La guerre sainte pour l'Aventure

Avis sur Indiana Jones et la Dernière Croisade

Avatar Fêtons_le_cinéma
Critique publiée par le

Le saint Graal ici recherché n’est que la métaphore filée d’un divertissement érigé au rang de religion. En parfait démiurge, Steven Spielberg procède à l’Élévation de l’aventure cinématographique devenue entre-temps dynamique artistique, vaste symphonie des corps et des instruments dans laquelle le spectateur se grise d’une telle pureté du geste. Œuvre sur la paternité et donc sur la transmission, Indiana Jones et la Dernière Croisade porte la quête familiale d’une conservation patrimoniale : tout tourne autour du carnet contenant la vie du professeur Jones père, il motive les déplacements, occasionne un retour à Berlin, suscite la convoite de l’ennemi nazi. Aussi précieux que la croix défendue par Indiana ou que le Graal, ce carnet incarne en même temps la trace humaine et son analyse, l’Histoire et une réflexion sur l’Histoire. Indiana représente le professeur d’université dans son fantasme le plus répandu : enseignant-chercheur, il fait naître dans l’esprit de ses élèves une fascination doublée d’une propension à la fiction. Que fait un professeur pendant son temps libre ? Comment applique-t-il les enseignements qu’il dispense en classe, de façon amplifiée, héroïque ? Preuve que Spielberg ne cesse de regarder du côté de l’Histoire en train de s’écrire et déjà écrite, alors à comprendre et à transmettre. Ce troisième volet d’Indiana Jones permet aux deux moments de l’Histoire – Histoire présente, Histoire passée qu'il faut transmettre – de cohabiter de la manière la plus réjouissante et ludique qui soit. « Sa place est dans un musée », n’arrête pas de répéter notre archéologue en désignant la croix de Coronado. Le tombeau du chevalier lui sert d’ailleurs de rempart contre les flammes d’un présent destructeur, repris ensuite par l’autodafé nazi. La Dernière Croisade propose une liturgie de l’Histoire ; le thème musical que John Williams consacre au saint Graal réinvestit d'ailleurs un mode de composition religieux. À cette cérémonie, le spectateur est chaudement convié : acteur de ce jeu de piste à échelle internationale, il se délecte de chaque scène de chaque plan orchestrés de main de maître. Brillamment écrit, merveilleusement réalisé, le troisième volet des aventures d’Indiana Jones produit l’Extase. On n’en demandait pas tant.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 78 fois
2 apprécient

Autres actions de Fêtons_le_cinéma Indiana Jones et la Dernière Croisade