Patrimoine névrotique !

Avis sur Hérédité

Avatar Fritz Langueur
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"Hérédité" est un peu au cinéma d'épouvante ce que sont les génériques aux médicaments. Au final, le résultat est là mais les molécules habituelles sont différentes. Ce qui en soit risque de perturber un public accro aux dogmes du genre et in fine ne pas séduire ceux qui attendent des effets secondaires jouissifs et plus novateurs. Une fois la pilule avalée, et un peu de réflexion portée (mieux vaut réfléchir un peu au film avant de porter tout jugement) l'efficacité est là !

Ce n'est pas la première fois qu'un réalisateur choisit un film de genre pour son premier coup d'essai. Et coup d'essai réussi de surcroit. On pense à "Saw" de James Wan, "It follows" de David Robert Mitchell ou encore Jennifer Kent avec son "Mister Babadook". Ces trois films ont amené une tonalité originale dans la manière d'approcher la peur au cinéma, notamment en renforçant la crédibilité par le réalisme, qu'il soit cru et abrupt, mal inexplicable, invisible mais omniprésent ou encore décortiquant les tréfonds d'un cerceau névrosé. Ari Aster suit un même cheminement en calquant une série de drames rapprochés vécus par sa famille sous un vernis ésotérique et joue habilement entre phénomènes étranges ou cumul de facteurs environnementaux négatifs provoquant des dysfonctionnements psychologiques qui finissent par toucher toute le famille.

Dès le début, la pesanteur imposée à l'action interpelle. Les relations entre chaque membre du foyer sont terriblement tendues, de manière ouverte ou non. On assite plus à la mise en place d'un drame psychologique qu'autre chose entre une mère dont on sent le burn out proche, un père démissionnaire, une petite fille dont les troubles du comportement demandent une attention permanente et son frère fragile subissant ce contexte lourd. Bien sur çà et là se produisent des phénomènes étranges insignifiants au début, de plus en plus inquiétants à la suite.

C'est là l'originalité de "Hérédité", l'ambiance. Un peu de "Rosemary's baby", une touche de "The grudge", une froideur à la "The Witch", un bestiaire d'outre tombe digne d'un Placo Plaza. Les références sont nombreuses, les recherches tout autant. Car nombre de symboles, de signes, ou de situations illustrent également le volet fantastique (le chiffre 222 sur une porte, pentacle du triangle divin, tout l'environnement de l'origine du mal…). Le réalisateur accompagne son scénario d'un ensemble d'impacts visuels prompts à justifier le contexte tout autant qu'il s'amuse à donner dans le factice (changement de lumière d'une seconde à l'autre, maquettes de la mère, faux jump scare…).

Au deux tiers du film, on ne sait vraiment pas à quelle fin assister. Pour ne pas spoiler, je n'en dirais rien de plus que comme pour "The Witch", elle est trop manifeste et m' au peu refroidie. Mais au regard de l'ensemble, on ne peut que l'accepter telle quelle.

En plus de sa mise en scène créative, d'un montage au carré, d'une photo fouillée et calquée à chaque ambiance, le film possède bien d'autres qualités à commencer par l'interprétation (Tony Colette tout aussi hallucinante que la regrettée Shelley Duvall dans Shining, Alex Wolff quant à lui est terriblement inquiétant du début à la fin et tellement bon ! La partition de Colin Stetson magnétique et lancinante n'est pas sans rappeler celle de Popol Vuh du "Nosferatu" de 1979, elle est terriblement étrange et flippante.

"Hérédité" est un bon film même si un peu plus d'audace l'aurait portée au summum. Il marque l'arrivée d'un réalisateur dont les prochains à coups surs seront dans un tout autre registre et espérons le tout autant réfléchis.

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