Quand l'Homme veut à la fois être son loup et sa brebis.

Avis sur High-Rise

Avatar Chris-Hubert d'Estailleur
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High-Rise (adaptation d'un bouquin) offre une dystopie intéressante questionnant sur la nature humaine et les normes (de norma, instrument de mesure). Car c'est de cela dont il est question, de perte de valeurs, ou du moins, de déplacement de valeurs. Un ordre premier est remplacé par un autre : "... aider les autres à se soumettre à une logique plus puissante que la raison".Nous ne sommes pas loin d'une grande phrase rousseauiste : "Nous les forceront à être libres". Entre ces deux ordres, nous assistons à un état de Nature comme l'imaginait Sade : la loi du plus fort, la loi des instincts, celle de l’anéantissement de la morale qui finalement ne repose sur rien.

Nos sociétés modernes basées sur des concepts creux permettent t-elles une véritable union ? Le film présente finalement une vision très matérialiste des liens entre les Hommes où rien n'a de valeur en soi si ce n'est la valeur que chacun lui donne individuellement. Une femme peut bien valoir une conserve de nourriture dans cet immeuble. Les identités se perdent, les consciences s'évaporent. "My name is Richard Wilder !" hurlera plusieurs fois à la suite un personnage ne semblant même plus savoir ce qui était en jeu dans cette simple phrase.

D'un point de vue esthétique, le film est beau. Les images sont travaillées avec soin, et la bande-son colle parfaitement à l'univers et à cette folie qui règne dans les couloirs. L'enchaînement de musique électro-pop et de musique classique ne pouvait être mieux choisi.
Le bémol viendrait du scénario qui, finalement, tend à devenir répétitif, à perdre de son caractère.

Ben Wheatley détruit un peu le rêve de Le Corbusier, cet architecte humaniste du tout-béton désireux de créer des habitats collectifs à la mesure de l'Homme offrant par-là même tout le nécessaire à la vie en communauté : supermarchés, salles de sport, etc. Hélas, il en oubliait la paradoxale nature humaine. Homo homini lupus est a écrit un certain Hobbes. Espérons simplement que la Cité Radieuse de Le Corbusier à Marseille ne tende pas à se lancer à son tour dans un re-nouvellement des valeurs.

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