Katniss Everdeen, c’est ridicule comme nom

Avis sur Hunger Games - L'Embrasement

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Ca ressemble tellement à l’invention d’un auteur médiocre. Moi je l’aurais appelée Natacha… ou tenez : Justine ! Un prénom courant pour lui donner une dimension humaine afin que chacun puisse s’y identifier. Parce que c’est bien ça le problème de cette saga. On a affaire à une héroïne totalement incorruptible dotée d’intentions d’une pureté sans faille. Quel manque d’imagination de l’auteur ! Mettez vous à la place d’une ado de 13 ans qui imagine une histoire. « Alors la héroïne, elle s’appellera Katniss Everdeen, elle sera super jolie et naturelle. Elle voudra sauver le monde grâce à son sens de la justice ! » Si au moins elle s’était appelée Justine… Du coup, en en faisant un personnage pur et sans faille, la héroïne est prévisible et sans intérêt. On sait très bien qu’il ne lui arrivera rien. Pire encore, le monde entier tourne autour d’elle. Les méchants veulent la tuer, les autres veulent l’aider.

Un univers à chier

Parlons-en du monde. J’imagine encore l’ado boutonneuse qui s’ennuie en salle de permanence car le prof de français est encore absent pour dépression. « Plantons le décor tout autour de ma super héroïne Katniss » : un monde bien manichéen, bourré d’incohérences. Les pauvres vivent comme des sous-roumains du moyen âge dans la neige et sont quelques centaines parqués dans des districts. On s’en fou du reste, pas de folklore, pas d’identité, juste quelques baraquements et ça ira. On ne sait pas trop ce qu’ils foutent sinon qu’ils vont à la mine (oh le cliché !). La classe dominante, les riches privilégiés, sont des millions dans une ville de buildings flambants neufs. Bien entendu, ils se maquillent au rouleau et achètent leurs fripes au cirque Zavata. Ce doit être ça le futur…

Une histoire de merde

Ce qui me tue, c’est cette espèce de fausse dimension politique. Le thème de la dictature est aussi bien traité dans ce film que la théorie de la relativité restreinte l’est dans Dumb et Dumber. Pas de ministres, pas de chef de la sécurité, pas de collabos carriéristes, pas de mesures marquantes du régime, pas de folklore (encore), pas d’identification par des symboles, non juste quelques connards avec des casques de moto blanc.
Le dictateur est faible, il ne s’occupe de rien d’autre que de ces jeux débiles totalement incohérents. A côté de lui, Edouard Baladur semblerait charismatique et François Bayrou passerait pour un visionnaire. Les riches ne sont pas oppressés et les pauvres le sont démesurément. Les personnages secondaires sont à vomir. Bref, on est jamais surpris, c’est tout pourri.

Alors changeons tout ça, refaisons le film !

Bon ça suffit pour la critique objective. Injectons une grosse dose d’imagination dans ce film. Déjà, pour un bon film, il faut un bon méchant. Pourquoi pas une sorte d’Empereur mystique qui tire les ficelles de loin. Les « méchants » auraient été des larbins du pouvoir manipulés par l’autorité suprême. Aussi maléfique qu’invisible, elle saurait jouer de l’ambition des plus faibles, comme Hitler avec les nazis.

Les opprimés auraient été des millions et l’élite seulement quelques centaines. Pas l’inverse comme dans le film. Les riches auraient été EFFECTIVEMENT supérieurs physiquement et mentalement, et pas juste des caricatures de présentateurs télé hideux et exaspérants, mais des prédateurs aussi cruels que froids. Des proto traders croisés avec des mannequins internationaux et des soldats de la légion, bien flippants.

Bon ok, on a corrigé l’univers en lui donnant un peu de cohérence : des pauvres en surnombre dominés par une micro caste génétiquement supérieure. Corrigeons maintenant l’histoire.

Une héroïne qui transcende sa nature

J’aurais voulu voir une héroïne qui ait de la profondeur. Elle aurait du tuer son coéquipier pour survivre dès le premier opus, son pote Peeta qui sert à rien avec son nom de pain grec. J’imagine une scène où la micro caste de facho explose de joie en voyant sa nouvelle héroïne assassiner sauvagement son coéquipier, préférant un instant sa propre survie à sa cause, comme quiconque aurait pu faire à sa place. Traumatisée par cette expérience, elle aurait acquis une véritable puissance scénaristique en devenant la première à douter de son univers. Son crime originel lui aurait ouvert les yeux en même temps qu’il la condamnait du point de vue de la morale. Hop, comme ça, on lui donne un vrai rôle et pas une personnalité lisse de meuf relou née parfaite.

De la proto-baston sanguinaire de ouf

Pour crédibiliser les « Hunger Games », les concurrents des jeux auraient du être des modèles de soldats génétiquement parfaits et d’une cruauté sans borne. Ils auraient du se frire les entrailles de leurs ennemis au barbecue pour exciter les foules, utiliser des gadgets technologiques de tueur pro, des modifications de leur corps et tout le bordel bien bling-bling. Notre chère Katniss-Justine aurait, en même temps que le spectateur, due être glacée d’effroi à la seule idée de les affronter. Là on a qui ? une vieille muette totalement useless, un puceau de 40ans avec une bobine de fil, un bogosse pour pisseuses post twilight et des figurants musclés qui se prennent une flèche perdue.

Une histoire à en faire chialer Molière et Shakespeare

Moi j’aurais placé Justine dans l’univers des riches. Elle aurait été, malgré elle, une créature supérieure génétiquement et son rêve aurait été de faire ces jeux de massacre. Puis le hasard l’aurait amené à découvrir le monde des pauvres qui vivent dans la fange. Elle y aurait rencontré l’amour et aurait développé un sens de la justice. Elle aurait construit elle-même sa notoriété par la provocation envers le régime en place, un régime sans visage mais très idéologique. Elle en serait devenue le symbole et sa quête aurait été de le changer de l’intérieur, obligeant le dictateur à se montrer.

Le vrai méchant aurait été introduit dès le début comme un chien de garde du régime, ambitieux et en décalage avec l’univers. Un type moche, rejeté par l’élite génétiquement supérieure, issu secrètement des pauvres. Il foutrait le régime par terre dans sa quête de revanche et d’absolu et s’avèrerait finalement pire que le dictateur découvert tardivement dans le film. Tout au long du film, Justine et le chien de garde de basse extraction s’affronterait, soit par personnages intermédiaires interposés, soit en face à face, dans les jeux ou à l’extérieur. Deux visions de l’avenir qui s’opposent au premier plan d’un système absurde qui s’effondre. Des alliés et des ennemis, des traitres et des transfuges, de la vraie politique quoi. Une Justine-Katniss qui défend naïvement la liberté de chacun et la paix dans le monde et un ex-collabo devenu plus puissant que l’Empereur qui défend une nouvelle dictature à son image, plus violente et plus égalitaire.

Voilà, comme ça, ça aurait eu de la gueule

On aurait vu une dictature puissante s’effriter de l’intérieur, deux figures charismatiques s’affronter sur le devant d’une scène, deux idéologies s’entrechoquer. Il y aurait eu des chœurs et de la guitare électrique façon Atom Heart Mother, des personnages secondaires complexes aux motivations douteuses, des manipulations et des sacrifices, des meurtres gratuits, des meurtres non gratuits, du sang, des larmes ! Un méchant que l’on comprend, une héroïne dont on aurait du mal à pardonner les écarts. Un final imprévisible avec une 3ème voie alternative, sombre mais avec un peu d’espoir, comme quand une bombe nucléaire explose et qu’on se dit "putain, tout le monde est mort mais ça valait le coup parce que c’est joli."

Allez, heureusement, j’aurai oublié ce que j’ai pensé du 2 quand le 3 sortira.

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