Film d'horreur japonais Shakespearien

Avis sur Histoire de fantômes japonais

Avatar Axel CADIN-REMY
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Plus que la simple adaptation horrifique d'une pièce de théâtre classique japonaise, Histoire de fantômes japonais est un parcours initiatique où le réalisateur, Nobuo Nakagawa, retrace toutes les étapes de la naissance du mal.

Dans le sublime plan-séquence qui démarre le film la caméra est cachée dans l'ombre derrière les arbres, comme si elle espionnait quelque chose d'honteux qu'elle ne devrait pas voir.
Cette scène où le samouraï vagabond, Lemon, assassine un père de famille qui lui refuse la main de sa fille car il a vu le mal en lui est le début d'une aventure shakespearienne, où le samouraï finira par détruire dans sa rage orgueilleuse tout ce pourquoi il a pourtant œuvré en utilisant les pires bassesses.

Lemon est un personnage glacial, stoïque, dont le kimono bleu indique de manière instinctive la malfaisance (selon les symboliques japonaises des couleurs) qui traîne son ennui et sa oisiveté en assouvissant brutalement des envies brèves dans une vie sans éclat. Il assassine les proches d'une jeune femme pour étouffer le secret du meurtre de son père et ainsi prendre sa main. Cette femme, Iwa, dont le kimono blême lui donne un aspect fantomatique et vient souligner sa pureté, a donner naissance à l'enfant de Lemon et ils souffrent tous deux de sa négligence. Lemon finira par les assassiner tous les deux sans vergogne en les empoisonnant avec un horrible produit qui défigurera la pauvre Iwa en lui greffant des écailles monstrueuses. Dans cette horrible et interminable scène où la pauvre femme agonise, elle s'arrache une partie du visage avec un rasseoir et maudira son mari dans un dialogue glaçant rendu épouvantable par le talent de l'actrice "Et toi Lemon, monstre sans cœur qui n'a donc ni larmes ni sang, crois tu que je laisserais ce crime impuni ?"

C'est seulement à ce moment que la partie horrifique commence, soit dans la toute dernière partie du long-métrage qui ne fait pourtant qu'une petite heure. Cette partie est un cauchemar où toutes les mauvaises actions du protagoniste s'abattront enfin sur lui , où la frontière entre la réalité et les folles hallucinations de Lemon sera sans cesse brisée et remise en question. Mais cette partie horrifique est plutôt grotesque et une bonne partie de cet acte est gâché pour le manque de mystère qui l'entoure.

Il faut souligner tout le soin apporté à la colorimétrie du long-métrage, outre les symboliques citées précédemment, les émotions des personnages ont l'air de rebondir sur les sublimes plans du film, où les couleurs très pâles viennent parfois se teinter d'un rouge crépusculaire.

C'est un film sobre, aux thématiques simples qui a le mérite d'être bien réalisé. On pourra lui reprocher sa longueur trop courte et la grossièreté de sa partie horrifique..

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