Time to kick some serious Emmerich ass

Avis sur Independence Day : Resurgence

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Il y a 20 ans, sortait sur nos écran un film intitulé Independence Day. Film très moyen mais extrêmement divertissant et assumant son côté pro-américain jusqu’au bout de la pellicule, il fera marque dans l’histoire du ciné.

Non seulement il relancera le goût du public pour les films catastrophes, en les amenant à une échelle d’ampleur et de destruction encore jamais vue alors et donnant ainsi naissance à une palanqué de films qui viendront peupler le paysage cinématographique sur les 13 années suivantes (avant que la destruction de masse, plus qu’un genre en soit, ne devienne qu’un élément de l’intrigue). Mais le film rencontrera un succès incroyable révélant aux yeux du monde un réalisateur Allemand aux idéaux écologiques, Roland Emmerich, catapulté au titre de « Maître de la destruction », titre que même Michael Bay aura du mal à atteindre.

Cela finira par aboutir treize ans plus tard d’un film surfant sur la psychose ambiante de fin du monde, j’ai nommé 2012. Film qui, s’il propose un scénario plus que bancal et sans la moindre consistance, reste encore à ce jour comme LA référence du « disaster movie » en terme d’ampleur et d’échelle. Tonton Roland aura détruit la Terre, ou presque, et jure de ne plus revenir au genre. Ses trois films suivant iront dans ce sens, étant un peu plus intimistes ; même si le Maître de la destruction reviendra menacer Washington avec White House Down, film d’action complètement affranchi et assumé.

Les projets d’une suite à Independence Day existent depuis la sortie du film lui-même, des rumeurs sur l’intrigue circulant régulièrement, l’équipe ne niant jamais ne pas y réfléchir et promettant d’attendre « un bon scénario ». Quand Resurgence fut officiellement annoncé et sa production lancée, on était donc en droit de se demander ce qu’Emmerich allait bien pouvoir faire après 2012, qui n’avait pas grand-chose à sauver mis à part son échelle de destruction. Les premières bandes-annonces annonçaient les bases d’une suite classique, surfant ainsi sur l’idée du « plus gros » avec quelques clins d’œil au premier film. Qu’en est-il au final ?

Independence Day : Resurgence (ID4R) n’est ni plus ni moins que le plus mauvais film qui m’ait été donné de voir au cinéma. C’est non seulement le plus mauvais film de son réalisateur, et de trèèès loin (encore plus mauvais que Godzilla, vous rendez-vous compte ?) ; mais c’est un navet intersidéral.

La première chose qui frappe quand le générique défile, c’est qu’on réalise qu’on vient de passer 2h devant un film auquel il semble manquait pratiquement 1h (aller, peut-être qu’en réorganisant mieux les défauts que je vais expliquer plus tard, on peut arriver à 30 min). Là où 2012 se perdait en longueurs interminables, ID4R n’est qu’une succession de scènes sans queue ni tête. On dirait qu’il y a eu un véritable montage de boucher coupant n’importe où. L’intrigue n’a absolument aucun sens parce que le montage ne lui en donne pas, sauf éventuellement sur la fin où ça devient enfin moins chaotique (pour le montage j’entends). Du coup, on ne rentre absolument pas dans le film, qui se révélera au final même pas divertissant tellement c’est un étron. Les personnages sont transportés d’un lieu à un autre sans aucune raison, des décisions sont prises en 3 secondes sans même qu’on saisisse les enjeux en place (si tant est qu’il y ait des enjeux, ce qui n’est pas certain), et puis il n’y a aucun liant entre les personnages.

Parce que c’est bien là le pire. Là où la force du premier film était dans ses personnages pour lesquels on avait pris le temps de les introduire, de les développer, de tisser des connexions entre eux ; ID4R se fout complètement de tout ça, ne prenant pas le temps de les présenter à son public. Alors on n’est pas perdu, parce que faut pas être sorti de Saint-Cyr pour comprendre ces relations ; mais par conséquent, à aucun moment, on ne s’attache aux personnages.

L’une des plus belles illustrations, c’est lorsque Jasmine Dubrow (à peine reconnaissable) meurt dans l’effondrement de son hôpital devant les yeux de son fils et qu’on ne ressent strictement rien. Un des personnages emblématique du premier film vient de mourir sous nos yeux et ceux de son fils, héros du présent film, et tout ce qu’on ressent c’est un ennui profond. Et il en est de même pour le Président Whitemore, même si on aura eu le temps de retrouver un peu plus le personnage (ouais, non parce que Jasmine, ça tient plus du caméo que du rôle secondaire ou même tertiaire) ; mais c’est à peine si on se sentira concerné.

Et c’est pareil du côté des nouveaux. Outre les personnages clichés (le guerrier qui parle à peine, l’administrateur chiant ô possible qui se découvre une vocation, le pote du héros qui se veut marrant mais qui mérite déjà dix paires de baffes au bout de trente secondes, le général con comme un balais…), on a toute une tripoté d’autres pour lesquels le film ne fait aucun effort. Alors on a toute cette intrigue foireuse et complètement inutile avec les gamins, mais y’a aussi la psychologue qui n’apporte pas grand-chose, la présidente qui part aussi vite qu’elle est arrivée, l’assistant-ami du scientifique foufou (à la limite, le seul truc du film fidèle au premier, ce qui n’est pas un point positif) qui se veut un ressort comico-dramatique… À la limite, on pourrait citer le trio de la nouvelle génération, mais pareil : ils semblent avoir une histoire commune, des relations déjà bien établies, mais c’est à peine si on passe dessus et qu’on l’exploite. Je veux dire par là qu’ils auraient pu se rencontrer, là, durant les évènements, et on serait arrivé au même point.

On retrouve donc les mêmes faiblesses scénaristiques que dans 2012 avec des personnages sans dimension, sans intérêt et pour lesquels il est tout simplement impossible d’éprouver le moindre attachement et donc de participer avec eux aux évènements, d’y entrer, de s’y impliquer. Ajoutez à cela le fait que le montage est tellement un massacre qu’il n’y aucune logique dans les successions des scènes et de l’intrigue. Et pourtant, cela n’empêche pas le film d’être empli de longueurs parce que ce qui est montré à l’écran est d’un profond ennui. Mais là où 2012 réussissait quand même à divertir un peu avec ses séquences catastrophes dantesques, ID4R y échoue lamentablement.

Parce que oui, et c’est ça le pire, je me demande si on peut réellement considérer ID4R comme un film catastrophe tellement celle-ci est absente. On aura droit à une petite séquence après le premier tiers du film, mais elle sera d’un ridicule sans commune mesure. On pourrait même croire à de l’auto-censure, teintée de d’auto-parodie sur sa conclusion. Non seulement nous l’avons déjà tous vu en intégralité dans les bandes-annonces, mais en plus elle manque cruellement de tension et d’ambition. Elle ne propose rien de vraiment excitant. C’est encore pire que ce que j’avais vu dans La 5ème Vague, qui pourtant lui n’était clairement pas un film catastrophe. Dans la dernière partie, on se rapprochera plus d’un jeu vidéo d’action où il faut tuer un boss final plus gros que la moyenne, de l’action brute et sans intérêt. Le Maître de la destruction échoue tout simplement dans le domaine dans lequel il était pourtant le plus fort.

Enfin, on se rend surtout compte que cette suite veut surfer sur la mode actuelle de faire de relancer d’anciennes franchises (enfin, en l’occurrence en lancer une) en reprenant les mêmes ingrédients de ce qui en avait fait le succès (suivez mon regard… Jurassic World, Terminator : Genisys, Star Wars : Le Réveil de la Force). Sauf que cette fois-ci, ID4R y échoue non seulement de façon lamentable mais aussi de façon grandiose. On se retrouve avec une version du premier film raccourci d’une demi-heure, avec un montage barbare. On y retrouve absolument les mêmes éléments d’intrigue agencés dans le même ordre ; mais sauf que cette fois-ci, du fait du manque de tension, d’intérêt et du foirage des personnages, ça ne fonctionne pas. C’est d’ailleurs la raison de l’inutilité de l’intrigue

avec les gamins et le père de David : à vouloir trop se rapprocher du premier film (ici, l’intrigue avec la famille Casse),

Emmerich se perd totalement dans son film. Un autre exemple, c’est bien sûr le discours présidentiel ! Chose que le premier film avait élevé au rang de cliché du genre. Dans ID4R, on finit par se demander quel discours doit être considéré ainsi, tellement tous sont foireux

(et puis vu comment le 25ème amendement est appliqué, on en oublie presque que l’autre guignol est le Président).

On peut aussi retrouver les mêmes décisions stupides, les mêmes solutions

(bien qu’ils ne feront pas l’affront de pirater un vaisseau alien avec Windows 7),

et la résolution s’avérera au final peu surprenante et limite grotesque.

Aucun des effets ne fonctionne, aucun élément ne réussit vraiment à nous faire entrer dans le film ; et cette impression permanente de voir un remake du premier en beaucoup, beaucoup moins bon rend le tout à la limite du soutenable. On aurait pu pardonner Emmerich cette suite, si seulement il avait tenté de faire quelque chose avec. Ce qui n’est pas le cas. Alors certes, on peut y trouver un intérêt : le développement du concept de base des aliens, en jouant d’avantage sur l’aspect « insectes qui moissonnent », à peine abordé dans le premier film. Là, on avance un peu plus le concept en développant un poil plus l’univers et en y ajoutant une intrigue de guerre intergalactique avec d’autres civilisations (dont une qui vient pointer le bout de son nez). Mais voilà, dans l’ensemble, ça reste non seulement très timide mais aussi très classique.

Une intrigue de laquelle il n’y a donc pratiquement rien à en tirer. C’est désolant de voir ce qu’Emmerich à fait de cette suite, et du premier film par extension qui ne méritait pas ça. Si autant Independence Day avait pour lui le côté divertissant et novateur par certains aspects ; ID4R n’a pratiquement rien à offrir et donc rien à sauver.

Alors on va un peu s’attarder sur le reste, mais ça ira très vite. Le casting est à l’image de ses personnages : désolant. Si Jeff Goldblum tente de proposer un jeu en plein dans le fan service, si Bill Pullman s’avèrera être le moins mauvais du lot, et si Brent Spiner reste dans la lignée du précédent film ; le reste n’est que dévastation, ravage, ruine, abomination. Il n’y en a pas un pour sauver l’autre. Je ne vais pas lister le casting, c’est un désastre total. Notons cependant l’accent très bizarre de Charlotte Gainsbourg, qui se veut british mais où on comprend un mot sur deux.

Techniquement, on dira que c’est ce qui sauve le film de la nullité absolue, et l’évite d’être au niveau d’un Sharknado ou équivalent (parce que niveau intrigue, casting, on est en plein dedans). Cependant, mise à part les effets spéciaux qui seront clairement au rendez-vous, on retiendra des décors corrects (notamment pour les effets de tailles), une musique classique mais peu inspirée et une mise en scène d’Emmerich qui fait le minimum.

Independence Day : Resurgence se positionne donc bien comme le plus mauvais film qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Véritable affront, voire carrément insulte, à l’esprit du premier, c’est un véritable échec sur pratiquement tous les niveaux. Mais le pire résidera dans une intrigue sous-jacente et confirmée dans la dernière scène : tout cela semble n’être qu’une sorte de prologue pour l’ouverture à un univers plus vaste. Le hic, c’est que j’ai de sérieux doutes sur la concrétisation d’un tel univers. Une franchise mort-née, un genre complètement bafoué et un réalisateur à la dérive. Voilà ce qu’est Independence Day : Resurgence.

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