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Heat par Alligator

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Critique publiée par le

Cela faisait très longtemps que je n'avais pas vu ce film. Mes souvenirs n'étaient pas marqués par un grand enthousiasme. Je me rappelais un grand duo d'acteurs, cabotins ou impériaux, une belle fusillade urbaine et c'est tout.

D'une certaine manière, après cette nouvelle revoyure, mon opinion repose d'abord sur ces mêmes éléments. Pourtant, cette fois-ci, j'ai beaucoup apprécié le spectacle. Peut-être pas un immense kif, mais un bon petit, fort sympatoche. J'ai même regretté de ne pas l'avoir vu en blu-ray. Si Criterion pouvait s'occuper de son cas, je suis preneur de suite.

Premier plaisir : la belle mise en scène de Michael Mann, reconnaissable, comme une bonne vieille copine qu'on est heureux de retrouver pour un petit coup, en hommage aux délices et aux souvenirs émus du bon vieux temps. Son image est toujours bien placée, parfois surprenante, bien cadrée, imaginative, sensuelle, très picturale. Elle pourrait être froide avec ce gros travail sur les gris, les bleus, le métal des lumières qui jaillissent du noir de la nuit, cette épuration des lignes, ces sempiternelles baies vitrées, ces cités lumineuses, rutilantes. Ampoules chaudes contre ombres froides. Mais rien n'est moins froid que ces lignes, ces couleurs qui paralysent les personnages, les enferment dans un monde de solitaires qui ne savent s'ils veulent l'être vraiment. Métaphysiquement seuls face à la mort et tous ces fantômes qui errent autour des vivants, les personnages n'ont que très peu d'issues dans "Heat" : la fidélité à l'idée, d'amitié ou d'amour, d'identité, de jeu social. Même si tout cela est très dangereux, cela fait sens et permet aux hommes de continuer à creuser le sillon, à poursuivre leurs espérances même si elles les fuient sans cesse. "Heat" est un très beau film noir. Nous savons tous que nous allons mourir. Les personnages sont hantés par le chemin qui les y mènera.

Film sur l'amour et la mort, il est aussi drapé des plus beaux atours que Michael Mann sait mettre sur ses histoires. Il filme avec un soin continu des cadres les plus stylisés, des acteurs qui semblent s'ébrouer joyeusement dans ce flot d'images esthétisantes et ce magma existentiel où les personnages hauts en couleurs font plus que survivre.

Al Pacino est peut-être le récipiendaire le plus chanceux. Pouvoir laisser libre court à l'exubérance de son policier désabusé face à son addiction professionnelle, son sacerdoce un peu morbide et qui détruit progressivement sa vie familiale composite est sans aucun doute pour Pacino un cadeau qu'il goûte à sa juste valeur. Il ne ménage pas ses efforts pour incarner un flic intelligent qui tente de rester humain au sein d'une population de requins et de cadavres. Il tempête, il grimace, comme je disais plus haut, il cabotine à plein tube, avec dans l’œil cette petite étincelle, un indice de jubilation intérieure qui fait bon voir quand on est un spectateur aimant. Il prend son pieds et ça se voit. Sans effort apparent. Grande classe.

Il prend d'autant plus de plaisir qu'il a face à lui un compère, un frère d'arme à sa taille, tout aussi libre de son jeu et grâce aux certitudes de l'expérience et de l'âge sans doute. Robert De Niro possède son personnage avec peut-être plus d'intériorité. Certaines de ses scènes sont admirables. On peut littéralement lire dans ses yeux le cheminement de sa pensée et des ses émotions, notamment dans une séquence en voiture où il doit choisir entre la vengeance et une nouvelle vie.

L'association des deux personnages tient sur une seule idée, un peu ténue, celle du rôle social, du travail, de l'accaparement de la fonction sur l'individu, qu'il soit braqueur ou flic. L'astuce est un peu tirée par les cheveux. On voit bien qu'elle est le prétexte à la célébration dans la réunion de deux comédiens gigantesques.

C'est du moins le sentiment qui m'a tenu un peu éloigné du film pendant des années. Il s'est aujourd'hui presque totalement dissipé, ne prend plus toute la place en tout cas. Je peux désormais apprécier un spectacle bien pensé, à la concrétisation lumineuse, comme sait toujours si bien le faire Michael Mann. Place au plaisir de ciné, tout simplement!

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