu et gratuit, est en réalité une métaphore de ce que pense Gordon Green des films de Rob Zombie, à savoir une trahison. Le Dr Sartain (Rob Zombie) est le successeur du Dr Loomis (Carpenter). S’il se fait passer dans un premier temps pour le continuateur des travaux de Loomis, il se révèlera en réalité un traitre qui tuera un policier avec un stylo (le scénario). Il est montré comme quelqu’un qui ne comprend pas Myers (le film Halloween) mais qui est obsédé par l’idée de l’entendre…parler. Idée qu’il l'amènera à mourir, la tête littéralement écrasé sous le poids Myers (le film Halloween)

Si la vision est intéressante, on touche ici un des points faibles du film, celui de ne se lire et de ne se comprendre qu’à l’aube d’informations extérieures à celui-ci. Le stylo poignard, hautement symbolique, sera perçu comme une bizarrerie james-bondienne dans un monde où il n’a pas sa place pour les spectateurs les moins avertis. À force de vouloir faire des analogies, Le film finit par oublier de dépeindre un univers cohérent.

I’ll be back !

Comme écrit plus haut, cette suite mobilise énormément les références graphiques de son ainé. Mais pour les détourner. Un procédé qui consiste à retourner les codes afin de jouer constamment avec le spectateur. Procédé que le réalisateur puisera dans l’une des meilleures suites de franchises : Terminator 2

Si certains clins d’œil sont évidents, comme la transformation de Laurie Strode en grand-mère badass, outcast, paranoiaque et à la gâchette facile, c’est dans sa façon de renverser les attentes du public que le film prend son sens.
Gordon Green filme Laurie strode comme Carpenter filmait Myers dans le premier film. Manière pour lui de signifier qu’elle est considérée comme un monstre au même titre que Myers aux yeux de la population. Ce parallèle constant trouve son climax dans la dernière scène du film où Laurie comprend que pour battre Myers, elle doit devenir son égal. La mise en scène typique de Carpenter qui donnait à Myers son aspect surnaturel est ici appliquée à Laurie. Elle se cache dans l’ombre, surgie dans le champ comme le boogeyman, et comme lui, trompe la mort lors d’une chute similaire à l’original de 78.

Hommage trop poli

La péloche de Gordon Green se plait à défourailler tous ceux qui ont pu écorner la figure mythique du film de 78. Reste que celui-ci ne propose pas de nouvelle vision et se contente de génuflexion envers son ainé qu’il n’égale jamais. Un film à la gloire de Carpenter dont on comprend mieux l’aval qu’il donna au scenario tant celui-ci le brosse dans le sens du poil.

Malgré des problèmes de rythme et une mise en scène parfois poussive, en particulier lors des scènes de confrontation, le film se permet quelques fulgurances, comme un plan séquence particulièrement ingénieux, sorte d’hommage à la mise en scène de Carpenter condensé en un seul plan et qui joue du reflet, de l’arrière-plan, de la transparence. Ou lors des scènes de tensions, ou le réalisateur insert des plans subjectifs qui n’existent pas, renforçant une présence surnaturelle et jouant avec les nerfs des spectateurs.

Malgré tout, reste au film l’image d’un petit roquet teigneux mais inoffensif, qui jappe pour défendre son maitre. Si la vision de Rob Zombie trahissait l’original de Carpenter, son doigt d’honneur paraissait bien plus salvateur pour la franchise que la déférence de Gordon Green

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