Détumescence des sens

Avis sur Il n'y a pas de rapport sexuel

Avatar Volte
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En découvrant ce documentaire, j’ai eu la fâcheuse impression de me faire berner, tout comme le spectateur lambda d’un film porno peut être dubitatif face aux hurlements bovins proférés par une actrice chevronnée en action. On nous promet un making-of de 10 ans, des milliers d'heures enregistrées, l’occasion de découvrir l’envers du décor… je rétorque qu’il n’y a là pas plus de six mois de tournage à tout casser et trois fois rien à découvrir. Saluons tout de même le coup marketing et pénétrons gaiement le vif du sujet.

« Il n’y a pas de rapport sexuel », c’est un peu le festival du truisme. Attention, je m’apprête à balancer du gros dossier : le porno c’est du bidon et tourner une scène, ce n’est pas forcément une partie de plaisir ! Ah bon ? Moi qui pensais naïvement que se faire chevaucher par un inconnu bodybuildé doté d’un outil de travail aux dimensions herculéennes était une joie de tous les instants… eh bien non. Alors, nous découvrons Monique, qui entre deux pirouettes, a l’air de se faire autant chier qu’un chômeur en rendez-vous Pole Emploi ou William, qui après 4h30min de bons et loyaux services ne songe plus qu’à ranger son attirail, déserter les lieux et reprendre tranquillement sa lecture de Critique de la Raison Pure dans la pénombre de son salon (oui, j’extrapole un peu).

Entre les séquences, aucun liant, aucun suivi, uniquement un flot ininterrompu de testicules et de vagins anonymes. Il y a bien une nymphomane rondelette, que l’on devine experte en langue mais pas celle de Molière à en juger son « jouissez très bien » qu’elle assène à ses fans, sourire concupiscent scotché aux lèvres. Ou encore cette jeune fille qui fond en larmes pendant qu’un apollon dopé aux amphétamines visite son intestin grêle et l’ami HPG, derrière sa caméra, ne loupant pas une goutte de liquide lacrymal susceptible de raviver l’excitation des spectateurs les plus endurcis. C’est assez drôle pour les adeptes d’humour noir, assez triste pour les autres, mais dans l’ensemble si peu digne d’intérêt…

Reste alors une seule scène à sauver de ce maelstrom de lieux communs. Le twist-ending qui m'a brutalement extirpé de ma douce torpeur. Ce jeune adolescent noir, si timide qu’on perçoit à peine le son de sa voix, se fait embrumer le cortex cérébral sous nos yeux par un discours aussi ahurissant que démago. « T’es comme moi, l’ami, t’es un ouvrier. Pas comme ces branleurs de petits bourgeois avec leurs cheveux. Toi, tu vas te taper les plus belles nanas brother, parce que t’es un guerrier et que tu vas être acteur porno. Bon, en attendant, je te réserve une date pour la semaine prochaine, tu vas te faire sodomiser par trois mecs, allez bisou. » Berner le spectateur derrière son écran est une chose, il s’agit aussi de manipuler la main d’œuvre et à ce stade, on ne peut même plus parler d’ouvriers mais véritablement de marchandises. Quoique, même ça, au fond, on s’en doutait déjà pas mal…

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