United we stand, divided we fall, comme toujours

Avis sur Il faut sauver le soldat Ryan

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Le film de Spielberg, sorti en 1998, est exceptionnel à plus d’un titre : d’abord il fut le engendra une vague d’intérêt colossal pour la seconde guerre mondiale, un phénomène qui n’a pas faibli jusqu’à aujourd’hui, bien au contraire.

Dégât collatéral : une impressionnante vague de jeux vidéo – preuve de la « jeunesse » de cette thématique : Call of Duty, Battlefield 1942, Medal of Honor. Mais c’est surtout sur le plan cinématographique que Il Faut Sauver le Soldat Ryan fut séminal.

D’abord sur un plan esthétique : si le film est plutôt conventionnel sur le fond (solidarité et amitié entre soldats, respect des valeurs morales, courage, Spielberg ne s’est jamais caché de vouloir faire un film patriotique), Il Faut Sauver le Soldat Ryan est avant tout une percée dans le genre du film de guerre.

Par ses vingt premières minutes époustouflantes, qui restent marqué à jamais dans une tête de cinéphile ; sa capacité à vous projeter, dès la deuxième scène, in media res, du débarquement d’Omaha Beach. Ces plans sont désormais recopiés à l’infini, dans Troie, Le Choc des Titans et récemment Robin des Bois.

Ensuite, Il Faut Sauver le Soldat Ryan étonne par sa volonté de réalisme, peu compatible avec le cinéma spielbergien d’une part, et le propos patriotique d’autre part. Derrière le réalisme photographique, derrière la reconstitution minutieuse (chars, fusils, uniformes, jusqu’au son des détonations), Spielberg court derrière l’idée de réhabiliter ces soldats. Cette minutie, souvent le joujou de cinéastes moins inspirés, sert ainsi un propos que depuis, Spielberg et Tom Hanks ne cessent de ressasser : avec Band of Brothers, et bientôt avec The Pacific. Reconstituer pour rendre hommage, d’autant plus que ces soldats ne furent pas des anges. Quel meilleur hommage, dès lors, que de montrer la vérité toute nue ?

Aussi, pour la première fois dans un film américain grand public, voit-on des soldats américains tuer des prisonniers allemands sans défense. D’abord dans le feu de l’action, juste après le bain de sang d’Omaha Beach (le spectateur est alors dans une sorte de position de légitime défense). Il comprend la brutalité de la guerre, la soif de vengeance irréfléchie. Mais cette scène se répète plusieurs fois. Et les soldats américains ricanent. Et surtout, cette soif de vengeance va atteindre un apex avec le personnage de l’interprète (Jeremy Davies, le Faraday de Lost). Ce jeune GI intello sauve en effet un soldat allemand, invoquant les lois de la guerre, alors que ses collègues réclament vengeance, après l’assaut de la station radar, qui a valu la mort d’un de leurs amis. Tom Hanks, le capitaine cède à sa demande et libère l’allemand contre l’avis de ses soldats. Mais on retrouve l’allemand à la fin du film, dans la poche de Valognes, où il aura rejoint ses camarades pour participer au combat, une fois de plus, contre les américains. Comme si cette idée, pourtant évidente, de retour à la guerre lui était insupportable, le soldat intello, l’abat tout en libérant d’autres prisonniers allemands…

Enfin, reste – et c’est ce qui frappe aujourd’hui – le débat clef du film : faut-il tuer des hommes pour n’en sauver qu’un ? Une façon bébête, mais pédagogique, de poser la question de la guerre : qu’est-ce qui est inacceptable, qu’est-ce qui doit être combattu, éventuellement par la force.

Le génie du film, c’est de ne pas glorifier la guerre, une rareté dans le cinéma mainstream. Même si les horreurs de la guerre sont souvent montrées dans la phase d’exposition, on revient vite à un œil pour œil, dent pour dent biblique et cathartique, où la plupart des gentils sont sauvés et la plupart des méchants sont tués.

Ici, même si les américains gagnent à la fin, c’est presque par hasard (un avion bombarde le char allemand, et le film s’arrête magiquement, préfigurant la fin gagesque de La Guerre des Mondes). Et si le soldat Ryan est sauvé, il devra mériter cette vie qu’on vient de lui accorder, car tous las autres sont morts ou ont sombré dans la folie, même les mieux équipés moralement (le capitaine, l’intello). 8 hommes se seront sacrifiés pour qu’un seul ne vive. Une définition du courage, de l’héroïsme, mais aussi de la solidarité indispensable à une nation : United we stand, divided we fall, comme toujours.

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