Dressed to kill

Avis sur In Fabric

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Après les fleurs rouges de Jessica Hausner dans Little Joe, censées apporter joie et bonheur aux pauvres mortels que nous sommes, voici la robe rouge de Peter Strickland, censée vous aller à la perfection, mesdames. Vous mettre en valeur (non, pas celle-là), vous (re)donnez confiance (pas celle-ci non plus), vous faire sentir plus belle (toujours pas). Mais voilà : comme les fleurs inquiétantes de Little Joe, la robe de la boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper’s a sa propre vie et ses propres volontés. Pire, elle est maudite. Et elle tue. De corps en corps, de client(e) en client(e), ce satané (et satanique) bout de tissu promet la mort et les Enfers à ses différent(e)s propriétaires. Après la Plymouth Fury de Christine, le pneu de Rubber ou encore l’ascenseur de L’ascenseur (et déjà une robe pas très nette dans le téléfilm Robe de sang de Tobe Hooper), la robe d’In fabric vient grossir le rang glorieux des objets tueurs au cinéma.

Comme toujours, le style sophistiqué et les obsessions fétichistes de Strickland font merveille, et son amour également pour le giallo et le fantastique kitsch des années 70 (à l’instar, par chez nous, d’Hélène Cattet et de Bruno Forzani) qui s’incarne ici dans le personnage de Miss Luckmoore (Fatma Mohamed, géniale en vendeuse louche) et dans la musique rétro-entêtante du groupe Cavern of Anti-Matter (et dans cette robe maléfique, évidemment). In fabric entremêle à sa façon les univers de Pedro Almodóvar (période Movida) et de Dario Argento dans une sorte de conte macabre et élégant où Strickland, et davantage que dans ses films précédents, se régale de dialogues et de situations souvent cocasses (le lave-linge qui s’emballe, les entretiens professionnels kafkaïens, le verbiage incompréhensible de Miss Luckmoore ou celui, très technique, de ce réparateur de machines à laver qui provoque littéralement l’extase).

Pour autant, il ne renonce pas à quelques scènes délicieusement saignantes et d’autres à la limite du délire expérimental (publicité hypnotique et flippante de Dentley & Soper’s, transe nocturne et cintre en folie, rite occulte virant à la cérémonie païenne…). Strickland a en revanche du mal à tenir la distance sur presque deux heures, s’éparpillant dans le propos de son scénario (critique du consumérisme primaire, de l’aliénation sociale, de la marchandisation du désir ?) et dans sa structure, comme si on avait inutilement étiré un épisode de La quatrième dimension ou de Bizarre, bizarre. Cela n’enlève rien au plaisir raffiné et sadique que l’on prend à savourer la chose, et à la joie aussi de revoir Marianne Jean-Baptiste (que Strickland s’amuse à malmener), décidément trop rare sur nos écrans.

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