L'ordin"her" de la vie.

Avis sur Her

Avatar Arthur Bobinna
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Theodore se remet difficilement de son divorce.
Sa sensibilité le pousse à se recroqueviller sur lui-même et à ressasser sa vie passée. Un jour, il achète un système d'exploitation de nouvelle génération, capable d'intelligence et de personnalité.

Dans une vie passée, "Her" est un excellent court métrage réalisé par Spike Jonze, 5 ans après son dernier long métrage, l'onirique et fantasque "Max et les Maximonstres". Seulement dans l'univers quantique de la création du scénario de Her, Spike Jonze a cru bon qu'une idée seule, suffisait à faire une œuvre de plus de 02h00.

Car l'idée d'un système artificiel intelligent n'est pas nouveau puisque Fritz Lang en faisait déjà un film en 1927, Philip K. Dick en décrivait déjà les problèmes existentielles dans son ouvrage "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" en 1966 et Stanley Kubrick abordait lui les relations difficiles qui naissent au fur et à mesure dans "2001, l'Odyssée de l'espace" en 1968 et sont les exemples les plus marquants qui me viennent à l'esprit.
Par contre celui d'une romance aurait surement été très intéressant pour un court, si l'on décide que c'est le seul et unique axe que l'on développe.

Sauf que Her dure 120 minutes, et il y a donc au moins 100 minutes de remplissage d'une romance a peine fictionnelle.
Et malheureusement durant ce temps, le film fourmille d'erreur, d'incohérence et d'hésitation, voire de paresse.

Techniquement tout d'abord.
A l'inverse du récent "The Grand Budapest Hôtel" par exemple, ici aucune scène ne semble avoir été pensée. La caméra suit à l'épaule le récit au hasard des plans montés, mais jamais Spike Jonze ne donne l'impression de savoir pourquoi il a choisi tel angle ou telle plan pour une scène. On a plus l'impression d'un voyeurisme primaire forcé. Je citerais par exemple les nombreux plans aériens qui n'ont aucun rapport avec l'intimisme de mise pour ce scénario ou les plans successifs pour une même scène de canapé sans que ces derniers n'aient de sens ou mettent l'accent sur quelque chose.

Ensuite pourquoi avoir saturé le rouge durant tout le film, sauf lors des flashbacks ? Quel est le sens de ce jeu de couleur ?
Lorsque "Hero" de Zhang Yimou ou "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar sont construit sur ce jeu de couleur entre les scènes, cela a un sens. Chaque tableau, chaque couleur, définissent soit un personnage, soit une émotion, elles sont là pour mettre le spectateur en situation, et donner un coté presque impressionniste à l'œuvre.
Hors ici, la surexposition du rouge ne suscite rien, cela ressemble uniquement à un caprice artistique.

Il existe actuellement un courant de pensée qui veut croire qu'une "belle photo" suffit à assurer la qualité d'un média. Les clips musicaux, les photos et spots de publicités, les jeux vidéo et donc les films ou séries, se contentent aujourd'hui de fournir une qualité "High Definition" et de jouer sur l'exposition et la focalisation pour donner des effets soit disant artistique.
Sauf que beaucoup oublient que la forme ne doit jamais être le contenu principal. La forme est là pour sublimer le fond, car le fond est irrémédiablement la base réfléchie de tout art, même dans la photo, même dans la peinture.

Maintenant les problèmes du scénario et du récit.
Premièrement le fils est bourré d'incohérence et notamment sur la conception même de sa science-fiction.
"Samantha" ou "OS1" n'est pas une intelligence artificielle. C'est une humaine ou bout d'un téléphone qui joue à ressembler à un ordinateur.
Jamais une forme d'intelligence n'a autant désiré que cette "Samantha" être humaine. Lorsque HAL9000 dans 2001, l'Odyssée de l'espace, prend des décisions, jamais il ne souhaite être humain.
De même Roy Batty dans Blade Runner, sait pertinemment qu'il n'est pas humain, et ses regrets ou ses émotions ne sont pas la déception de ne pas être humain, mais au contraire de ne pas être considéré comme une vie à part entière.
Le propre de l'intelligence n'est pas d'imiter ou d'envier les autres formes d'intelligence, mais au contraire de sublimer sa nature et de comprendre que sa propre espèce possède des facultés et des émotions uniques et d'autres communes.
Or "Samantha" qui est censée être une intelligence supérieure capable à l'image de "Matrix" de connaitre et d'appréhender n'importe quelle connaissance à la vitesse de la lumière, a parfois du mal à s'exprimer.
Il est absolument stupide de réduire les émotions à une suite d'évènements alors que la perception de chacune est un algorithme indéfinissable entre le vécu et l'éveil.

Cela amène à se demander, pourquoi avoir décidé de faire du Samantha un logiciel plutôt qu'une humaine délocalisée finalement, car mis à part les 15 dernières minutes qui tentent légitimées ce postulat par une pirouette, si ce n'est d'émoustillé les profanes de nouvelle technologie avec une pseudo science-fiction a peine réfléchie.
Car non la science-fiction n'est un simple agglomérat d'idées nouvelles et de technologie rêvée. Ici Spike Jonze s'efforce de nous démontrer qu'il a des idées et comment il voudrait que les nouvelles technologies accompagnent notre quotidien. Sauf qu'il ne semble absolument rien comprendre à ces choses.
OS1 qui est censé être le premier système pleinement intelligent, se lance d'un coup dans une discussion avec un jeu vidéo de Théodore, qui est finalement tout aussi doué d'analyse.
Alors que des caméras miniatures et que aujourd'hui même Google commercialise ses "Google Glass" Théodore se balade avec son téléphone portable dans une poche trop grande et ajusté avec un épingle pour être les yeux de "Samantha". Si l'intérêt est évident pour donner "corps" à Samantha, la démarche est n'est pas logique puisque ce même téléphone n'est pas fourni avec l'OS.

Le paroxysme est atteint lorsque dans scène hallucinante de panique du a la disparition soudaine de Samantha, celle-ci réapparait en expliquant qu'elle se mettait à jour. Il faut vraiment être ignorant des nouvelles technologies pour ne pas savoir que l'intégralité des médias sophistiqués font et ce depuis plusieurs années des mises à jour "Live" de leur base et de leur données.

Si ces incohérences définissent la paresse de construction, elles ne sont pas le principal défaut du film qui est avant tout un film profondément ennuyeux.
La relation n'est mis à part sa nature, absolument pas intéressante ni stimulante. Au contraire les réactions de Samantha et Theodore sont d’une banalité affligeante. C’est une soupe sentimentale niaise et mielleuse assaisonné de philosophie de bistrot sur le sens de la vie et le spleen de la solitude.

Her n’a absolument rien à dire, n’est pas poétique, n’est pas intéressant ni techniquement ni scénaristiquement, en tout cas pas sous cette forme.
Mentions spéciales à l’environnement et le choix de Samantha.
Los Angeles du futur qui n’est autre que le Shanghai d’aujourd’hui, que Spike Jonze n’a même pas fait l’effort de corriger les panneaux en chinois, la forme des immeubles ou que l’intégralité des figurants soient chinois.
Tandis que la voix de Samantha n’est autre que celle Scarlett Johansson. Cela montre le manque d’ambition de Spike Jonze en utilisant une voix humaine connue pour ne pas perturber le public et n’a même pas l’audace d’inclure l’actrice dans la seule scène qui aurait sublimé le tout, lorsque Samantha organise un rendez-vous à trois avec un corps de substitution.

Un petit film qui se fait passer pour grand, alors que seulement deux phrases de Bienvenu à Gattaca et Blade Runner suffisent à surpasser l’intégralité de Her.

« For someone who was never meant for this world, I must confess I'm suddenly having a hard time leaving it. Of course, they say every atom in our bodies was once part of a star. Maybe I'm not leaving... maybe I'm going home. » (Gattaca)

« I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate. All those moments will be lost in time... like tears in rain... Time to die. » (Blade Runner)

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