Pas très cinématographique tout ça

Avis sur Imitation Game

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ATTENTION SPOILERS

C’est la grosse cagade de début 2015.

Avec son sujet béton et sa tête d’affiche, on s’en frottait les mains, se réjouissant à l’avance d’assister à un grand moment de cinéma.

Et puis, pendant le film, rien. Absolument aucune émotion. Benedict Cumberbatch a beau faire de son mieux, il m’a laissée de marbre. Je suis bien déçue de l’admettre, mais je me suis ennuyée.

Problème n°1: Le sujet. Et oui, on y avait pas pensé parce que vendu comme tel, ça a l’air passionnant, mais les recherches scientifiques ayant pour but de décoder des messages ennemis cryptés, ce n’est pas cinématographique. Ce n’est pas exaltant, ni haletant. On se contente de suivre des personnages présentés comme la crème de l’intelligence britannique, mais on ne comprend pas grand-chose de leurs agissements. Aussi, lorsqu’ils réussissent à percer l’énigme, il est difficile de se joindre à leur joie. De plus, comme la plupart des personnages semblent davantage servir leur ego que la cause nationale, on est d’autant moins enclins à les suivre.

Problème n°2: Le personnage. Cumberbatch nous a habitués à du grand. Il est tout aussi généreux dans ce film, c’est le personnage d’Alan Turing qui n’est pas assez bien taillé à sa mesure. Trop tiède, trop convenu, trop facilement et de façon lapidaire présenté comme le génie asocial à la limite de l’autisme (déjà-vu by the way), il suscite peu d’empathie de notre part. Peut-être parce qu’il sonne creux, et que son obsession nous demeure étrangère.

Problème n°3: La psychologie de comptoir. POURQUOI (bordel) faut-il toujours que les scénaristes tentent de nous justifier tel ou tel comportement névrotique par le biais de flash-backs basés sur l’enfance? Dans The Imitation Game, ces scènes sont même distillées peu à peu tout au long du film (comme si on avait pas venu venir le dénouement tragique de cet épisode du passé). Donc, OMG-il-est-homosexuel. Ce qui m’amène directement au problème n°4:

Problème n°4: La prévisibilité. Ce qui faisait le charme du film (du moins de la bande-annonce), c’était son classicisme annoncé. Un bon film d’époque avec de beaux plans et une musique qui fait chavirer. Malheureusement, classicisme rime ici avec prévisibilité, à tel point que cela en devient naïf: OH MON DIEU Christopher n’est pas son frère (comme on essaye de nous le faire croire au début du film, histoire de brouiller ô combien habilement les pistes) mais son amour de jeunesse OH MON DIEU il y a un espion russe dans la petite troupe de génie (mais lequel est-ce? Ben on s’en fout en fait), OH MON DIEU mon frère se trouve sur le bateau qui s’apprête à être coulé et on peut l’en empêcher mais non on ne peut pas car sinon les allemands vont savoir qu’on a décodé leur machine oh mais c’est affreux Turing tu es un monstre bla bla…OH MON DIEU le gars arrogant aux yeux bleus du début est en fait un mec super sympa (et c’est pas l’espion, avoue toi aussi tu l’as soupçonné) OH MON DIEU les alliés ont gagné la Seconde Guerre mondiale.

Problème n°5: la perruque de Keira Knightley. Mais sinon, elle confirme enfin avec ce film ses progrès d’actrice, et ça c’est cool. Joan Clarke (qui n’est pas non plus l’espionne russe, avoue elle aussi tu l’as soupçonnée) est le personnage le plus intéressant de l’histoire, et sa relation peu commune avec Turing est finalement le seul véritable (petit certes) intérêt du film.

Truc qui rattrape n°1: la musique d’Alexandre Desplat.

Truc qui rattrape n°2: …

Nominé aux Oscars 2015 dans plusieurs catégories, il faut bien se le dire: ils n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent cette année…

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