Avis sur

Idiocracy par cherycok

Avatar cherycok
Critique publiée par le

Quand Mike Judge, réalisateur du dessin animé culte et phare de MTV Beavis & Butthead, se lance dans une satire du modèle américain en imaginant à quoi ressembleraient les U.S.A dans 500 ans, ça donne Idiocracy, rebaptisé on ne sait pourquoi chez nous Planet Stupid, une grosse farce à ne surtout pas prendre au sérieux même si derrière l’humour se cache une réelle critique sociale et économique qui fait froid dans le dos et qui amène clairement la réflexion.

Sous cette satire très cynique et surtout très caricaturale se cache donc une grosse critique de la société américaine qui va en prendre pour son grade pendant 1h30, avec pour point de départ un scénario pouvant sembler volontairement un peu poussif et extrême, mais qui pourtant va nous présenter le triste constat d’un futur qui pourrait être plausible, où l’intelligence est définitivement sortie des dictionnaires. Le monde n’a plus pour valeurs que le sexe, la violence, la (mal)bouffe, les gros mots qui font désormais parti intégrante de la langue, et bien entendu l’abnégation de toute forme de culture, avec même des politiques incapable de faire une phrase correcte, où le Président est une ancienne star du porno accro à ses mitraillettes et ne se déplaçant qu’en chopper de la taille d’un avion en faisant des doigts d’honneur à tout ce qui bouge… où les gens parlant à peu près correctement, c’est à dire qui alignent une phrase dans faute, sont considérés comme des gens efféminés donc des « pédés ».
Mike Judge s’amuse à exagérer cet aspect sur absolument toutes les scènes, allant même jusqu’à remplacer les clavier des secrétaires hospitalières par des écrans tactiles dans lesquels sont présents des pictogrammes avec les différents bobos qu’il est possible de rencontrer afin que la pauvre dame au regard vide puisse à peu près comprendre.

Mais lorsqu’on y regarde de plus près, on se rend également compte que même 500 ans après et cette « débilisation » de la population, c’est la même société qu’aujourd’hui au fond qui reste, en bien plus caricatural évidemment d’autant plus que les gags plus ou moins heureux fusent pas mal. Idiocracy a d’ailleurs été censuré voir interdit dans de nombreux états aux USA, signe d’un malaise quant au futur que le réalisateur présente.
Pourtant le film a une deuxième facette, celle de la comédie et qui se marie parfaitement avec toute la critique décrite plus haut dans le sens où chaque situation est désamorcée par un gag ou une situation amenant une idée bien crétine, souvent en dessous de la ceinture et pas toujours de très bon goût même si certains running gags font à chaque fois leur petit effet et on garde presque tout le long du film ce petit sourire aux lèvres qui indique clairement que quoi qu’il arrive, on passe un agréable moment. On notera d’ailleurs au passage pas mal de références à d’autres films tels que Le Cinquième Element pour la scène du nuage de poussière, Le Dictateur avec le coup Chaplin / Hitler ou encore Godzilla avec ce combat entre les dinosaures nazis et les dinosaures américains.

On reprochera tout de même à Idiocracy de grosses incohérences, et plus particulièrement une qui reste présente tout le long du film à tel point qu’on se pose réellement la question de nombreuses fois. Si le monde est devenu aussi débile (pour parler clairement) au point par exemple de ne pas comprendre que les plantes ont besoin d’eau pour pousser et non pas des boissons énergisantes à base de sel, comment se fait-il que leur technologie est aussi avancée, que des show télé soient aussi évolués dans leur mise en scène (pas dans leur concept), que l’essence soit toujours le carburant pour les véhicules, qu’il y a des technologies très poussées telles que la machine à tatouer, la reconnaissance des codes barres à distance,… et bien d’autres ! Le film se prend en quelque sorte à son propre piège et c’est réellement dommage tant Mike Judge avait pris soin malgré le petit budget d’essayer de rendre son monde futuriste à la fois absurde et crédible grâce en partie à un casting tenant la route (le personnage du Président des Etats Unis est tout simplement exceptionnel).

Loin d’être exempt de défauts, Idiocracy se laisse pourtant très bien regarder et sous ses airs de comédie débile se cache une réelle réflexion qui lui donne un ton vraiment à part et qui risque d’en dérouter certains.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 550 fois
5 apprécient

Autres actions de cherycok Idiocracy