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Vivre dans l'angoisse d'un jour souffrir

Avis sur Howl

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Howl est un immense morceau du XXème siècle écrit par le non moins grand Allen Ginsberg. Dans cette effervescence post-seconde guerre mondiale, le monde et les Etats-Unis en particulier semble émerger d’un rêve douloureux et cotonneux. La jeunesse se rend compte que son avenir restera incertain tant qu’il restera dans les mains de cette vieille génération obtuse, immobiliste et conservatrice, fermement agrippée à un respect des formes sociales dans le plus grand des aveuglements.

C’est dans ce contexte sociale que la beat generation prend forme, coagulant autour d’elle tous les esprits les plus brillants et les plus désaxés, des jeunes sans espoirs et sans avenir. Drogués. Alcooliques. Intoxiqués. Hétérosexuels. Homosexuels. Pansexuels. Libres.
Faisant table rase du passé et appuyé sur sa muse éternelle Neal Cassady, Jack Kerouac en profitera pour proposer son propre courant littéraire, rien que ça. William Burroughs écrit à cette époque le Festin Nu dans la plus pure tradition beat. Une œuvre inclassable, empreinte de musicalité jazz, de vapeurs d’héroïne avec toujours ce regard désespéré et désabusé sur le monde.

Parmi tout ce beau monde, le timide Allen Ginsberg essaie de trouver sa place dans le monde et d’accepter sa sexualité honteusement décadente. Il écrit beaucoup, se pose beaucoup de questions sur son rapport à la société, ce qu’il peut en tirer pour lui-même, partage avec cette jeunesse ouverte à propos de l’art, du sexe, des femmes et des hommes, de la drogue et de l’alcool comme vecteur d’états de conscience différents et de réalités alternatives. Lutter à tous prix contre ce feu de l’ignorance qui semble consumer inéluctablement la société des hommes. Il était plus que temps de sortir des sentiers battus et de déverser sur l’époque le fleuve des mots que personne ne voulait lire ou entendre.

Ah au fait, à cette époque dans un coin de Los Angeles, Charles Bukowski noie son cynisme dans un bar vermoulu, une bière noire et tiède à la main. Qu’on ne lui parle plus de la beat generation, il s’en tape le cul.

Ce que Rob Epstein et Jeffrey Friedman propose en 2010 avec Howl, c’est une sorte d’exégèse du fameux poème de Ginsberg. Une déclamation entrecoupé d’entretiens avec le personnage de Ginsberg interprété par un James Franco effacé mais convaincant. Le produit fini est très expérimental, semblant vouloir s’aligner sur la démarche formelle de Howl sans bien sûr y parvenir. Même si l’ensemble est très bancal, on sent transpirer de ce film un réel amour pour cette période littéraire foisonnante et une volonté d’en quelque sorte vulgariser le poème de Ginsberg. Chose relativement réussie puisque le film permet de bien situer le contexte de production du poème et donne quelques clés de compréhension qui, faut-il l’admettre, ne serait pas de refus après une lecture non préparée de l’œuvre.

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