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Hors Satan, la nudité des faits.

Avis sur Hors Satan

Avatar ThomasRoussot
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Le pain à travers l’embrasure sinistre, donné à l’aveugle, tendu fugacement. Hameau constellé de détritus et de chiens hargneux. Il s’agenouille devant le soleil levant. Traverse la route pavée, la longe vers une fille éprouvée dans son cheminement pour baraque de tôle. Voie de traverse, elle n’en peut plus devant son feu de fortune qu’il écrase de sa chaussure élimée. Il n’y a qu’une chose à faire devant ça. Cigarette à griller d’abord. A genoux entre le sable, les briques, les cendres, enjamber les barbelés, ailleurs. Le couple d’errance va se perdre près d’un puits, elle écoute d’une oreille le son du ruissellement, pendant qu‘il arme sa carabine rouillée. Vise un quidam sortant d’une cabane d’infortune, l’abat sans coup férir. Immatriculation de la victime : 985662, le ciel s’éclaircit. Elle est fière de ce qu’il a fait, de comment il commande aux éléments, de comment il invoque les esprits, les ombres, le silence. Les hommes en bleu ont retrouvé cet époux anonyme abattu dans sa remise, « quelles sont les circonstances ? », il va falloir tout vérifier. Faire un tour à l’intérieur de la maisonnée. La veuve demande étrangement pardon à la sauvageonne qui l’accompagne, flaques, déchets de carcasses automobiles, R5 avec coqs errants.
Il hurle sereinement, allongé contre un talus herbeux. Une autre fille se porte mal, il est convié pour régler la crise, quelques jours se sont déroulés depuis qu’elle a plongé dans une mare d’hébétude, le corps amorphe. Le médecin n’y peut rien. Les rideaux sans fleurs sont rabattus, il la découvre de ses draps blancs, sans un mot. Après un rituel dont nul ne comprend le sens, il s’en va, croise un trio de motards à l’embranchement de goudron et d’inconnu qui divise la zone, s’agenouille devant les montagnes muettes pour seuls témoins. Un enraciné surgit des parages pour lui dire qu’il n’a rien à faire sur son terrain, il doit dégager lui et son campement, mais sa compagne platonique l’enjambe à califourchon pour seule réponse. Elle l’enlace et lui réclame un baiser, mais non, il n’embrasse pas, pas comme ça. Des bras ouverts, du sable et des kilomètres de frustration pour tout horizon. La mer est opale et son pull turquoise. Leurs solitudes greffées, jouxtées au silence constant. « Hou les amoureux » chantonnent des grappes d’adolescents, en bordure de talus, contemplant ce couple comme déposé depuis nulle part. Les banchages ne résistent pas à son affairement sorcier, on leur donne du pain, contre des menus services autant craints que désirés. Assis en tailleur, le fusil pointé à l’horizontale, il surveille son feu, méditatif, veilleur des catastrophes locales. Il veille, sur le vide du hameau, ses oiseaux, ses commérages, parfois, il fait cesser les piaillements à la chevrotine. Sans un mot. Tantôt un daim, un merle, un homme.
Elle le suit dans ses escapades opaques. Il tire sans viser. Elle n’aime pas les pierres qui écrasent des bêtes blessées. Mendicité du soir, concernant l’éliminé des jours derniers, les résultats balistiques ne concluent rien, pas plus que l’autopsie du défunt. Il faut classer l’affaire, ça arrangera la contrée. L’enquête est stagnante, la fille est tranquille désormais, son beau-père enterré, elle ne craindra plus ses attouchements. A genoux devant l’horizon, ils s’inclinent devant l’insondable des forêts étirées à perte de vue. Ca va aller, la mère est partie à Boulogne, la brume se perd dans leurs regards. L’état des lieux ne change qu’au gré de leurs rituels ensauvagés, entrecoupé de volailles gémissantes sous le couteau de fin de mois. Un inconnu lui dit qu’elle sent l’amour, lui vole un baiser, elle dit non, elle dit que l’amour ne sert à rien. Il n’aurait pas dû la toucher, il finira contre un arbre, le crâne fracassé. Hugo, un chien excité renifle l’effusion sanguine, une civière ramène l’amoché aux urgences, les choses sont à leur place.
Pourquoi ne jamais l’embrasser ? C’est comme ça, il s’en fiche. La léthargique est sortie de sa paralysie venue d’on ne sait où, entre une flaque et deux hurlements. Il l’embrasse goulûment, sans assentiment, elle se tait. Brasiers aux alentours, il n’y a qu’à traverser le canal, la fumée disparaîtra, sa comparse d’insomnie exécute ses conseils épurés, juchée sur une poutre, de fait, les flammes se calment. Alors elle continue. Les hommes de l’ordre se saisissent de ce marginal, qu’ils relâcheront rapidement pour ses champs de maïs qui ne vont vers nulle part, gênés aux entournures par ses myriades de regards hypnotiques.
Une randonneuse frénétique l’a aperçu dans les marais, elle veut y passer la nuit en sa compagnie, ne craint pas les moustiques, il veut bien de sa bière, à sa santé, s‘il veut il peut la pénétrer, elle s’écarte, il le fait, mode saillie dans la boue. Elle écume de bave, hurle, racle la terre de ses ongles noirs en jouissant, il hurle dans sa bouche, elle se fige. Il va nettoyer sa queue dans le lac, elle y plonge, s’endort au coin de son feu. Un nouveau cadavre est retrouvé. C’est celui de son amante de sorts, pantalon aux genoux, face contre terre. Son ange noir est comme mort, mais pas tout à fait, il tourne son corps sur le côté, comme une malle qui dérange, la tête dans l’étang, bougies en cercle, hume son cou, va dormir derrière un tas de briques, le tueur est arrêté, c’est le maître de Hugo, le cadavre n’en est plus un, elle retrouve sa mère hurlante, il s’éclipse avec le chien, loin, plus loin.

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