La perte de l'innocence

Avis sur Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban

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Deux ans se sont écoulés entre la sortie de La Chambre des Secrets et celui-là et ça se ressent pleinement. Tant dans la mise en scène, l'ambiance ou tout simplement les personnages, on a totalement quitté l'enfance et l'innocence que Columbus avait brillamment mis en scène pour entrer dans l'adolescence pour les personnages et la noirceur pour l'ambiance.

Bien que ce soit l'unique épisode de la saga qui ne met pas en avant Voldemort, c'est, du moins avant son retour, dans celui-là que l'on ressent plus l'odeur de mort et de peur qui plane sur Poudlard. Tout en continuant d'explorer la richesse et l'immensité de l'univers de J.K. Rowling, Alfonso Cuarón se charge de faire rentrer les jeunes personnages dans l'adolescence. On ressent vaguement le début des pulsions de cet âge-là (simplement à travers quelques gestes et humeurs) mais surtout le style, les discussions, leurs rapports et leur vision de la vie. Tout chez eux changent (même les vêtements, exit les robes de sorciers et les pulls en laine façon grand-mère de Ron !) et ce virage qui semblait si compliqué, c'est avec brio et talent que Cuarón le prend.

Je me souviens que c'est le premier film que j'ai vu en VOST au cinéma mais aussi celui qui introduisait Emma Watson comme un de mes fantasmes d'adolescence (je grandissais moi aussi !) mais pourtant ce n'était pas celui auxquels j'étais le plus attaché (le second et le quatrième). Et pourtant, c'est une sacrée claque, Cuarón bénéficie d'abord du bon boulot de Columbus qui nous avait permis de nous attacher aux personnages (toujours bien consistants et nous réservant parfois quelques surprises) et de très bien commencer cette longue aventure, il bénéficie ensuite de l'univers de J.K. Rowling mais là où le film est brillant, c'est que cet univers il l'exploite avec grand talent et en y imposant sa propre empreinte. Passé une courte introduction chez les la famille de Dudley (toujours aussi marrant d'ailleurs), l'atmosphère sombre commence à se mettre en place, d'abord avec cette vision nocturne d'Harry en attendant le bus, puis avec la nouvelle d'un dangereux criminel qui aurait réussi à s'évader d'une prison gardée par d'affreux spectres où c'est réputé comme impossible à en sortir. Il distille intelligemment cette peur tout le long du récit (le train, les révélations etc) jusqu'à une dernière partie fort mémorable où tout s'emballe.

Néanmoins, malgré la noirceur qui pèse sur le récit, la magie est toujours là, tout comme quelques touches d'humour, de légèreté mais aussi d'émotion, et ça marche à merveille. Cuarón explore toujours le passé d'Harry et sa famille, tout en mettant en avant les liens étroits qu'il a avec Voldemort. L'univers de J.K. Rowling est aussi passionnant que riche et c'est dans cet opus que des lieux (le génial pré-au-lard sous la neige, la cabane hurlante, Azkaban...), créatures et divers éléments ne servant parfois qu'à être une toile de fond sont mis en avant et Cuarón les exploite avec brio, sachant bien les rendre passionnants, mais aussi il nous y immerge avec talent. La reconstitution, tout comme les effets-spéciaux (mention spéciale pour ce point-là), est parfaite et permet de mieux nous faire ressentir la magie et noirceur de cet opus. Le film bénéficie aussi, bien évidemment, de l'excellente histoire de J.K. Rowling, que ce soit dans son avancement, ses idées ou encore les nouveaux personnages (surtout Sirius Black et Remus Lupin), que Cuarón ne manque pas de bien présenter et décrire.

Cuarón orchestre parfaitement bien son récit, il sait prendre son temps lorsqu'il le faut et accélérer le rythme à d'autres moments. Passionnant tout le long, il pose peu à peu son ambiance et fait ressortir toute un panel d'émotions de son récit, et dans le même temps il inclut tension et intensité dans les moments adéquats, notamment le final. À nouveau on peut saluer le travail de John Williams et surtout féliciter toute la vieille garde d'acteur anglais, qui n'est pas pour rien dans la réussite de cette saga et de ce film. Comme toujours Alan Rickman est parfait dans la peau de l'ambigu Rogue, tandis que les nouveaux Gary Oldman et David Thewlis s'en sortent plus que très bien, tout comme les toujours parfaits Maggie Smith et Robbie Coltrane. Les jeunes interprètes sont eux-aussi toujours impeccables, on les voit grandir au fur et à mesure que les années à Poudlard passent, comme ceux de ma génération qui ont grandi avec Harry Potter, et on finit par s'attacher à eux.

Décidément ce voyage à Poudlard me réserve bien des surprises et ce troisième opus prend un virage plus sombre à l'heure où les héros rentrent dans l'adolescence et que la menace Voldemort se fait de plus en plus présente. Orchestré avec brio par Cuarón qui apporte une touche sombre et angoissante ainsi qu'un vrai savoir-faire, Le Prisonnier d'Azkaban place la barre très haute dans l'univers Harry Potter, plus encore que les deux précédents films de Columbus.

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