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Katniss Everdeen et l'Ordre du Gai Moqueur

Avis sur Hunger Games : La Révolte, partie 1

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Après l'embrasement, les cendres. Dans un rythme et un ton différent des deux premiers épisodes, ce troisième opus tient le fond et la forme de la saga. La double romance prend déplorablement de l'ampleur. Les quelques fioritures qui faisaient le charmes du premier volet ne fonctionnent plus vraiment. Néanmoins l'adaptation en deux parties de l'ultime livre a le mérite d'alléger l'allure. Cela alimente d'avantage le propos. Cet Hunger Games continue de démont(r)er une société construite sur des bases ahurissantes, il se focalise aussi sur une mouvement de résistance qui prend de l'ampleur. Ce n'est jamais manichéen, bien au contraire, grande réussite sur ce point. Quant au casting, il a encore fière allure.

Un des mérites de la saga c'est de bien faire progresser son intrigue. Les personnages évoluent tous avec intelligence. On avait fait la connaissance d'une Katniss pragmatique et austère, elle est maintenant follement guidée par ses sentiments. Les meneurs de la révolte constatent qu'elle a été « détruite par les Hunger Games ». C'est plutôt un trop plein d'amour qui atténue son assurance. Paradoxalement ses attachements sont aussi sa force de combat. "L'embrasement" confrontait déjà très bien la dualité entre défendre tout un peuple, ou les siens avant tout.
Ceux qui l'entourent la serve très bien. Ils comprennent Katniss mieux que quiconque. Plutarch, Effie et surtout Haymitch apportent beaucoup. Eux aussi ont évolués.
Le personnage du regretté Philip Seymour Hoffman n'est pas aussi probant que les autres.
Elizabeth Banks est assez admirable dans la peau neuve d'une Effie qui se fait elle même prisonnière de guerre. Elle est toujours aussi cocasse et délurée, mais son tiraillement intérieur se concrétise. Franchement convaincue du bien fondé de la révolte mais avec des gaffes aux relents des manières du Capitole.
On boit toujours les paroles de Woody Harrelson. Encore très drôle et malicieux, Haymitch expose efficacement les bontés de Katniss.
La bataille qu'ils mènent prend aussi parfaitement forme. Tout le récit s'accentue, avec ses défauts comme ses qualités. Pour en revenir aux personnages, deux d'entre eux imagent l'ambivalence du film. On retrouve en Gale toute la niaiserie avec laquelle flirte Hunger Games. Au contraire de Peeta qui continue de toucher aux profondeurs et à la violence de l'aventure.

Dans sa progression le récit plonge dans les fadaises de la romance. Au fil des épisodes, la saga s’alourdit d'amourettes puériles. C'est avant tout la présence de Gale qui le veut. Le personnage est extrêmement vide. Au départ c'est pourtant bien à lui qu'on s'attache. Il donne sans cesse l'impression de subir, sans jamais montrer de personnalité. Liam Hemsworth n'aide pas à donner de la dimension à son rôle. Certains passages de ce film atteignent même le ridicule dans des répliques insensées. « C'est parce que je souffre » nous sort pathétiquement Gale.

Si Gale est le charmant bourreau des cœurs qui devient insupportablement rasoir, Peeta est la tête à claque qui finit par nous en donner. Sans aller jusqu'à dire qu'elle soit touchante, sa relation avec Katniss est plus intéressante. Le dévouement de la révoltée est barbant, mais c'est honnête. Elle est la seule à s'inquiéter de son sort et à comprendre qu'il est manipulé. Cela met en exergue l'ambivalence dans laquelle est emprisonnée Katniss. Révulsée et détruite par le totalitarisme du Capitole, utilisée (voir manipulée) par le District 13. Ce mouvement de résistance n'est pas sans vice. Une conviction plus que louable, un procédé parfois extrémiste. La fin justifie les moyens ?

Cet accaparement n'est pas sans faire penser au cinquième volet des aventures d'Harry Potter, la laborieuse entreprise en plus. "l'Ordre du Phénix" dévoilait pareillement une assemblée secrète préparant un mouvement de révolte. Avec la même intention d'élever leur héros en porte-parole du mouvement. C'est pas traité de la même façon car vécu différemment par les protagonistes. La symbolique reste la même. La proximité entre le phénix et le gai moqueur devient même assez flagrante. L'élément de correspondance évident c'est la cendre.

Les deux premiers "Hunger Games" faisaient monter la température. Après le feu aux poudres et l'incendie, il ne reste plus qu'un tas de cendres. En cela ce troisième opus change logiquement d'ambiance. Plus d'extravagante ritournelle pour cacher la misère, le désastre et l'ignominie. Les citoyens de Panem ne sont plus aveuglés par cet esbroufe, ni même abrutis par cette (fausse) réalité télégénique. Le fluo n'est plus de bon ton (Eiffie représente très bien cela). Le rythme aussi change. Les candidats et citoyens (et donc le récit) ne sont plus précipités par l'approche et le déroulé d'autres jeux. Ce n'est plus une fuite perpétuelle vers la survie mais une avancée stratégique vers un ultime combat. L'excentricité, qui donnait du charme et soulignait le propos, n'est pas a regretter. La bataille mûrit. Il règne une ambiance de désolation saisissante.

Quoique le scénario, en plus de l'aspect fleur-bleu, fait de l'excès de bonne parole. C'est surtout très maladroit. Le chat à lui tout seul apporte son lot de catastrophes. Chacune de ses apparitions sont des moments gênants. En particuliers la poursuite de Prim, partie sauver son chat, ponctuée par une magnifique réplique : « J'aurais pas pu vivre avec ça. ». Certainement une volonté de défendre la cause animal, si c'est le cas c'est raté car aberrant et stupide. Pareille pour le regard vide sur le cerf non effrayé.
Le chat est aussi là pour apporter de la légèreté au récit. Ça n'est pas aussi efficace et juste que dans les précédents volets. La conclusion de la liste des conditions n'est pas très bien vendue, le jeu de lumière est plus sympa mais alourdie de sens.

"Hunger Games" est loin de défendre son propos avec finesse, mais il le fait avec une certaine franchise. La construction de la saga suit un fil fidèle à sa ligne de conduite. Cette première partie du dernier épisode accroît ses points forts et ses points faibles. Encore plus d'ambivalence dans le récit qui oscille entre romance confuse et combat net. La mise en scène est encore d'une très grande efficacité. La version française gâche probablement la scène chorale, immonde en VF en tout cas.
Pour finir sur la musique, mais quelle esbroufe cet annonce de Stromae à la bande-originale ! Non seulement sa participation se résume à un sample de "Merci" horriblement saccagé, mais le morceau n'est même pas utilisé dans le film.

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