...ou l'importance du vigilante movie.

Avis sur Harry Brown

Avatar Colqhoun
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Introduction. Deux jeunes en scooter roulent à toute vitesse, tournent autour d'une femme qui promène son bébé dans un couffin, tirent dans le couffin, tirent sur la femme, repartent à toute vitesse et se prennent un camion dans la gueule. Cut.

Harry Brown (Michael Caine, impérial, fragile, explosif) est un retraité qui habite une cité pourrie d'une ville anglaise quelconque (je m'y connais pas suffisamment en accents pour repérer la région). Sa femme décède d'une longue maladie et le seul ami qui lui reste se fait poignarder par des petits merdeux du coin. Ses réflexes d'ancien soldat d'élite referont vite surface lorsqu'il s'agira de nettoyer le voisinage de la racaille qui effraie la population. Autant le dire d'entrée, Harry Brown ne s'embarrasse pas d'un quelconque questionnement moral ou ne se pose de questions sur l'utilité d'une justice personnelle. Et quand bien même il serait tentant de le rapprocher d'un Death Wish (le premier), on serait encore dans le faux, dans la mesure où le film de Michael Winner jonglait avec beaucoup d'ambiguité. Ici, rien de tout cela. Les flics ne servent à rien, si ce n'est à attiser la violence de ces bandes de jeunes et il faudra donc faire parler la poudre. C'est donc face à un film fondamentalement réac que l'on assiste, et, sachant à quoi s'en tenir, on peut alors pleinement apprécier "le spectacle". Encore que, il s'avère finalement difficile de trouver tout cela réjouissant, le film traînant d'un bout à l'autre une sale tristesse et un gros désespoir, ponctué par quelques éclats d'une violence brutale lorsque le vieux Harry sort ses pétoires.

On pense alors au récent Eden Lake, survival dans lequel un jeune couple se faisait agresser là aussi par des jeunes ultra violents avant d'inverser les rôles et de dézinguer du mioche à coup de parchoc. Ce constat désespéré d'une population anglaise incapable de résoudre ces problèmes de violence urbaine, où les parents, cas sociaux, sont pointés du doigt comme étant les principaux fautifs de cette situation. Le propos est peut-être d'une radicalité douteuse, difficile toutefois de ne pas y voir une forme d'exhutoire, pour relâcher ce trop plein de pression. Alors que l'Angleterre s'est fait remarquer à plusieurs reprises pour son cinéma social, son traitement subtil et réfléchi de certaines situations dramatiques, on voit (ré)apparaître des films qui prennent le chemin opposé et offrent une solution radicale aux problèmes de société. Et en l'état, cela devient au moins autant intéressant (nécessaire ?) que le cinéma de, disons, Ken Loach.

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