👉 20 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Jim Mickle est un drôle d'oiseau : scénariste, réalisateur et producteur de films de genre, il a une filmographie que certains lisent comme une tentative réussie d'innovation en termes de cinéma populaire mais pas idiot, tandis que d'autres ne voient qu'une suite de semi navets, où les ambitions initiales de l'auteur sont toujours réduites à néant par de grossières erreurs. Le fait que Netflix mise sur lui plutôt que, comme d'habitude, sur de jeunes auteurs déjà reconnus par la critique, pouvait laisser présager d'un autre de ces désastres artistiques dont la plateforme est devenue, malheureusement, spécialiste. Or, il n'en est rien : si "In the Shadow of the Moon" est tout sauf un "grand film", il apparaît comme une vraie petite réussite, conjuguant divertissement respectueux de son spectateur et réflexion tout sauf bête sur les dangers qui planent sur nos sociétés démocratiques, et sur les Etats-Unis en particulier. Pas si mal, pour une oeuvre qui se positionne clairement dans la lignée du cinéma de série B des années 70 à 80, un héritage duquel trop peu de réalisateurs actuels osent se réclamer.

"In the Shadow of the Moon" commence même superbement bien, en thriller classique, avec traque de mystérieux serial killer, conflits entre flics, pression familiale, et adopte un rythme soutenu, tendu, sans pour autant se complaire dans l'habituelle violence absurde du cinéma actuel. Comme en plus, c'est l'assez convaincant Boyd Holbrook (déjà remarqué dans "Narcos" en particulier) qui tient le rôle principal, tandis que le trop rare Michael C. Hall fait de la figuration intelligente, tandis que la mise en scène élégante, presque classique, offre une parfaite lisibilité aux scènes d'action, il n'y a rien à redire à cette ouverture convaincante.

La suite est plus surprenante, et malheureusement plus irrégulière, sans pour autant nous décevoir franchement : l'étonnant virage SF du scénario - dont il importe d'en savoir le moins possible avant de regarder le film - élève franchement les enjeux du film au dessus du polar standard qu'il aurait pu être, même si Mickle n'a clairement pas le talent nécessaire pour réellement gérer le mélange de genre de son ambitieux scénario. Au fur et à mesure que le temps défile, que l'action se complexifie dans une narration en cycles, basée sur deux flux temporels inverses, le personnage principal perd un peu de sa crédibilité, et ce d'autant que Mickle jette dans son chaudron magique un nouveau sujet, politique celui-ci : c'est sans doute trop pour un seul film, et l'apparition à mi-parcours d'une menace extrémiste risquant de déstabiliser, voire de détruire les Etats-Unis (un thème pas si différent, avons-nous trouvé, du point de départ de "A Handmaid's Tale") n'est pas assez anticipée par le scénario pour que l'on y adhère totalement.

Heureusement, la toute dernière partie du film, qui fait le pari étonnant de l'émotion, et boucle assez magistralement le désormais habituel paradoxe temporel (là encore, on n'est pas loin du thème initial du "Terminator" de Cameron), est assez réussie pour que le spectateur voit le générique de fin défiler avec un sentiment de quasi-plénitude : voilà décidément un "petit" film construit sur de bonnes idées, qu'il a su ne pas dilapider (comme c'est le cas d'une grande majorité des films Netflix...), et qui a respecté son contrat tacite de divertissement plaisant, malin et excitant.

Maintenant, on a le droit de se sentir aussi un peu frustrés, si l'on considère qu'un tel sujet, mieux écrit peut-être encore, en insistant plus sur son fond politique (... même si l'allégorie des porcs est très bien vue ici !), et mieux maîtrisé par un réalisateur de meilleur niveau, aurait même pu donner naissance à un nouveau classique de la SF. Ce sera pour la prochaine fois...?

[Critique écrite en 2019]
Retrouvez cette critique et bien d'autres sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2019/10/03/in-the-shadow-of-the-moon-de-jim-mickle-le-sang-des-porcs/

EricDebarnot
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur.

il y a 2 ans

14 j'aime

3 commentaires

In the Shadow of the Moon
FredericSerbource
7

Les racines du chaos

UN CONSEIL : NE REGARDEZ SURTOUT PAS LE TRAILER ET NE LISEZ RIEN DESSUS -DONT CECI- AVANT DE LE VOIR. Un film policier, une chasse au serial-killer, une saga familiale sur un cercle restreint de...

Lire la critique

il y a 2 ans

14 j'aime

10

In the Shadow of the Moon
EricDebarnot
6

Le sang des porcs

Jim Mickle est un drôle d'oiseau : scénariste, réalisateur et producteur de films de genre, il a une filmographie que certains lisent comme une tentative réussie d'innovation en termes de cinéma...

Lire la critique

il y a 2 ans

14 j'aime

3

In the Shadow of the Moon
Val_Cancun
5

Lune blafarde

Du bon et du moins bon dans cette production Netflix signée Jim Mickle, réalisateur qui m'avait laissé sur une impression plutôt favorable avec "Cold in July". Ici, après une entrée en matière...

Lire la critique

il y a 2 ans

12 j'aime

Moi, Daniel Blake
EricDebarnot
7

La honte et la colère

Je viens de voir "Moi, Daniel Blake", le dernier Ken Loach, honoré par une Palme d'Or au dernier festival de Cannes et conspué quasi unanimement par la critique, et en particulier celle de gauche....

Lire la critique

il y a 5 ans

193 j'aime

53

1917
EricDebarnot
5
1917

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

Lire la critique

il y a 2 ans

177 j'aime

92

Je veux juste en finir
EricDebarnot
9

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

Lire la critique

il y a plus d’un an

161 j'aime

22