« Un glock, un chargeur long format, j'te montre qui est l'cow-boy, qui est l'indien. » ♫

Avis sur Hostiles

Avatar François_G_
Critique publiée par le

Hostiles de Scott Cooper est un film que j'attendais profondément, parce que c'est un western mais aussi parce que Scott Cooper est un metteur en scène que j'apprécie particulièrement. Les brasiers de la colère, Strictly Criminal et Crazy Heart sont des films forts à suivre et, pour les deux premiers, abordent la violence intelligemment par la haine qu'elle évoque. Hostiles avait l'air de s'ancrer dans ce chemin où l'homme est piégé par son instinct primaire, et avait l'air de remettre le genre du western au goût du jour.

Hostiles est plus qu'un grand western moderne, il est aussi un grand film. Scott Cooper dépeint une Amérique post-guerre de Sécession qui essaye de se pardonner de ses erreurs en montrant le peuple détruit par ses actions. Les tensions ethniques entre les indiens et les américains étaient en effet présentes jusque vers les années 1920. Scott Cooper aborde alors un sujet rarement traité au cinéma avec une brutalité moderne. Longue descente aux enfers et voyage initiatique, Hostiles emmène ses personnages au cœur de cette Amérique destructrice, à l'instar des Brasiers de la colère, cherchant les méandres humaines dans ce crépuscule funeste. Joseph Blocker est un capitaine confronté à ses propres démons, ainsi qu'à ceux des autres et à ceux de sa propre nation, ce qui est illustré par l'une des dernières scènes du film, où il tue son propre passé pour mieux renaître. A la fois désespéré et rédempteur, ce road-trip est cristallisé par son écriture certes simple mais aucunement facile. On pourra rapprocher l'oeuvre de certaines de John Ford, d'Howard Hawk ou même de Clint Eastwood, mais s'il embrasse totalement ses références, il apporte également une nouveauté dans le cinéma de western.

Scott Cooper parvient à porter un regard intense sur ces hommes et sur son travail sur la violence, par le biais de l'écriture mais aussi avec sa caméra. La violence est montrée avec beaucoup de froideur, sans détourner ses yeux humanistes, rendant les scènes chocs ponctuant le film d'autant plus monstrueuses. Les mouvements de caméra du cinéaste américain sont parfaitement maîtrisés, au millimètre près, offrant une oeuvre contemplative et une esthétique grandiose grâce à une superbe photographie. La bestialité humaine se perd d'autant plus dans ces décors arides et imposants. Puissant, fort et tragique, Hostiles est une oeuvre sur la pardon qui fait voyager par sa beauté scénaristique et plastique parfaitement portée par la partition de Max Richter mais aussi par les acteurs.

Christian Bale (The Machinist) campe le personnage principal, homme taciturne et monolithique, américain torturé, parfait pour l'acteur. Si Christian Bale incarne souvent les mêmes protagonistes, il est ici merveilleux de justesse où l'émotion se porte essentiellement dans le regard et dans l'absence d'émotions fortes sur le visage. Épuisé, vidé, il est le reflet d'une Amérique essoufflée et en perpétuelle agressivité. Rosamund Pike (The World's End) est toute aussi forte et est déchirante durant certaines scènes. Ben Foster (Hell or High Water), Jesse Plemons (Game Night), Paul Anderson (Brimstone), Wes Studi (Avatar) et Stephen Lang (Don't Breathe) sont également habités par leurs rôles. Soumis à une violence inévitable, ils montrent cependant que ces hommes hostiles sont avant tout des hommes, rongés par la mal-être de l'Amérique dilapidée.

Scott Cooper démontre qu'il est un grand cinéaste en investissant un genre qui avait besoin d'un nouveau souffle. Hostiles est un film sincère, sur ce que les américains ont traversé et traversent toujours, un film tantôt de l'Âge d'or tantôt d'une modernité sidérante, car il est la synthèse d'un cinéma passionnant et brillant où la violence engendre la violence, une spirale infernale dont ces hommes essayent toujours de sortir des années après la fin de la guerre de Sécession. Au delà de se limiter à capter une Amérique, Scott Cooper tente avant tout d'atteindre une grâce cinématographique. Impactant les spectateurs et l'année 2018, Hostiles montre également les impacts brutaux sur le monde d'une humanité imparfaite. Beau, stupéfiant, authentique.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 210 fois
15 apprécient · 1 n'apprécie pas

François_G_ a ajouté ce film à 13 listes Hostiles

Autres actions de François_G_ Hostiles