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C'était parfait.

Avis sur Her

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Je savais que j'allais rédiger une critique – cette critique – pour Him. En collaboration avec Him. Je le savais un peu avant la séance et ça s'est confirmé dès la première demi-heure. Le problème c'est que je n'avais pas la moindre idée de qui il allait être, ce Him. Le papi qui, en sortant de The Grand Budapest Hotel, s'est exclamé juste à ma hauteur « oh je me suis laissé emporter loiiin, c'était beau » ? Non il n'avait rien à voir avec Her. Il n'aurait peut-être pas aimé. Il n'était pas Him. Il n'avait pas toutes les caractéristiques requises pour l'être. Mais qui dans ce cas ? Mon petit ami ? Définitivement trop facile. Définitivement trop niais. Et puis, c'est pas comme si je n'avais pas assez pensé à lui pendant le film comme ça. Qui alors ?

17h45 est arrivée, le voyant vert à droite de la porte s'est allumé et j'ai pénétré la salle obscure, seule. Plus excitée qu'une puce. Une bande-annonce, puis deux. Nebraska a l'air sympa. Sans plus. Un homme est entré. Sans que je l'entende. Petit, la quarantaine, des lunettes rondes sur le nez, un début de calvitie et un sac à dos noir. Peu importe. Un homme que j'ai entendu rire. Et pleurer. Qui m'a entendu rire. Et pleurer.

A la fin du générique nous étions tous les deux assis. Immobiles. Je ne savais pas trop si je devais bouger, de peur que le monde explose ou une connerie du genre. Puis finalement je me suis décidée. Les larmes aux yeux, je sors, me trompe de porte, me retrouve perdue dans un couloir rouge du sol au plafond, magnifique putain. J'entends un bruit de porte qui se referme et je fais demi-tour. Je ne suis plus perdue. Je sors du cinéma. Les lumières ruthénoises, plus roses et violettes que jamais m'arrachent un sourire. Je viens de voir le plus beau film du monde. Je viens de voir le film le plus touchant du monde. Je viens de voir Her. Je [...]

C'est à ce moment là qu'un homme arrive et interrompt le flot de mes pensées. Je ne me sens pas bien et suis un peu triste de ne plus être seule avec moi-même pour profiter de ce moment unique. Fait chier en plus il me parle... Je m'oblige à me retourner, m'essuyant les yeux au passage, histoire de ne pas passer pour une grosse faible. Petit, la quarantaine, des lunettes rondes sur le nez, un début de calvitie et un sac à dos noir. Il me parle. C'est à ce moment là que j'ai su qu'il serait le Him de ma critique. Ou plutôt au moment où il m'a demandé si c'était bien moi dans la salle de « Her ». Ou « Her ». S'est-il excusé en confiant qu'il ne savait pas trop comment le prononcer. Ou plutôt au moment où il m'a dit : « Et bien, on a partagé une sacrée expérience ensemble, j'en ai pleuré ». J'ai dû avoir l'air débile moi avec mes yeux brouillés, incapable de balbutier autre chose que « Oui, c'était incroyable...». On a parlé quelque chose comme dix secondes. C'était pas très intéressant. Le silence aurait été bien mieux. Mais dieu merci, rapidement il s'est installé. Et, en guise d'au revoir, Him m'a dit :

« Merci. » Un tout petit merci. Et s'est enfoncé dans la nuit.
Mais vous n'imaginez même pas ce que ce merci m'a fait. Mon Dieu. Le plus beau merci de toute ma vie. Sûrement le plus sincère. Je suis partie. J'ai repensé au film que je venais de voir. Et j'ai pleuré.

J'ai pleuré et décidé que j'écrirai une critique sous forme de dialogue fictif avec un Him. Celui sus-mentionné.

- Vous m'avez remercié. Vous êtes venu me remercier alors que je n'ai même pas osé m'approcher pour vous demander ce que vous aviez pensé du film. Et pourtant j'en avais envie. Ou peut-être pas. Peut-être que je me sentais obligée. Bref, je n'ai pas trouvé la force de le faire. Trop bouleversée sans doute. Je suis désolée.
- Ce n'est pas grave, ne vous en faites pas. Mais dites moi, mis à part «C'était incroyable » vous n'avez pas dit grand chose. Le film est terminé depuis 2h, vous vous sentez capable d'en parler désormais, non ?
- Je ne sais pas. Je crois que non. Mais j'imagine que je me dois de faire un effort. Vous savez je l'attendais depuis si longtemps que je n'arrive pas à m'en remettre. J'espérais si fort que j'allais aimer que j'y croyais dur comme fer. Et pour une fois, je ne me suis pas trompée. C'était magnifique de bout en bout. Gracieux. Je ne saurais le décrire... Je...
- Oui je comprends... Oh pardon, continuez...
- Je... Euh... Pour tout vous dire, une vague de frissons m'a envahie dès que le petit Her, écrit à la main en blanc, sur fond noir est apparu. Premières notes de musiques et...
- *pensif* C'est vrai qu'elle était chouette la musique !
- A qui le dites-vous !!! Composée par Arcade Fire, vous connaissiez ?
- Oula non, je n'avais même pas entendu parler du film avant d'être attiré par cette superbe affiche rose. Enfin pour être honnête c'est d'abord celle de The Grand Budapest Hotel qui m'a frappé mais il n'y avait pas de séances programmées à l'heure à laquelle je suis arrivé. Alors le groupe... Haha non. Il s'agit d'Arcade quelque chose, donc ?
- Arcade Fire, oui. C'est l'un de mes groupes préférés. Mais passons.
- Ok.
- La photographie. Les décors. Les vêtements.... Pfiiiou... Que dire ?
- Parfaits.
- C'est cela. C'est tellement cela. Ce style minimaliste, ces couleurs. J'ai toujours rêvé de ce monde, Spike l'a fait. Et puis ces acteurs. Joaquin. Rooney. Amy ahlala. Cette voix, oh Scarlett.
Et cette sensibilité. Cette justesse. Tout est confus dans mon esprit je n'en attendais pas tant.
La justesse du propos surtout. Le fait que les personnages répètent « actually », « basically » ou des mots du genre à tout bout de champ, parfois plusieurs fois par phrase, ou même le fait qu'ils laissent facilement échapper un « fuck » par ci, par là, ça c'est juste, naturel. Encore une fois je le répète tout est un peu confus dans ma tête, vous ne me suivez certainement plus...
- Oh si si, je vois parfaitement. J'ai ressenti un peu la même chose. C'est bien plus qu'une évidence, le réalisateur a énormément réfléchi. C'est si plaisant de ne pas avoir l'impression d'être pris pour un idiot.
- Haha, oui.
- C'était une très belle histoire d'amour sinon.
- Magnifique. J'ai pleuré. Beaucoup pleuré.
- Moi aussi. Et bien moins discrètement que vous.
- ...
- ...
- Et bien je crois que nous avons fait le tour pour l'instant.
- Oui. J'espère le revoir bientôt.
- Ah oui ? Je ne sais pas trop si j'ai envie de le revoir. Fin si, j'en ai très envie, mais en même temps j'ai peur. Peur que la magie du premier visionnage ne s'efface à tout jamais. C'est stupide mais...
- Rien n'est stupide. Soyez-vous même et laissez la stupidité aux autres mademoiselle. Faites comme Amy.
- Faisons tous comme Amy.
- Faisons comme ça oui, surtout qu'apparemment le futur est beau.
- Et notamment ses jeux-vidéo, si vous voulez mon avis héhé.
- OH OUUUUUI. Bon allez, merci.
- Adieu de tout cœur*

C'était parfait.

* L'aigle à deux têtes, Cocteau

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