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Hercule par Kogepan

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Hercule a le potentiel d'un bon film pas top mais sympathique. Ces plaisirs coupables qu'on défend bec et ongles parce qu'on aime, quoi qu'en dise les gens avec leurs arguments valables. Et d'abord parce que Dwayne Johnson (Dwayne Johnson quoi !), tout simplement, acteur passable très sympathique, comme l'était (et l'est toujours) notre ancien Mister Universe préféré, Shwarzy et son accent rigolo. The Rock n'a pas l'air bien malin et ne recevra pas l'Oscar l'an prochain, mais il ne manque pas d'humour (la preuve : il a joué pour Richard Kelly !), et sa bonne bouille perdue montrant très fort son engagement profond dans chacun de ses films remonte toujours son capital sympathie, à l'image d'un Vin Diesel dans Riddick. On aurait presque envie de lui pincer ses bonnes joues en faisant "gouzi gouzi" si on n'avait pas peur de se faire écraser les vertèbres entre les muscles des muscles de ses doigts de pieds.

Et puis ce film part quand même de la mythologie d'Hercule, demi-dieu le plus populaire selon le dernier sondage de l'INSEP. Hercule ! ses 12 travaux dont personne n'arrive jamais à se rappeler les 3 derniers ! son slip en peau de lion ! ses amours charlistes malheureuses ! ses vacances Costa avec Jason et les relous de la toison ! le massacre de ses enfants et de sa femme ! ah non ça c'est moins cool.
Hercule est classe, Hercule est huilé, Hercule étouffe des espèces protégées et récupère leur peau pour s'en faire une cagoule, Hercule est Hercule et c'est tout.

Alors en partant d'un mythe plein de promesses avec un acteur taillé pour le rôle, comment Hercule peut-il décevoir ? Il y avait pourtant cette excellente idée de scénario présentant la légende d'Hercule comme des fables brodées avec un poil d'exagération autour de missions d'un groupe de mercenaires, mené par un Hercule bien réel mais aussi bien normal. Briser le mythe, montrer la vérité supposé derrière les histoires fabuleuses... le film tente de tuer les dieux (Nietzsche powa !), au profit des hommes seuls, leur force, leur intelligence, leur courage. Hercule passe pour un héros car les légendes volètent autour de son nom, mais il n'est qu'un homme mastard brisé par son passé, qui se garde bien de démentir les histoires qui incitent les rois à faire appel à ses services (évidemment rémunérés) avec son équipe.
Idée fort intéressante, qui a le mérite de nous épargner la multiplication de monstres mal faits toujours plus gros, qui tente quelque chose.

L'ennui c'est que passée cette idée tout le reste retombe avec la grâce de mes soufflets sortant du four. Le reste de l'histoire n'est que du réchauffé, succession de clichés. En vrac : Hercule et son équipe doit former une armée de péquenots qui devient une très bonne armée, avec des phases d'exercices où il ne manque que la musique de Mulan, les méchants ne sont pas ceux qu'on croit OOOoohhh surprise !, l'homme le plus fidèle d'Hercule se barre avec le blé en disant qu'il n'en a rien à cirer des peuples soumis au joug d'un méchant roi mais revient dans la bataille finale au moment décisif, Hercule prisonnier doit savoir se pardonner et croire très fort en lui pour briser ses chaînes (c'est beau), etc.
Finalement, on a un peu l'impression d'assister à une suite de lieux communs d'histoire de héros torturé sur fond de machiavélisme royaliste. Nihil nove sub sole.

Un autre détail, qui n'en est pas un dans un film de 1h40, sont les personnages qui gravitent autour d'Hercule. Si Dwayne Johnson sort bien son épingle du jeu, tous les autres acteurs s'ennuient manifestement ferme (John Hurt en roi Cotys) ou cabotinent à mort (Ian McShan en devin guerrier Ampharios - c'est quoi ce nom ?). Quand on ne les confond pas constamment. Véridique : dans un des tableaux finaux, quand Hercule et son équipe posent pour la caméra, je me suis écrié "C'est qui lui ?!" devant la tête d'un des acteurs. Les copains d'Hercule sont tout simplement inutiles et interchangeables (physiquement : tous les personnages féminins me paraissaient joués par la même actrice, idem pour quelques personnages masculins, et au niveau de l'histoire leurs diverses compétences ne sont pas assez individualisées pour manquer quand les personnages partent faire un tour).

En dehors de ce scénario décevant et ces personnages sans originalité, j'ai aussi regretté le manque de fun. Partant d'un désir de démythifier Hercule, le film pouvait largement se permettre des efforts visuels (absolument rien de neuf de ce côté ! du soleil, de la poussière, des jupettes) ou au moins de surfer sur les excès et l'humour. Parce qu'honnêtement, j'ai bien aimé les moments de bataille où Hercule, seul face à une armée courant vers lui, les deux pieds plantés dans le sol, les accueille avec un aimable coup de massue dans la gueule, faisant voler les gaillards 15 ou 20 mètres plus loin après une courbe gracieuse accompagnée d'un cri strident d'homme ayant égaré ses roubignolles. Dwayne Johnson, faut pas l'embêter. Ces deux ou trois moments bien kiffant sont malheureusement trop rares, et entrecoupés de détours vers les copains d'Hercule dont on se soucie comme de sa première tétine.
Et puis ça manque de moments où The Rock beugle très fort pour montrer qu'il est content.

Voilà, je crois avoir fait le tour. Un film que se regarde pour passer le temps mais ne révolutionne pas l'imaginaire herculéen, malgré ses prétentions de démythification, la faute à des clichés en pagaille et des personnages trop plats. Heureusement, The Rock en jupette nous gratifie de quelques-uns de ces moments de grâce qui évitent de gâcher complètement une soirée.

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