Du pain et des pieux

Avis sur Hunger Games : L'Embrasement

Avatar Socinien
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Ce film m'a plongée dans une grande perplexité. J'y allais avec un enthousiasme débordant à la perspective d'affronter un nouvelle adaptation tremblotante d'un roman qui a su habilement mixer triangle amoureux réchauffé, références latines douteuses et univers post-apocalyptique pour en faire un gloubiboulga pré-digéré facile à faire avaler aux jeunes têtes blondes transatlantiques, en même temps que des seaux de pop-corn gluant. J'étais d'autant plus confiante que le deuxième volume (car oui, je les ai tous lus grâce à la magie de l'Internet, je ne vais tout de même pas claquer 60 euros pour défigurer mon classement alphabétique de livres de poches immaculés) est grossièrement un copier-coller du premier avec plus de pyrotechnie, de scènes de douches (oui, j'ai rarement vu une héroïne passer autant de temps à se laver, manifestement dans le futur les ballons d'eau chaude sont inépuisables), de séances de relooking avec des stylistes trop stylés, ainsi que d'un auto-apitoiement constant digne de Bella Swan qui va culminer dans le troisième volume, mais je ne vous dirais pas plus, parce qu'après on va dire que je spoile et que paraît-il c'est mal.

Et bien j'ai été déçue. Mon enthousiasme a été douché rapidement. Je ne me suis pas ennuyée devant ce film. Et ma perplexité grandissait progressivement minute par minute.Car si ce film n'est pas aussi mauvais que je l'avais espéré, comment vais-je faire pour écrire une critique drôle et caustique, moi, maintenant ?

Comment expliquer ce tel décalage avec mon horizon d'attente, qui était aussi plat que l'encéphalogramme d'Ariel Sharon depuis 2006 ? La redondance du scénario par rapport au précédent sert miraculeusement le film. C'est comme si c'était un remake du premier, avec les mêmes acteurs, le même eye-liner, avec un budget plus conséquent (on quitte la forêt de Fontainebleau pour aller se dorer la pilule à Hawaï) mais cette fois-ci, comme ils n'ont plus besoin d'expliquer les quelques maigres règles qui régentent l'univers (une Battle Royale proprette sans Japs et sans une goutte de sang, la division en districts, la dénonciation de la société médiatique (il faut bien que quelqu'un prenne la place de feu Bourdieu), le pouvoir totalitaire avec Donald Sutherland à sa tête (que demander de plus ?) on peut aller dans le vif du sujet et enchaîner les scènes d'action entre deux séances de bécots de Jennifer Lawrence qui teste respectivement les mycoses du chasseur-cueilleur, frère de Thor, ainsi que celles du boulanger au nom de miche indienne, tout en s'extasiant sur ses tenues trop stylish qui lui permettent de brûler de mille feux sur des avenues aussi larges que celles de Pyongyang. Et oui, stylisme et dictature ont toujours fait bon ménage ; si vous me croyez pas, demandez à Hugo Boss.

Alléluia, le fan peut enfin laisser éclater sa joie et prédire ainsi à la sortie de la salle que si les films suivants sont aussi fidèles que celui-ci, "ça va poutrer grave sa mère" dixit un jeune fanboy émerveillé, heureux d'apprendre qu'il va avoir le temps d'acheter le coffret ultimate collector avec le pin's rutilant avant de savourer la suite sur grand écran . Car oui, tel Jésus multipliant ses pains sur la montagne, Hollywood réapprend l'art de la multiplication avec la même quantité de farine pour nourrir une population d'ados affamés de nouveauté : 1 peut égaler 3 grâce à Saint Peter Jackson, le fait que 5 soit égal à 4 à été brillamment démontré par l'épopée Twilight, et les trilogies deviennent donc des tétralogies wagnériennes. Pain bis repetita.

Malgré toutes les incohérences du scénario, et autres babouins tueurs numériques sur lesquels je ne m'appesantirai pas car d'autres le feront mieux que moi, j'aimerais conclure sur l'infinie sagesse qui émane de ce film. En effet, le deus ex machina nous démontre une fois encore que cela n'a aucun intérêt de discuter politique et stratégie avec une fille : il suffit de concevoir un plan subtil et d'attendre qu'une pimbêche en combinaison de lycra l'accomplisse sans le savoir en tirant une flèche au pif en l'air avec son superbe arc.

Et dire qu'on leur a donné le droit de vote.

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