Au nom de la Mère

Avis sur I Am Mother

Avatar Neo Cosmic M
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Vous vous souvenez du groupe Mecano ? Mais si le groupe de musiciens espagnols Nacho et José María Cano avec la chanteuse Ana Torroja qui par Hija de la Luna se posait la question : es-ce que la lune aussi froide soit-elle pouvait être mère ? Ce film se pose la même question, même si dans les grandes lignes, il s'agit grossièrement d'un ersatz de Terminator au féminin. Mais réduire au film à cette simple phrase lui fait passer à coté de sa thématique première. Il s'agit d'un film au travers de la science fiction parle de maternité et de jusqu'où on peut aller pour donner à sa descendance une vie meilleure.

Terminatrix, le jugement dernier

D'une part je trouve le film vraiment bien réalisé. Il n'a pas une mise en scène folle, mais la direction artistique est vraiment inspirée. Le film me rappelle le film de l'an dernier TAU qui était aussi un film de science fiction et un huis - clos. La base où se situe principalement l'action est un vrai labyrinthe à l'esthétique froide mais aussi réaliste. On a un film de s.f qui montre bien l'enfermement sans que ce soit enfermé mais un havre de paix assez froid. L'extérieur en revanche n'est pas très post-apocalyptique. Enfin si, il l'est mais on est dans un monde colonisé et non en ruine. Même si les indices de ce qu'était la planète avant existe...mais ça on y reviendra. Du coup, on sait où on est et comment est le monde avec des plans de caméras qui montrent pas mal de vue d'ensemble mais aussi des plans rapprochés. Mais ce qui importe ce sont les personnages.

Robinson, Vendredi et la Robot

Comme TAU, on a 3 personnages dans ce huis-clos. La première étant la fille jouée par Clara Rugaard. Il s'agit d'une enfant née artificiellement et élevée par le robot avec une voix robotique féminine appelée Mère. C'est une fille curieuse qui considère réellement le robot comme sa mère et qui a été élevée de manière à ce qu'elle soit une femme parfaite, mais aussi dans l'espoir d'avoir une grande famille si elle est fidèle. Elle sait que le monde a été détruit et que la base est le dernier bastion de l'humanité...mais elle est seule. Evidemment, on sait que ses certitudes vont être bouleversée au point qu'elle remettra en question la sincérité et l'autorité de Mère à cause de l'arrivée de la femme blessée.

Femme blessée jouée par la trop rare Hilary Swank (dommage qu'on la voit de moins en moins depuis le Dalhia Noir) est une survivante qui va trouver refuge grâce à la fille et va remettre en cause le statu quo de leur monde en bouleversant la certitude de la fille. Selon elle Mère n'est pas du tout celle qu'elle croit au point que le robot qu'on a vu comme étant pacifique deviendra pratiquement le robot tueur à la Terminator. Cependant, même elle se révélera très ambiguë dans ses intentions.

La Mère (Luke Hawker pour la performance capture et Rose Byrne pour la voix) est un robot froid qui se révèle pacifique mais dont son raisonnement logique fait qu'elle n'a pas la même empathie qu'une véritable humaine. Cependant, elle aussi se révélera bien plus complexe qu'au prime abord dans la mesure où elle a véritablement caché la vraie nature de ce qu'elle est et ses vraie intentions.

Pour la maternité et l'humanité

Le film qui oscille entre huis - clos horrifique et science fiction pure pose vraiment la bonne question de la maternité et de sa légitimité. La grande question étant : peut-on être digne d'être des parents et jusqu'où peut-on aller pour le bien de son enfant. En effet, Mère est un robot élevant la fille comme une vraie mère, en étant très protectrice avec elle et en lui enseignant tout ce qu'il y a savoir dans les domaines scientifiques, philosophiques et culturels. De même, bien qu'elle n'a pas vraiment d'empathie (du moins au début), on sent qu'elle est attachée à sa fille et la préserve de sa vraie nature. De même, la Femme qui se méfie de la Mère connaît sa vraie nature mais cache aussi ce qu'elle est vraiment et ce qui est arrivée réellement au reste de l'humanité à la Fille. Au final, la Femme veut se substituer à la Mère sachant qu'elle ne voit en - elle qu'un robot tueur. La Fille en revanche est percluse de doutes, ne sachant qui croire ; sa Mère ou la Femme (renforcée par le faite que visuellement Hilary Swank ressemble à une version âgée de Clara Rugaard). Quant à la Mère, elle se révèle bien plus logique et si au départ on pensait que c'était pour protéger sa fille, on remarque que tout n'était qu'un plan préparé afin de vérifier si la Fille est prête à être ce que la Mère souhaitait : être la nouvelle Mère de l'humanité. En effet, la thématique de la maternité parcourt tout le long du film et surtout la légitimité de la maternité. Mère est une mère pour la fille mais c'est un robot qui a fait des choix radicaux, la femme/Hilary Swank était elle aussi une mère et semble vouloir se substituer à Mère et la fille Clara Rugaard découvrira la vérité sur son monde et finira par faire ce que le robot a programmé, devenir la nouvelle Mère

C'est d'autant plus renforcé par la fin où la fille découvre qu'elle était une clone créée par le robot afin d'être la fille parfaite. En effet ce dernier estimant que l'humanité était monstrueuse (confirmé par le faite qu'on a des plans où ne voit de derricks inactifs montrant que l'humanité exploitait trop les ressources de la Terre , et l'endroit où vivait Hilary Swank étant des containers pleins de vivres), a décidé de les exterminer afin de faire renaître une nouvelle humanité qu'elle estimait parfaite. Sauf que pour elle sa fille n'est pas encore prête et que si cette dernière la tue, elle pourra survivre en se réincarnant. Finalement, ne voulant plus vivre avec sa Mère meurtrière pour le bien de tous elle décide de la tuer et d'élever son petit frère. On remarque ensuite que le robot s'est réincarné dans un autre de ses gardiens où elle révèle qu'en réalité, elle savait qu'Hilary Swank avait survécu et qu'elle s'était servie d'elle pour mettre sa fille à l'épreuve. Et que maintenant que sa fille l'a tuée, elle a rempli son rôle

Je trouve cette fin à la Conan assez révélatrice. Il y a donc un passage de relais entre l'ancienne humanité et la nouvelle humanité symbolisée par la fille. D'ailleurs, la figure de la mère est très présente de manière littérale et figurative : La Terre elle-même qui nourrit la colonie mais plus le reste de l'humanité, les statuettes représentant la Vierge présentes dans le container qui symbolise aussi la mère de l'humanité dans la religion chrétienne, le robot Mère qui est non seulement la mère (adoptive) de la fille mais la mère des robots qui ont exterminé l'humanité, Hilary Swank qui veut devenir la mère de Clara pour ne pas se sentir seule et Clara qui est destinée à être aussi une mère. Le film nous pose pas mal de question sur la maternité, bien plus que sur la femme, bien qu'il n'y a que des femmes qui sont à l'écran (on ne va pas accuser ce film de ne pas respecter le test de Beschdel ...ce qui n'est pas le cas d'Avengers : Endgame...ironique vu que le film insiste lourdement sur le coté féministe des super-héroïne et qui échoue au test !).

Un film pas extraordinaire mais réfléchis

C'est vrai que je n'ai pas énoncé énormément de défauts. En effet, il en a très peu même si par moments, le film ne développe pas plus que ça certains points de l'intrigue qui auraient pu être plus explicités (notamment le personnage d'Hilary Swank). Mais l'ensemble est très correcte, laissant une plus grande part sur le coté émotionnel que le coté survival. Par contre, le coté horrifique vendu par la bande annonce , oubliez. Il y a bien des scènes de tensions mais ça ne va pas plus loin que ça. Bref, un film de science fiction très prenant et surprenamment intelligent dans ces thématiques.

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