Genre, c'est du cinéma de genre ?

Avis sur Hostile

Avatar The 7th Art of  Sinbad
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En recherchant dans les tréfonds du cinéma français, bien en dessus de cette grande marmelade de comédies et de drames grand-public, je parviens à extirper et à découvrir cette petite oeuvre, signée Mathieu Turi. Il est question d'une romance développée en parallèle d'une aventure horrifique se déroulant au sein d'un monde dystopique post-apocalyptique, en gros. Alléchant. Intrigant, puisque français, mais alléchant.

Ma critique s'adosse sur une longue interview donnée par le cinéaste, qui semble se frayer un petit chemin sur le marché du cinéma, avec ses quelques courts-métrages et associations en tant qu'assistant réalisateur, mais à vrai dire je n'ai aucune idée de ce que peut-être cette fonction, et ce que cela implique sur le résultat d'une oeuvre. Bref, des associations étonnantes avec de grands auteurs tels que Q.Tarantino. Ce n'est pas rien a priori, alors qu'en est t-il ?

Hostile est un film plutôt moyen, qui semble expérimenter mais qui souffre certainement d'une grande immaturité. Vous le voyez, je personnifie l'oeuvre puisque cette dernière semble assurément représenter le réalisateur ; l'oeuvre semble figurer comme une continuité de son travail et de ses intentions, il affirme dans une interview qu'elle est l'extension plus aboutie de ses premiers court-métrages. Il surenchérit et précise ; il expérimente, s'inspire de grands auteurs de science-fiction. C'est un peu le Monsieur tout le monde qui fait son cinéma, fan aussi, avec bien entendu un point de vue, et pourtant ça ne fait pas de ce film, à mon humble avis, un film de genre.

Déjà pourquoi, me diriez-vous, c'est si important cette classification ? Premièrement, parce que je n'ai pas envie que de nombreux auteurs viennent proposer des œuvres "pauvres" scénaristiquement et visuellement parlant, et de justifier ce manque de moyens, d'audace et d'ambitions en disant "c'est parce que c'est un film mal distribué, un genre peu commun en France et donc un film de genre". Le film de genre ne se caractérise pas uniquement par ce statut marginal. Parce qu'un film français mal distribué se permettant d'exploiter deux genres opposés, dont un [la science-fiction] quasi-inexistant en France, veut dire que c'est un film de genre ? Genre... Non. [beaucoup de genres dans cette critique].

Hostile, n'est pas un film de genre pour moi, c'est un film de science-fiction et de romance. Pour l'attribuer dans le style tant apprécié de plus en plus de cinéphiles, il manque selon moi une approche beaucoup plus personnelle, perturbante, déroutante, extravagante, provocante même, distinctive et originale ! Un sous-art qui paradoxalement, parvient à décocher une flèche parmi quelques adorateurs du genre, et devient par le biais du bouche à oreille, une nouvelle forme d'art. Un sous-auteur, incompris, qui délivre un point de vue et une vision de manière innovante, aberrante, exagérée, saugrenue oui, bizarre, n'ayons pas peur des mots, pour devenir par extension un véritable auteur... Ou à part [oui ma définition est floue, car si je venais à trop la délimiter, elle pourrait ne plus avoir de sens]. L'oeuvre elle, demeure toujours un underground movie, une série B, une série Z, une petite oeuvre de seconde zone, le méchant petit canard qui juste, est arrivé à accrocher un public cible, une communauté ou une génération. Elle reste tout de même camper dans ses compartiments ; un dieu des ténèbres, même avec grande notoriété acquise, n'ira jamais aux cieux, aux côtés des saints et des autres grandes divinités. Bon et bien, là c'est pareil, ou sauf exceptions. [Oui c'est compliqué].

De cette définition, Hostile est un cinéma de genre qu'en partie. Une moitié qui propose de belles images en survival qui rappellerait The Descent, mais surtout Je suis une légende. Une autre qui propose une affreuse romance à la française, qui sonne affreusement faux. Il est claire, qui plus est, que le dialoguiste ne maîtrise pas l'anglais, puisque les répliques, les aveux, les insultes, comme les belles paroles ne sont absolument pas naturels. Les flashbacks, très mal gérés, résultant supposément d'un manque de réflexion durant la post-production handicapent fortement la narration et le rythme. On ne sent pas non plus une intention de s'émanciper de normes avec ce système de double-narration qui, j'insiste, ne fonctionne absolument pas. SI, on peut sentir légèrement cette conviction d'aller quelque part où peu d'artistes sont allés, mais malheureusement tout est bien trop classique, trop propre. Une grande timidité dans un projet pourtant qui paraissait ambitieux !

La seule chose à sauver réellement, est la fin, qui est réussie, intéressante et perturbante. La fin est du cinéma de genre, voyez-vous. Un climax toutefois quelque peu désamorcé par un ensemble qui me contrarie trop... Non justement qui ne me contrarie pas assez ! Javier Botet est très talentueux mais il ne peux pas faire tout le travail seul voyons. Bravo encore une fois à lui soit dit en passant.

Néanmoins, dans tout cela, on sent que le cinéaste a quelque chose à montrer, et je compte suivre son travail de près. Cette oeuvre immature, indéfinie est à mi-chemin du bon cinéma de genre, celui qui est peut-être admirable comme détestable, mais qui exprime une opinion qui perturbe et qui contrarie, avec style et distinction, avec audace et irrévérence.

Verdict : Pas assez hostile. [Fin des hostilités]

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