La critique dont VOUS êtes le HEROS

Avis sur Her

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1.
Vous incarnez Luc Lalouze, jeune chômeur au physique disgracieux, passionné de jeux vidéo. Le virtuel a eu des conséquences désastreuses sur votre vie sentimentale. En effet, à l’âge de 26 ans, les plaisirs de la chair vous sont encore inconnus. Mais tout espoir n’est pas perdu, ce soir vous avez délaissé la console pour une séance de ciné en compagnie de Lola Labelle, votre voisine aux yeux ensorceleurs. Her se termine, vous quittez la salle avec un objectif précis, séduire la belle afin de l’entraîner dans votre taudis. Une fois dans la rue, Lola vous demande ce que vous avez pensé du long métrage. Si vous préférez vous attarder sur l’aspect technique, rendez-vous en 3. Si pendant la séance vous n’avez pu décrocher votre regard du soutien-gorge apparent de votre jeune amie, rendez-vous en 4.

2.
« Le personnage de Joaquin Phoenix est touchant… » vous n’avez pas conclu votre phrase que Lola exulte. D’après elle, le film parvient à créer l’émotion avec justesse. La rupture du héros, sa solitude, son mal-être sont parfaitement retranscris, parfaitement crédibles. L’histoire d’amour avec l’intelligence artificielle n’en est que plus intense. « C’est à la fois troublant et beau » dit-elle, les yeux sertis d’étoiles. Tout cela représente si bien la société actuelle, notre rapport au virtuel et les problématiques du couple ! Lola est emballée, indéniablement vous marquez des points. Pour confirmer ses dires, rendez-vous en 5. Si au contraire, vous désirez émettre un bémol sur l’originalité des thèmes abordés dans Her, rendez-vous en 6.

3.
Vous vous élancez dans un monologue en espérant épater Lola par vos talents d'orateur. Vous insistez sur la qualité de la photographie, vous n’oubliez pas les mélodies envoûtantes d’Arcade Fire. Vous enchaînez sur le jeu enthousiasmant des acteurs. L’univers futuriste vous a séduit par son aspect réaliste et coloré. A ce propos, les passages sur le jeu vidéo vous ont fait hurler de rire. Lola acquiesce et baille à s’en décrocher la mâchoire. Que faire ? Pour en revenir sur la prestation de Joaquin Phoenix, rendez-vous en 2. Si vous préférez complimenter Lola, rendez-vous en 4.

4.
« En tout cas, je ne t’échangerai pour rien au monde contre une intelligence artificielle, même s’il s’agit d’une Scarlett Johansson virtuelle » dites-vous, un sourire concupiscent scotché aux lèvres. Lola accepte le compliment et vous précise que l’actrice joue parfaitement son rôle, la voix de Johansson est superbe, on y croit du début à la fin ! Mais Lola s’inquiète, peut-être n’avez-vous pas aimé le film. Cela expliquerait les dizaines de regards furtifs que vous lui avez lancés pendant la projection. Si vous avez tout de même apprécié Her, rendez-vous en 5. Si vous préférez tenter le tout pour le tout, rendez-vous en 7.

5.
Le film vous a conquis. Cette histoire d’amour impossible entre l’homme et la machine, voilà qui soulève de nombreuses interrogations chez vous. Est-il possible de concevoir une intelligence artificielle capable de ressentir des émotions, capable d’aimer ? Troquer un être humain contre une machine pour vaincre la solitude qui enlace nos misérables existences, voilà l’idée grandiose et terrifiante de Her. Vous ne vous privez pas de partager ces pertinentes remarques, ce qui paraît ravir votre interlocutrice. Encore un effort et vous ne dormirez pas seul ce soir. Vous pouvez tenter d’émouvoir Lola, rendez-vous en 9. Si vous préférez causer science-fiction, rendez-vous en 10.

6.
« Est-ce que tout cela est vraiment original, au fond ? » Ca y est, vous avez osé. La mine déconfite de Lola ne vous rassure guère. Il est temps d’argumenter. D’après vous, l’essentiel du film repose sur une seule bonne idée, celle de la relation entre l’homme et l’intelligence artificielle. Le personnage de Joaquin Phoenix est bluffant, certes, mais il est passif, affreusement passif. A aucun moment il ne s’interroge sur cette relation stérile ou sur ce qui se cache derrière cette intelligence artificielle révolutionnaire. Her effleure donc des sujets passionnants mais prend soin de les contourner pour ne pas perdre une partie de son public en cours de route. L’intention de Spike Jonze est peut-être de contenter tout le monde ? Lola vous dévisage, hébété. Si vous désirez camper sur vos positions, rendez-vous en 8. Si vous préférez sauver les meubles, rendez-vous en 7.

7.
Vous n’avez pas tellement envie de vous élancer dans un vaste débat sur le film, cela pourrait vous jouer des tours. Et puis, après tout, ce n’est pas la passion du cinéma qui vous a conduit jusqu’ici mais plutôt les formes enivrantes de Lola. Une inspiration et vous vous jetez à l’eau : « ça te dirait de venir boire un coup à la maison ? » Lola hausse les épaules, déçue par votre impatience « non, je dois rentrer. » Elle vous offre un vulgaire signe de la main en guise d’adieu et vous délaisse à votre triste sort. Il ne vous reste qu’à rentrer à la maison et ressortir du placard votre collection de films érotiques des années 60.

8.
Vous choisissez d’enfoncer le clou. Non, Her est un film bien trop sage, bien trop lisse. Vous en venez même à regretter le final d’une niaiserie sans nom qui ne saura satisfaire que les plus optimistes spectateurs. Her commence bien, oui, mais il se complait ensuite dans un festival de bons sentiments gélatineux. L’emballage est beau, l’intérieur est plat comme une crêpe bretonne. Ce n’est pas en enfonçant des portes ouvertes qu’on fait un grand film. Cette ultime remarque semble avoir produit son petit effet. Lola est suspendue à vos lèvres. « Tu n’as pas tort, Luc. Et si nous discutions de tout cela autour d’un verre ? » Victoire. Ce soir, vous ne dormirez pas seul en compagnie de votre chat incontinent nommé Edgar mais aux cotés de la voluptueuse Lola Labelle.

9.
Tout comme le héros d’Her, vous avouez passer des nuits entières à jouer aux jeux vidéo. Vous avez fini cinq fois Pokémon et vous êtes niveau 92 sur Diablo II. Tout cela ne vous empêche pas de vous sentir horriblement seul, vous ne seriez pas contre un peu de compagnie féminine. Lola vous accuse d’être un no-life, quant à votre ressemblance présumée avec Joaquin Phoenix, cette dernière se charge de vous remettre les pieds sur terre. Il vous manque la moustache et les yeux bleus. Sur ces révélations, elle vous quitte, prétextant un rendez-vous important avec son banquier. Il ne vous reste qu’à rentrer chez vous et relancer une partie de Pokémon en attendant des jours meilleurs.

10.
Vous avez aimé le film, tout simplement parce que la science-fiction, c’est votre truc. Une fois lancé sur le sujet, vous ne pouvez vous empêcher de faire part de votre amour déraisonné pour 2001, l’Odyssée de l’espace. « Ca te dirait qu’on le regarde ensemble ? » Lola déchante. « 2001 ? Le truc débile dans l’espace ? Non désolé, je préfère Gravity. » Elle invoque une excuse bidon pour vous fausser compagnie et vous voilà seul, paré pour regarder le chef-d’œuvre de Kubrick en compagnie d’un régiment de yaourts périmés depuis cinq jours.

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