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Avis sur Il était une fois en Amérique

Avatar Jupitol
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L'Amérique... Terre éternelle d'espoir et de désillusions, où tout va très vite, trop vite même; où la vie et la mort importent moins que le désir insatiable de réussite; où l'amour et la haine, la joie et la peine se confondent. Comment le cinéma pouvait-il parvenir à retransmettre à l'écran tous ces sentiments-là ? La mission semble perdue d'avance. D'abord puisque le cinéma est un artifice, un décor qui permet d'entrevoir la complexité du monde réel tout en dissimulant une part de mystère; ensuite puisque le cinéma a toujours su entretenir les mythes, il s'y est d'ailleurs souvent efforcé; tandis que les Westerns hollywoodiens glorifiaient le temps du Far West des Cow-boy, les films de gangster se chargeaient de mystifier le monde impitoyable de la Pègre. Il y a des exceptions bien sûr. Il était une fois en Amérique n'en est pas une, ce film est bien plus que cela; il est un tournant, un moment charnière du cinéma mondial. Sergio Leone nous livre une dernière symphonie avant de définitivement mettre un terme à son immense carrière de réalisateur, scénariste ou encore producteur. En guise de "testament cinématographique", le natif de Rome achève sa trilogie "Il était une fois..." en dépeignant avec une extrême profondeur une société américaine gangrenée par son essence même, à savoir le règne d'un individualisme poussé à son paroxysme. L’œuvre nous plonge dans l'histoire des Etats-Unis de la Prohibition (années 1920-1933) à la fin des années 1960, à travers le regard de la petite frappe puis gangster David Aaronson, dit "Noodles" (Robert de Niro). A travers les procédés de l'analepse et de l'ellipse Leone fait valser le spectateur entre les différentes époques marquantes de la vie de Noodles; le film ne suit donc pas une chronologie linéaire. Le film s'ouvre sur une scène d'assassinat puis sur la traque de Noodles par des mafieux voulant visiblement en découdre avec Noodles; celui-ci finit par prendre le premier bus et quitter la ville. Après un retour à New-York en 1968 durant lequel il retrouve son ami d'enfance, le barman Fat Moe, s'en suit le récit de l'enfance de David et de ses amis, qui mènent une vie de petits malfrats dans le ghetto juif de New-York, où ils découvrent les petits plaisirs de la vie, mais aussi et surtout le danger de celle qu'ils ont choisi de mener, quasiment un aller-simple pour l'Enfer. Il me serait impossible de détailler davantage le synopsis car on perdrait l'essence même du film.
Les 221 minutes de film ne semblent presque pas de trop: l’œuvre est monumentale, son ambition est démesurée, c'est pourquoi on prend plaisir à suivre la vie de Noodles; on s'accroche au personnage telle une huitre à son rocher, sans même savoir pourquoi... On s'accroche à nos regrets comme Noodles s'accroche à la nostalgie d'un temps révolu, où il avait encore ses amis. Pourtant, Noodles apparait comme quelqu’un de froid, sans grand génie; en réalité, c'est tout au long du film que l'on prend conscience de l'importance de donner un sens à sa vie; le voyage initiatique de Noodles n'est pas un simple passage de l'enfance à l'âge adulte, il est bien plus celui d'un long apprentissage à travers des expériences. Le principal thème du film est sans doute le temps, pas seulement le temps passé, mais le temps qui est à venir; peut-être même au-delà, avec une réflexion sur l'intemporalité et l'absurdité du temps qui nous ramène sans cesse à notre misérable condition d'être humain. Bien entendu l’œuvre explore également les thèmes de l'amour sous toutes ses nuances (la passion, le sexe, le désir irrémédiable...), de l'amitié, de la trahison, de la convoitise... Sans toutefois donner des leçons de morales mal placées.
De Niro tient sans doute l'une de ses meilleures prestations, la plus sobre et la plus impersonnelle. James Wood passe de chef de bande à sénateur, à merveille; Elizabeth McGovern parvient à alterner une expression tragique et passionnée... Certains regretterons une plus longue apparition de Joe Pesci, d'autres la verront comme une page du roman, indispensable et courte à la fois. Mention spéciale à la troupe de jeunes adolescents qui incarne les protagonistes dans leur jeunesse. Le casting se fond dans l'histoire; les acteurs vivent leur rôle plutôt que de le jouer, comme Delon disait en substance. Il était une fois en Amérique n'a pas la prétention de résumer une partie de l'histoire américaine, il joue sur l'anecdotique tout en insistant sur une symbolique forte. A la manière d'un film néoréaliste italien, le film n'a d’œil que pour le réel, dans une transparence la plus totale ou sous un voile trompeur.
Enfin, que serait Once upon a time in America sans les merveilleux thèmes signés Ennio Morricone, virtuose habitué des compositions pour westerns, qui renouvelle avec ce genre en apportant une nouveauté étonnamment indescriptible. La musique apporte aux décors une dimension esthétique supplémentaire. Le pont de Manhattan, décor symbolique du film, se transcende en devenant la toile de fond d'épisodes marquants, porteur de tous les maux et tous les bienfaits...

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