La fonte des pseudopodes

Avis sur Harbinger Down

Avatar Nushku
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On le sait, Harbinger Down est le projet Kickstater de l'équipe FX plus ou moins frustrée du remake/reboot du The Thing 2011. Et ils font donc... un remake linéaire et sans surprise de The Thing. La tension et l'élégance en moins. Bien sûr, on sent, on nous force à sentir, tout l'amour pour ce genre et pour ces films, de Carpenter à Alien et surtout envers les bon petits effets spéciaux à l'ancienne, ces vieilles recettes de mamie Rob Bottin où l'on met la main dans le cambouis, le faux sang et à la patte de latex. On n'est pas chez les dégueulis de pixels aseptisés, là, s'il-vous-plait ! Moi aussi je regardais avec de grands yeux "Le cinéma des effets spéciaux" sur France 5.

L'écriture, au-delà de l'hommage, caricature surtout les modèles sans en saisir l'équilibre, la délicate alchimie : l'escalade dans la tension, faisant fi de toute fluidité, monte par gros à coups artificiels. Tandis que les simulacres de personnages sentent le falot forcé de bout en bout. Les acteurs et en tête l'Endive principale — sûrement une cousine éloignée du Keanu — semblent sortir tout droit d'une production AB, La Philo selon Philippe ou L'Ecole des passions, à votre bon choix.
Quant au pauvre Lance Henriksen, il a tellement vieilli qu'il en a perdu sa tête si caractéristique qui me traumatisa dans Aliens et me mettait si à l'aise dans Millenium. Un peu comme quand Malcolm McDowell était apparu d'un coup, halluciné, blanchi, sorti d'on ne sait quelles limbes, dans Heroes.

Quand bien même, pour qu'un film de ce genre fonctionne, il lui faut avant tout un décor à caractère, une scène à la hauteur du petit théâtre des horreurs à venir. En somme, un dédale à l'architecture limpide ou à tout le moins caractérisée et cohérente : que l'on sache toujours où l'on se trouve, pouvoir par de petits détails imaginer la vie dedans, chaque parcelle ayant alors sa patte visuelle — couleurs et textures. Qui ne saurait se diriger les yeux fermés dans le Nostromo ? Ca marche aussi pour les séries et c'était là, à mon sens, le gros de l'échec Helix.
Or le brise-glace Harbinger manque royalement de personnalité, de présence concrète et sonne le toc à chaque plan. Foin d'éclairages et de matières, pour jouer de l'ombre, de la profondeur et de la vapeur de nitrogène liquide ou de la glace dans tous ses éclats. Cela ressemble à du télésuite Sci-Fi des années 90 et tout au long du film, à chaque gros plan, suinte ce côté amateur très désagréable. Cela ne m'étonnerait guère si le projet avait été entamé comme du vilain found footage.

La honte des pôles

Pis, la mise en scène cafouille sans cesse la mise en espace et se prend les pieds dans le tapis : dès lors qu'il y a plus de deux personnages à l'écran, la caméra ne sait plus où donner du trépied, ça gigote et tout devient confus. Partant, dès que la bestiole arrive et commence à frétiller du rhizome, à dézinguer à qui n'en veut, que ça pisse le sang, on n'y comprend plus goutte.

Et si les fameux et tant attendus effets old school en soi sont à louer, vite fait car avares et trop frétillants et en fin de compte sans grande imagination, leur utilisation, là aussi, prête souvent à rire dans des accélérés saccadés des plus grotesques, presque cartoonesques. Leurs apparitions sapent à vrai dire tout sentiment d'horreur qui aurait pu se développer sur la fin malgré ses bases d'argile. Tout ça sans pourtant un seul iota d'humour ou de recul.

Et toute tension s'annihile et l'intérêt fond comme neige au soleil.

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