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Her par Christine Deschamps

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J'étais sortie du cinéma un peu déçue, en 2013, et j'ai vécu toutes ces années avec l'idée que ce film était d'une mièvrerie confondante. Et puis je l'ai revu, comme ça, parce que je ne m'en souvenais pas vraiment - je l'ai dit, il était vaporeux, normal qu'il ait disparu des radars. Bref, armée de courage, je me recolle devant. C'est effectivement assez mièvre, mais je me laisse bercer. Des fois, je remonte un coin de bouche paresseux, presque assez visible pour passer pour de la raillerie, tant le personnage de Joaquin Phoenix est un gentil clampin, horripilant de gentillesse. Comme les femmes ont été méchantes avec lui ! Voilà sa récompense pour avoir été aussi gentil, ça lui apprendra... Les femmes, alias son ex-femme, bien entendu. Quand elles ne sont pas injustes, elles sont nymphos, ou désespérées au tintinnabulement de leur horloge biologique, bref, les pauvres choses habituelles. Mais lui, il est gentil gentil gentil. Si gentil qu'il m'a fallu rappeler à moi le souvenir de sa présence incandescente dans Marie-Madeleine pour mesurer l'intérêt du rôle qu'il endossait ici. Pourquoi avoir choisi de neutraliser sciemment tout ce qui le rend incontournable ? J'allais m'exaspérer toute seule sur mon canapé quand quelque chose s'est produit. Un étrange regain d'intérêt, à voir se balader les gens dans les rues fantasmées d'un Los Angeles futuriste, un petit sourire sur les lèvres, en train de causer dans le vide... En 2013, ça m'avait semblé de la science-fiction un peu badine. Mais aujourd'hui, c'est le quotidien dans les couloirs de tous les établissements scolaires de France, ou du métro, ou dans les salles d'attente... on est entouré de cinglés qui gesticulent et vocifèrent dans le vide. Le règlement intérieur du lycée de ma petite ville stipule que les élèves doivent enlever un de leurs deux écouteurs pendant les déplacements, et les surveillants leur demandent gentiment de le faire à peu près 3 fois par minutes dans le mètre carré qu'ils doivent tous emprunter pour rentrer dans les murs... ma douce torpeur a commencé à céder le pas à une fascination assez morbide. J'avais bien vu que ça parlait de solitude plus que d'amour ou de technologie, mais je n'avais pas été tellement sensible à la plupart des thèmes sous-jacents; comme par exemple ceux apportés personnage de call-girl palliative de corporalité appelée par l'intelligence artificielle au secours de sa vie sentimentale condamnée à être platonique. D'un coup, ce qui était une trouvaille extravagante en 2013 m'a ramenée à des anecdotes plus contemporaines pas directement liées à cette thématique mais dont l'essence m'a semblé la même... et le film a pris une autre coloration, qui m'a finalement bien accaparé la tête, contre toute attente. J'ai donc révisé ma notation, rajouté deux étoiles, et réhabilité un récit qui propose en douceur des pistes de réflexion assez palpitantes, malgré la douceur anesthésiante de l'enveloppe...

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