Au pied de la lettre de crédit.

Avis sur Il boom

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Prenant au mot l’expression populaire « les yeux de la tête » (un occhio della testa, soit « un œil de la tête », littéralement) Vittorio De Sica utilise la tradition de la comédie italienne pour traiter du désarroi d’un homme face à ses dettes, c’est-à-dire l’humour pour parler d’un drame.

Giovanni Alberti (Alberto Sordi, comme d’habitude parfait dans le rôle du coglione) est en effet enfermé dans le niveau de vie nécessaire au bonheur de sa femme, et donc à la sauvegarde de son mariage. Endetté jusqu’au coup, il ne peut compter sur ses faux amis, qui forment un cercle de bourgeois jouisseurs, profitant du boom économique de l’Italie des années 60.

Ne pouvant pas compter non plus sur ses qualités propres, assez limitées, Giovanni Alberti devra alors se résoudre à vendre une partie de son corps à un richissime borgne, manipulés qu’ils seront tous les deux par une Elena Nicolai qui pourrait figurer parmi les méchantes marquantes du cinéma.

S’il n’a pas la finesse des drames néo-réalistes de son réalisateur ni la puissance comique des spécialistes du genre comme Monicelli ou Risi, Il Boom remplit sa mission, malgré des seconds rôles qui, à l’exception d’Elena Nicolai donc, sont un peu décevants.

Plaçant en arrière-plan, en plus du cercle déjà mentionné, un général comme beau-père et la religion catholique comme hypocrisie ultime de tout ce beau monde, De Sica rappelle l’alliance entre le sabre, le goupillon et le coffre-fort, dénonciation qui n’était certes pas nouvelle déjà en 1964, mais qui, pour certains esprits (vulgaires, certainement) comme le mien, fait toujours du bien par où elle passe.

Surtout en Italie, où ces trois instances ont successivement soutenu les Autrichiens, les roitelets piémontais, les fascistes, et enfin la démocratie chrétienne ou libérale, pour peu qu’elles y trouvent leurs intérêts, ceux-ci étant au fond garantis par la naïveté des Giovanni Alberti, qui font tourner la machine autant qu’ils le peuvent dans l’espoir de récupérer les miettes que les vrais bénéficiaires des booms (comme des crises) veulent bien leur laisser.

S’il est un peu trop démonstratif pour être pleinement apprécié sur le plan purement cinématographique, Il Boom rappelle néanmoins de manière pertinente que si ces couillons peuvent à ce jeu y perdre un œil, c’est qu’ils étaient de toute façon déjà aveugles.

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