À la recherche du temps perdu

Avis sur Il était une fois en Amérique

Avatar Major_Noodles
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Se lancer dans une critique d’Il était une fois en Amérique n’est pas simple, pas simple du tout. Premièrement parce que le film est d’une incroyable richesse (de nombreuses histoires et aventures se chevauchent, sans qu’on soit perdu, ce qui n’était pas gagné d’avance), et deuxièmement, parce que le film est long, très long (mais pas trop long). Je l’ai d’ailleurs regardé en trois fois, car j’ai la même tendance que Noodles à "me coucher de bonne heure". Cette phrase devenue célèbre ne peut qu’interpeller le spectateur : un homme que tout destinait à devenir riche et puissant (comme le dit Moe, durant la même scène, au sujet des gagnants que l’on connaît dès le début de la course, à méditer…) est devenu… euh… pas grand-chose, voire même rien du tout.

Il était une fois en Amérique est donc l’histoire d’un perdant, d’un gros looser qui a raté sa vie et à qui il ne reste que des souvenirs (comme le dit Déborah à la fin du film) et des regrets. Le plus important de ses regrets est sans aucun doute la trahison de ses amis, qui est d’ailleurs un choix cornélien, trahir ses amis ou les envoyer à une mort certaine. Noodles, as-tu du cœur ?

Un autre regret est sûrement le viol de Déborah, scène qui est assez marquante. Le spectateur ne peut que s’interroger sur cet acte sordide après une soirée aussi romantique est une déclaration d’amour aussi belle. Le seul problème, c’est qu’à la fin de la soirée, Déborah lui annonce tranquillement qu’elle se casse de l’autre côté du pays, alors que notre pauvre Noodles se voyait déjà, non pas en au de l’affiche, mais passer le reste de sa vie avec elle. Cela peut donc peut-être, non pas excuser parce que rien ne peut justifier une telle chose, mais donner un élément qui nous permet de comprendre une certaine logique (que l’on peut difficilement partager, car si c’est la femme de ta vie, tu fous pas tout ça en l’air après une soirée aussi réussie). Peut-être également que des années de prison à penser à elle ne l’a plus rendu maître de lui-même. Bon, je crois qu’on a fait à peu près le tour des regrets, il y a peut-être la mort du gamin, mais il ne pouvait pas faire grand-chose, ou encore l’autre viol, mais qui est moins retentissant que celui de Deborah, car il était dans son rôle de malfrat, ce qui choque peut-être un peu moins.

Il était une fois en Amérique est aussi, et surtout une grande histoire d’amitié entre quatre gamins devenus de grands gangsters. Cette amitié est très belle, surtout durant leur enfance, car c’était tout ce qu’ils avaient pour survivre dans leur ghetto. Ensuite, l’amitié entre Max et Noodles est très forte et assez complexe (surtout vers la fin de la prohibition). Ça commence quand-même assez mal entre eux deux. Max vole la montre à Noodles (enfin il lui pique l’homme à la montre, ce qui revient au même). D’ailleurs, ce n’est pas n’importe quel objet de valeur (bracelet, gourmette…), c’est une montre, c’est le temps aussi, et donc peut-être indirectement la vie. Donc en nous montrant cette scène qui paraît anodine, Leone nous donne dès le début le moyen de comprendre que Max va voler la vie de Noodles (c’est peut-être un peu tordu, mais je le vois comme ça), bref, un coup de génie !

Il était une fois en Amérique est également le témoin de l'évolution d’une ville : New York. Durant la jeunesse de la bande, on voit beaucoup, beaucoup de gens dans la rue, témoignant d’un fort lien social entre les gens, peut-être l’un des moyens de survie dans un ghetto insalubre et dangereux. Durant la prohibition, il y a déjà moins de monde, mais la ville reste animée et vivante. Enfin, quand Noodles revient en 1968, plus rien… La ville est déshumanisée, aseptisée, Noodles et toujours seul dès qu’il est dans la rue. C’est une vision presque tragique de la ville qui a perdu son âme, sa grandeur avec les années. Noodles peut donc pour ces raisons être une personnification de cette ville…

Il était une fois en Amérique est, par ailleurs, une quête pour la vérité d’un homme curieux (comme il se qualifie à plusieurs reprises), et la fin du film est assez poignante, lors de la révélation du vol de sa vie par Max. Ce dernier est par ailleurs assez complexe comme personnage, fidèle ami de Noodles qui se fait littéralement bouffer par son ambition est devient "cinglé", même s’il ne veut pas l’entendre. Bref, revenons à la fin du film, et la façon dont Noodles traite Max. Il l’appelle par sa couverture qu’il utilise depuis longtemps. Il y a peut-être plusieurs raisons à cela, mais selon moi, pour Noodles, Max est mort avec Patsy et Œil-en-coin, et donc cette personne en face de lui n’est pas, ne peut pas être Max. Il refuse peut-être d’admettre la vérité et préfère rester dans ses souvenirs, dans la nostalgie d’une époque révolue.

Enfin, la dernière scène est l’une des plus belles du film, avec le sourire de Noodles à qui l’opium permet d’échapper à sa réalité dans laquelle il ne peut plus rien faire, si ce n’est ressasser ses souvenirs. On retrouve durant cette scène un plan, très très ressemblant à celui d’Il était une fois dans l’ouest, où Claudia Cardinale est allongée dans le lit des McBain. Il y a peut-être d’autres clins d’œil à filmographie de Leone, comme l’Homme à la flûte de Pan, moins connu que l’Homme à l’harmonica mais bien présent quand-même (comme dans la scène où Max ne cesse de répéter "Ta gueule !" à Carol).

Pour finir cette longue critique (ce n’est pas ma faute si le film dure 3h40), il me semble nécessaire de souligner la sublime musique de Morricone, qui participe à la grandeur du film (bien que plus discrète que dans d’autres, ce qui n’est pas forcément un désavantage, cela participe à renforcer l’émotion qui manquait dans certains de ses autres films), la prestation de tous les acteurs, surtout De Niro qui tient selon moi son plus beau rôle (bien que je n’ai pas encore vu toute sa filmographie, loin de là). Même les enfants sont excellents, même si certaines scènes ont pu être choquantes pour des gamins. Enfin, la dernière chose marquante est le travail sur la quasi-totalité des plans et celui sur les transitions, contribuant à ce que le film soit un grand chef-d’œuvre.

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