Notre belle famille...

Avis sur Hérédité

Avatar Félix (il a osé !)
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J'espérais participer à l'enthousiasme ambiant autour du premier long métrage du jeune Ari Aster (31 ans), considéré par beaucoup d'observateurs comme le meilleur film d'horreur sorti depuis des lustres. Hélas, je vous le dit tout net : malgré toutes mes bonnes intentions, je n'ai pas vraiment accroché, c'est comme ça, je n'y peux rien. Je suis peut-être "passé à côté", j'ai trouvé ça plus proche des Conjuring, Insidious, Ouija et compagnie que des grands classiques de l'horreur auxquels les critiques les plus enflammées le rapproche volontiers. A l'image des films signés James Wan, Hérédité tutoie régulièrement le grotesque, le ridicule, le grand guignol et même parfois la parodie. Plus gênant encore, il échoue 9 fois sur 10 à faire peur malgré la débauche de moyens déployés à cette fin. Bien sûr, la peur ressentie devant un film est toujours très subjective et il s'agit là de mon ressenti personnel : le fait est que j'ai systématiquement baillé devant les scènes qui se veulent les plus tendues.

A la réflexion, lorsqu'on s'interroge plus profondément sur cet accueil dithyrambique, on en vient à se dire que Hérédité a peut-être effectivement un petit quelque chose bien à lui : un grain de folie, une certaine allure, et cela suffit à le faire sortir du lot. En mélangeant différentes terreurs, de la plus insidieuse et banale à la plus extraordinaire et surnaturelle, en jouant sur plusieurs tableaux pour mieux nous paumer, Ari Aster confère à son film une bizarrerie pas totalement inintéressante. En dehors de cela et de quelques plans particulièrement inspirés (comme Toni Collette qui paraît marcher sur le plafond avant que l'image ne se renverse), j'ai plus de mal à trouver de vraies grandes qualités à cette première œuvre assez confuse, beaucoup trop tarabiscotée et tordue pour emporter mon adhésion. C'est d'ailleurs une triste tendance actuelle : c'est en inventant des histoires toujours plus alambiquées que les auteurs de bobines horrifiques essaient de trouver de l'originalité ; en vain, le salut du genre passant plus souvent par la simplicité et l'économie de moyens.

Hérédité se veut à la fois une tragédie familiale hantée par les fantômes du passé et un pur film de trouille où le surnaturel est au rendez-vous, convoqué à grands renforts de séances de spiritisme et de sorcellerie. On nage quelque part entre Shyamalan et Polanski, mais à quelques lieues en-dessous... Le film s'ouvre sur l'enterrement de la grand-mère, un personnage au rôle central, au cœur de toutes les tensions, dont la menace planera sur toute la famille et tout particulièrement sur sa fille, incarnée par Toni Collette, une maman psychologiquement éreintée, qui devra ensuite géré une gamine (l'étrange Milly Shapiro) au comportement de plus en plus inquiétant. Des signes ne présageant rien de bon et des événements alarmants se multiplient jusqu'à ce qu'un drame terrible ne vienne encore davantage perturber tout ce beau monde et tout dérégler définitivement, à commencer par l'aîné (Alex Wolff).

Le deuil, les maladies mentales et la culpabilité des parents et des aînés sont des thèmes lourds que le jeune Ari Aster choisit toujours d'aborder de manière très frontale. Cela dérange parfois un chouïa, mais la barque paraît un poil trop chargée pour réellement faire effet. Le malaise ne pointe que très timidement, la peur est trop attendue et appuyée, par la musique de Colin Stetson notamment, pour opérer. Paradoxalement, c'est quand Ari Aster se lâche pour de bon qu'il parvient à trouver un ton plus singulier et réussit à faire relever les yeux. Le cinéaste multiplie alors les effets, quitte à convoquer tous les poncifs du genre, des personnages en lévitation aux rêves emboîtés en passant par les combustions spontanées et les insectes invasifs, pour un déluge d'horreur assez réjouissant. La toute fin du film, bien que grotesque, est sans doute la partie la plus sympathique. On regretterait presque qu'il s'arrête là et n'aille pas plus loin dans le n'importe quoi pseudo-religieux et sectaire, thème très à la mode. On verra ce qu'Aster fera par la suite, il pourrait s'agir d'une première œuvre brouillonne mais annonciatrice de belles choses à venir...

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