QU'EN EST-IL DIX ANS PLUS TARD ?

Avis sur Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal

Avatar Star-Lord alias  Peter Quill
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Lorsque sort en 1984 "Indiana Jones et le temple maudit", Paramount et Lucasfilm accusent une perte sèche de 120 millions de dollars (en dollars constant). La cause ? Une scène de sacrifice humain pour le moins gratinée. Malgré la mise en place d'une nouvelle classification (le fameux PG -13), Indy décroche un succès phénoménal devenant l'un des plus gros money maker de l'histoire. En deux films, le trio Spielberg / Lucas / Ford installent leur héros sur la première marche du podium et encore aujourd'hui, après sondage (d'après le journal "Empire"), Indy est l'emblème absolu de l'aventure et le personnage préféré des cinéphiles. Deux segments dissociables mais complémentaires, donc, qui auraient très bien pu former un dyptique sans appeler un dernier film. Un premier volet restant à ce titre le plus équilibré entre une aventure exotique à la Hergé jouant déjà sur le passé du héros. On y apprenait la relation tumultueuse d'Indy avec Marion mais également faisait-on la connaissance de ses compagnons, Marcus Brody et Sallah. On y évoquait son mentor, Abner Ravenwood, père de Marion ainsi qu'un éminent concurrent, Forrestal, archéologue tête brulée, double d'Indy. Contrepied absolu des Aventuriers, "Le temple maudit" joue la carte Bondienne. Un ride sans incidence sur les origines de notre héros et surtout prequel du premier volet. Extraordinaire fête foraine saluée par Tarantino, Gans et Alex de la Iglesia, le segment le plus sombre de la saga n'assure aucunement la continuité de "L' Arche perdue". Ce sera donc "La dernière Croisade" qui creusera le sillon des origines amorcées par le premier film. Un double prologue (dont l'un westernien) et une quête de la paternité qui démarrera après la perte de la croix de Coronado. Plutôt enclin à donner une troisième aventure à l'archéologue, Spielberg (43 ans à l'époque) vient d'être père pour la seconde fois. L'approche de ce nouveau volet va sensiblement être différent des deux premiers. Adjoindre Sean Connery comme papa au plus célèbre aventurier va modifier le visage de la saga mais surtout c'est dans son approche visuelle que Spielberg va énormément prendre de la hauteur. Si le film ne caresse le serial exotique que du bout de son objectif, le réalisateur de "E.T." va laisser toute la place à son tandem afin de s'exprimer pleinement dans l'espace de son cadre. Deux quêtes au programme : La première sera mythique et l'autre humaine. Toute à la fois légère et plus grave (une apparition de Hitler et un autodafé au programme), l'Histoire se fait plus authentique prenant Indy et Henry comme témoins de la fin d'une civilisation. Spielberg cadre ses protagonistes à hauteur d'homme et prend soin de moins les iconiser. L'ère "des Aventuriers" et du "Temple maudit" semble bien loin malgré la touche d'humour toujours présente dans ce type de production. Si le wonderboy se concentre sur sa direction d'acteur, il perd quelque peu de vue le rythme effrénée des deux premiers volets et la lumière de Douglas Slocombe nuance moins les ocres et les bruns. La mise en scène se fait moins inventive et plus illustrative. Un ressenti accentué par le montage de Michael Kahn, moins inspiré qu'à son habitude. Gagnant en épaisseur d'écriture mais perdant en technicité,"La dernière croisade" respire la volonté de ses auteurs d'offrir un nouveau visage à l'aventurier. Le résultat est indéniablement touchant. Spielberg tire le rideau sur un dernier segment réussi mais légèrement en deçà de la force de frappe du "Temple maudit".

Si Spielberg conserva l'idée d'un nouvel Indy dans un coin de sa tête, Lucas et Ford furent les premiers a annoncé que le projet prenait enfin corps. Adoubé par Spielberg depuis "Jurassic Park", David Koepp efface la tentative déjà bien avancée de Frank Darabont ainsi que le premier jet de Shyamalan. Après quelques (gentilles) chamailleries entre le producteur et son réalisateur concernant la venue d'extra-terrestres ou d'êtres inter-dimensionnels, le premier clap est donné printemps 2007.
La réception résolument glaciale du film à Cannes en 2008 a définitivement enterré ce sequel qui encore aujourd'hui supporte mal la comparaison avec ses ainés. Les raisons invoquées reposent sur la greffe serial / Fantastique au profit du serial / SF. Le scénario de Koepp conserve son armature classique. A savoir : Scène d'ouverture - Marshall College - Evocation de l'artefact - Présentation du Love interest - Péripéties en cascade et Les pouvoirs de la relique. Un canevas bien connu des amateurs de l'archéologue bien surpris de retrouver leur héros au sein d'une Amérique en proie aux mutations politiques et idéologiques. Car c'est bien là que le film va frapper fort : Dans son contexte.

En 1957, Indy approche la soixantaine et malgré l'âge et le léger empâtement, l'homme a le swing toujours aussi rêche. Malgré la tenue physique, le moral de l'homme au fedora est au plus bas. Mac, compagnon d'arme depuis quelques années vient de le trahir au cours d'une mission et deux ans auparavant Henry Jones jr et Marcus Brody ont egalement tiré leurs révérences. Hitler fait place à Staline et les agents double du KGB menacent de se planquer dans chaque bol de Cornflakes. Les E.U sont au bords du KO. La menace rouge s'immisce sur la terre même de la liberté dissimulée derrière une idéologie saine à savoir celle du communisme et donc celle du partage des richesses. Un fond politique pourri enrobé d'un joli papier vert et argenté "Hollywood chewing-gum" reflet des dents blanches des bandes de blousons noirs se castagnant avec les Lycéens. Farouchement indépendant depuis le désaccord avec le gouvernement engendré par la perte de L'arche d'alliance, Indy va pourtant embrasser son pays et devenir un officier espion pour Eisenhower. La course à l'armement atomique dans le cadre du projet du 34 ème Président des E.U. est le cœur même du film voir même "son réacteur nucléaire". Indy à nouveau témoin de l'histoire lors d'une scène d'ouverture mémorable fait face au destin du genre humain. L'explosion atomique fait écho à l'autodafé plongeant le "Le Royaume du crâne de Cristal" dans une nouvelle ère : Celle des enfants de l'atome. Film au désenchantement total et anachronisme Hollywoodien, Spielberg encaisse un nouveau succès mais l'amertume du spectateur devant l'incompréhension du spectacle commence à se dessiner.

L'approche culturelle de la team Spielberg / Lucas sur le dernier né et l'opposition entre les créateurs et le spectateur est facilement identifiable. Clairement claironné comme un épisode à la saveur différente, Lucas savait qu'il allait prendre à revers son public. Le serial fantastique dont les premiers volets se nourrissaient avaient une influence sur la culture et l'histoire Européenne. Le nazi, incarnation du bad guy répugnant parle de lui-même. Mais le Maccarthysme, la chasse aux sorcières, la liste noire parlent-elles aussi bien aux habitants du vieux continent ? C'est un peu la limite de nos connaissances et l'incarnation de l'histoire de l'Amérique. Lorsque la team décide de faire référence aux films des années cinquante, c'est tout un pan de la culture U.S qui se déroule devant nos yeux. La menace rouge amalgamée avec la créature de Mars. Un mal qui vient de l'extérieur, proliférant comme une mauvaise herbe et adoptant la forme humaine après gestation dans une cosse organique. "L' invasion des profanateurs de sépultures" film de Don Siegel ou "Them" sont les références directes de ce volet placé sous le signe de la paranoïa. Entre insectes mutants baignés de radiations, caricatures d'extra-terrestres revanchards et manipulations du gouvernement, cette période cristallise les peurs de l'américain par toutes les voies existantes, qu'elles soient sociologiques, politiques ou culturelles. Un avant-goût certain avant l'assassinat de Kennedy et l' intervention désastreuse au Vietnam. On pourrait étirer la réflexion jusqu'au parallèle entre La zone 51 et l'artefact recherché par Indy démontrant par le prisme du divertissement toute la richesse de l'histoire américaine perdue pour notre plus grand bonheur entre conspiration et créatures humanoïdes.

AFFICHES CI-DESSOUS :
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Après visionnage, on peut facilement détailler le projet des auteurs : Retrouver la texture légère et pulp du premier volet mais également la part d'émotion et d'histoire liées à "La dernière croisade". Nous ne reviendrons pas sur quelques idées saugrenues et l'atroce final qui entachent un film pétri de qualités qui s'inscrit correctement au sein d'une franchise jubilatoire. Point de convergence dans l'oeuvre de Spielberg, "Le Royaume du crâne de cristal" est une hybridation du style de Kaminski et des obsessions du cinéaste. Ne souhaitant pas singer la patte de Slocombe, Kaminski opte pour un "soleil Californien" à la fois doux et persistant à l'image des intérieurs éclairés sur "Arrête-moi si tu peux". Une tendance fortement marquée du chef op' à introduire le spectateur dans un univers de divertissement léger. Même si Spielberg déclinera à plusieurs reprises l'idée d'extra-terrestres dans la saga, leurs présences s'imposent presque naturellement. Un peu comme si Indy se passionnait pour "Rencontres du troisième type" au temps du "Pont des espions". De son côté, Ford dont l'âge avancé ne joue plus à juste titre le bel aventurier quadra, prend les traits de ses ainés de l'âge d'or et surtout ceux de Gary Cooper dans "Distant drums" ou ceux de Wayne durant la période automnale de sa carrière dans "Rio Lobo". "Indy 4" marque donc la fin d'une période et Spielberg joue une dernière fois à Michael Curtiz dans un métrage imparfait mais dont le charme irrésistible annonçait la suite d'une filmo orientée sur le passé et le fantasme d'une arlésienne : Tintin. La boucle est bouclée.

Laissons nous maintenant porter par le jeu des sept erreurs entre "Le Royaume du crâne de cristal" et "La dernière croisade", deux films distincts dont chacun tiendrait le bout du fouet de son protagoniste. Indy avait un père. Indy avait un fils. So long Henry !

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