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Je suis Charlie, je suis flic, je suis juif

Avis sur Ils sont partout

Avatar Moizi
Critique publiée par le

J'ai honte d'habiter en France, seulement trois personnes dans ma salle le jour de sa sortie, pays d'antisémites !

Bon... sérieusement...

ce film est forcément casse-gueule et n'aurait jamais dû voir le jour car ça ne fait que remettre de l'huile sur le feu. Pourquoi ? Parce que ça représente le français de base, le goy comme ils disent, comme un beauf, attardé, forcément antisémite. Et que l'on ne vienne pas me dire "oui mais tu n'as pas à te sentir concerné si tu n'es pas antisémite", parce que dans ce film, tous les goyim sont attardés, tous.

Ce n'est pas un film qui va vers un apaisement, c'est juste là pour faire chier et après pour venir dire "ouin ouin les français sont antisémites".
Alors pour être honnête on a une scène de rêve ou je ne sais pas trop quoi, où les gens ne sont pas antisémites... mais bon, c'est un rêve...

D'ailleurs en parlant d'antisémites, le "ils" du titre, ne désigne en rien les juifs, mais bel et bien les antisémites. Or je suis de ceux qui disent que l'antisémitisme n'existe plus, bien sûr on a toujours quelques cas marginaux, mais il y a aussi des gens baisent leurs chiens, et on ne parle pas de la montée de la zoophilie en France...

Mais reprenons depuis le début, on a un film à sketchs, très mauvaise idée étant donné la difficulté de l'exercice car les sketchs sont par essence forcément inégaux... et donc il faut patienter en espérant que le prochain sera mieux... On a Attal qui joue son propre rôle, obsédé par la question juive et chacune de ses visites chez le psy donnera lieu à un sketch, plus ou moins (souvent moins que plus) en rapport avec ce qui vient d'être dit chez le psy.

Le film est censé retourner les clichés des antisémites, pour en rire et montrer que ce n'est pas vrai... Bon déjà c'est très maladroit comme postulat, mais en plus c'est mal fait. Prenons le premier sketch, on a une caricature de Marine Le Pen (sans la nommer pour pas de procès je suppose) qui est raciste et antisémite, qui danse avec un ancien SS, etc. C'est lourd quoi... Ce n'est pas dire "oh regardez Le Pen elle est nazie" qui va faire avancer la "cause juive", si cause juive il y a. Et que l'on ne vienne pas me dire que c'est pour rire, car le fond idéologique est "de toute façon elle est comme son père".
Et si je ne suis absolument pas partisan du FN, je trouve l'attitude visant à désigner ses petits camarades du doigt en disant, eux là-bas, ils sont antisémites, c'est des vilains, faut pas voter pour eux, assez grossière... On peut critiquer le FN, mais avec de vrais arguments, qu'on élève le débat, par pitié... Le "c'est toi le nazi" ressemble vraiment au "c'est toi le loup" dans la cour de récré.

Le sketch se conclut sur une sorte de petite morale idiote disant que comme partout, il y a des juifs qui sont fous. Ok, je veux bien, mais quel rapport avec le fait que "les juifs sont partout" ? Parce que cette idée, largement véhiculée par la propagande nazie, par exemple, notamment dans le film le péril juif, n'est pas ici véritablement démentie. Dans le péril juif, on avançait des chiffres du nombre de médecin juif, etc, des proportions de juifs dans certains corps de métiers, etc. Que les chiffres soient vrais ou non, c'est pas la question, on s'en fout un peu. Mais je veux dire par là, que vouloir contrer une affirmation, un préjugé antisémite, il faudrait avancer des chiffres, faire quelque chose ayant un peu de sens.

Et les trucs sans rapport avec le préjugé, il y en a plein... Le coup des juifs qui s'entraident et qu'on se tape une scène extrêmement mal écrite entre deux rabbins qui se chamaillent pour savoir qui doit se laver entre un ramoneur sale et un ramoneur propre... ce n'est en rien la preuve que les juifs ne s'entraident pas.

En fait le film n'arrive même pas à déconstruire les clichés sur les juifs, or, si je ne m'abuse c'était un peu le but du film...

Je passe outre un sketch ultra gênant montrant Gainsbourg en goy cupide, pour me concentrer sur le fameux sketch avec Gilles Lellouche en Jésus, en Norbert... Le problème de ce sketch, c'est qu'il se moque ouvertement des cultes chrétiens et de leurs croyances, là où par exemple le sketch Jésus II des inconnus se moquait avant tout des films avec Stallone et la vie de Brian était certes dans la comédie absurde, se moquait des fronts de libération de la Judée ou je ne sais plus quoi, mais laissait le message du Christ intacte. Ce qui n'est pas le cas ici. Donc forcément, pour apaiser les tensions, c'est pas le bon truc. Et je dis ça en étant parfaitement athée et je n'ai aucun problème pour rire avec la religion, etc, mais faut bien comprendre qu'en faisant ça, on ne va pas vers un apaisement.

Autre sketch honteux, celui sur la Shoah... On commence avec un goy beauf, un bon français, qui en a marre qu'il n'y en ait que pour les juifs... il dit que lui aussi a souffert, etc, et décide de monter une association pour les roux, tout le monde veut faire pareil... et là tout le monde se tait car un juif raconte sa souffrance... Encore une fois, on ne va pas vers l'apaisement... C'est donner un coup de pied dans la fourmilière... parce que la scène en elle-même n'est pas fondamentalement mauvaise, mais c'est venir réduire toutes les autres "souffrances" à c'est du pipi de chat. Pourquoi ne pas avoir, plutôt que d'ironiser avec les roux, parler d'autres souffrances, bien réelles ? Un survivant du génocide rwandais par exemple... Disons qu'il y avait bien plus subtil à faire et ce sketch là ne fait que renforcer le cliché en disant, oui il n'y en a que pour la Shoah, mais c'est normal...

Et avant on a eu tout un discours d'Attal, utilisant le "nous" pour parler de sa famille qui dû fuir Israël, pour se réfugier en Algérie et enfin venir en France. Si je parle de ma famille, j'utilise la troisième personne du singulier... Je crois que je ne supporte pas le "nous" et je ne suis pas contre la tradition, la famille, etc, mais Attal n'a rien fuit du tout lui-même... Et dire qu'il souffre parce que des gens de son peuple ont souffert 20 ans avant sa naissance, ça n'a pas de sens...

Le film se termine sur un dernier sketch, peut-être le plus affligeant de tous, qui est en quelque sorte, une manière dire, si en Israël ça se passe mal, c'est à cause des antisémites... Eh ben... une bien belle compréhension du conflit que voilà...

Tout ça pour dire, que si Attal, comme il le dit au début, se sent français, est français, qu'il n'affiche pas sa religion partout bien que ça fasse partie de son identité, ben ouais, il n'y a aucun problème... Mais vraiment aucun... Sauf que là, avec ce film, ce n'est clairement pas ce qu'il fait... Il est là chouiner pendant presque 2h (le film est horriblement long) sur les antisémites, sur la souffrance de son peuple, etc. C'est bon quoi... Et c'est justement ce dont les gens peuvent ne plus supporter. Personne n'a rien contre les juifs... personne... Mais si quelqu'un se met à venir chouiner sur sa souffrance, forcément il va agacer des gens... et ça va grogner.

C'est fou de ne pas avoir compris ça...

Et en ce moment au cinéma on enchaîne les films sur le sujet... STOP, c'est pas intéressant pour un sous. Tous ces films se ressemblent en plus d'être mauvais... faut pas s'étonner si personne ne va les voir. On s'en fout. Et ça ne fait pas des gens des antisémites, mais juste des gens qui ont d'autres chats à fouetter que de venir écouter les pleurs continuels des autres, surtout quand on y est pour rien et qu'on ne les connaît pas... Parce que bon, en général lorsqu'on fait une psychanalyse et qu'on a besoin de parler, c'est le patient qui paye, pas celui qui écoute.

Mais je dois dire qu'un truc m'a fait rire. J'ai bien aimé la mère du personnage de Dany Boon qui vient et qui engueule deux racailles habillées en survêtement en disant "ils sont américains ceux-là" ou un truc du genre. J'ai trouvé ça assez vrai, pas original, mais sympa malgré tout.

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