Le mythe de l'histoire américaine ( avec spoilers)

Avis sur Il était une fois en Amérique

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« Il était une fois en Amérique » est le dernier film de Sergio Leone. Le film de Leone s’inscrit dans la fameuse trilogie « Il était une fois… » avec les films « Il était une fois dans l’Ouest » et « Il était une fois la Révolution ». Ce qui est intéressant à noter c’est qu’il était une fois en Amérique est le seul de la trilogie à ne pas être un western, cela aura son importance dans le récit du film. Leone s’est toujours intéressé à l’histoire des États-Unis, à savoir la construction de ce pays. En effet, « Il était une fois en Amérique » est un film qui s’inspire énormément de la Bible surtout de l’histoire entre Caïn et Abel. Comment ne pas voir la ressemblance entre le personnage de Noodles qui va être trahi par son meilleur ami Max pour convoiter le rêve américain. D’ailleurs, Leone en 1989 dans les cahiers du cinéma dira qu’il s’est largement inspiré de l’histoire d’Abel et Caïn pour le scénario du film. Mais cette histoire ne va lui servir que de tremplin pour montrer l’histoire des États-Unis qu’il va déjà commencer à problématiser dans les deux films de la trilogie. Leone met en avant surtout avec le twist final, la création d’une histoire américaine, une histoire qui se construit sur un mythe et sur une réinterprétation des évènements. A la fin du film, le personnage de Max fait face à Noodles et lui dit « je t’ai volé ta vie » Noodles répond simplement « J’ai connu un Max mais il est mort ». Ce refus du personnage de Noodles de reconnaître son ancien ami qui s’est fait passé pour mort montre la création d’une histoire pour Noodles. Il se crée sa propre histoire, il l’a façonne. Pour appuyer mes propos, on peut mettre en opposition la scène du début du film et la scène de fin. La scène du début se passe dans un théâtre Chinois (lieu très important qui sert de lieu de temporalité indistinct au récit) Noodles s’allonge pour fumer de l’opium et là une sonnerie de téléphone très strident commence comme on rentre dans l’histoire de Noodles et on sait que celle-ci grâce a ce son est dérangeante. Leone avec l’appui du son met en avant l’histoire dérangeante de Noodles et le visage du personnage en rajoute il est crispé. La scène finale du film arrive juste après la rencontre entre Max et Noodles quand Noodles s’est formé son histoire, la musique de Ennio Morricone (bande originale magnifique du film) a un aspect apaisant. Leone fait un gros plan sur le visage de De Niro qui sourit et cela reste la dernière image du film. Le personnage se réconcilie avec son « histoire ». Le film raconte l’histoire ratée de Noodles jeune mafieux qui va devenir un caïd avec ses amis à New-York. L’histoire ratée pour plusieurs choses par exemple la scène de la rencontre en Max et Noodles, Noodles essaie de voler une montre à une personne hors c’est Max qui la volera avant Noodles. Déjà dans cette scène la première rencontre des deux personnages il y a une domination de Max et une compétition. Cette montre qui est l’objet de leur compétition réapparaitra dans la scène de confrontation finale elle revient dans le récit pour accentuer cette dualité très forte entre ces deux personnages. La complexité du récit (le récit est découpé en trois temps 1922 l’époque de l’enfance, 1933 jeune adulte et 1968 la vieillesse) peut perdre le spectateur surtout que Leone ne choisit pas une narration linéaire, il va entremêler les époques. Cette narration qui peut paraître brouillonne ne l’est pas du tout et va servir à montrer les actions et les personnages dans le temps. On peut prendre pour exemple le bar de Moe qui est en 1922 un haut lieu de la communauté Juive et qui est bondé pour finalement être mortifère en 1968 et presque vide il n’a plus la même place qu’en 1922. Leone nous montre les effets du temps et son action le temps peut mentir comme le nom de Mr. Bailey qui n’est autre que Max ou bien rappeler des effets du passé comme quand Max espionnait Deborah en train de danser, les influences de Proust sont explicites. Pour montrer la force de la narration et de la mise en scène un autre exemple est très explicite. En 1933 Noodles viole Deborah, cela marque la dernière rencontre à cette époque entre les deux personnages. La prochaine rencontre a lieu en 1968 et Leone va alors utiliser une mise en scène très implicite qui montre que la réconciliation et le rapprochement entre les deux personnages est impossible. Deborah se démaquille devant un miroir et tourne le dos à Noodles qui la regarde à travers le miroir. Le miroir leur sert de discussion entre les deux, elle n’est pas directe et le personnage de Deborah ne parlera à Noodles que quand le fils de Bailey va arriver dans la pièce. Le fils marque la fin de toute possibilité de relation entre Deborah et Noodles un achèvement d’une longue relation qui n’aura jamais vraiment été réciproque. Là est la force du film d’utiliser la temporalité au service du scénario, très peu de films ont réussi une narration et une mise en scène aussi poussée.
Pour finir Leone met en avant l’utopie américaine. L’existence d’une réussite à l’américaine pour lui est illusoire et inaccessible. En effet, le moment en 1922 qui représente l’essor des enfants dans le milieu mafieux va se terminer de manière tragique. Les enfants ont une activité fleurissante et enfin peuvent se payer tout ce qu’ils veulent mais un concurrent va décider de les tuer et ce passage en 1922 termine sur le meurtre de l’un des enfants de la bande de Max et Noodles. Il est intéressant de remarquer que ce passage qui est souvent marqué par certaines scènes plutôt légères et enjouées finit sur ce meurtre. Le réalisateur voulait nous montrer la réalité d’une réussite qui n’est qu’illusoire, une fin de l’innocence qui est abrupte puisque le personnage de Noodles tue l’agresseur au couteau.
A tous ces aspects du temps s’associe l’utilisation de l’espace. En effet, pour Leone l’espace et le temps sont très liés. Les passages de Noodles dans les années 1968 montrent le personnage perdu, il n’est pas adapté à l’espace qu’il a du mal à appréhender. Il traverse l’espace comme un fantôme. L’espace permet aussi de représenter de états d’esprit par exemple la scène juste avant l’assassinat d’un des membres dans les années 1920 où l’on aperçoit un pont représentant la cohésion du groupe d’enfants. Il permet aussi d’accentuer la mélancolie voulue par Leone. Le personnage de Noodles dans les années 1968 retourne dans les toilettes du bar de Moe, regarde le trou dans lequel il observait secrètement Deborah en 1922 ce qui sert de transition d’ailleurs à Leone pour passer en 1922. Il est intéressant de noter que la plupart des films de Leone sont caractérisés par peu de décors. Cependant dans « Il était une fois en Amérique » celui-ci est omniprésent et Leone l’utilise pour alimenter la relation espace-temps prépondérante dans la narration.
Il était une fois en Amérique est une œuvre à voir pour ses influences mais aussi pour sa profonde intelligence. Le film ne parle pas juste de l’histoire d’un homme mais va plus loin dans sa réflexion et sa mise en scène avec une narration extrêmement originale. A cela s’ajoutent les magnifiques musiques d’Ennio Morricone qui racontent les personnages. Il est très rare de voir un film avec une telle mélancolie et une relation originale au temps. Il est intéressant de constater que Leone réussi à insuffler de nouvelles choses dans son cinéma comme celles qui se déroulent en 1968 on ne les avait jamais aperçues dans ses films précédents. Beaucoup de personnes on dit à tort "Il était une fois en Amérique" était le testament de Leone (Leone meurt quelques années après le sortie du film) bien au contraire, il réussi a apporter des nouveautés dans son cinéma.

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    Avec : Il était une fois en Amérique, 2001 : L'Odyssée de l'espace, Hana-bi, Old Boy,

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