Oui, lit "cri du cœur"

Avis sur Indiana Jones et le Temple maudit

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Si Raiders of the Last Ark confinait à la grimace, on se surprend à découvrir le sombre Temple of Doom sous un angle rayonnant : second-né de la trilogie culte, celui-ci était de fait un sacré pari au regard de ses prétentions frissonnantes (à l’échelle de l’univers Indiana Jones), et il va sans dire que nombre de mômes doivent en garder un souvenir des plus marqués (moi le premier). Mais sitôt que l’on se penche à nouveau sur son cas, sans aucunement remettre en question son envers inquiétant, cet opus révèle de formidables atouts au point de supplanter sans peine aucune son prédécesseur.

Il faut dire que le ton est donné d’emblée : à contre-courant d’une entrée en scène mystérieuse et suffocante (ce qui était alors aussi pertinent qu’efficace), Temple of Doom se fend d’un numéro de cabaret habillant gaiement son générique, telle l’antichambre d’une introduction totalement délurée. Et, comme de juste, les premiers pas du célèbre archéologue abonde de manière tonitruante au gré d’un marchandage frappadingue : les méchants rient aux éclats, les retournements de vestes s’abattent avec fracas, un bang et la foule vire au remue-ménage généralisé... terrain de jeu parfait pour ce coquin de diamant insaisissable.

Invraisemblable vaudeville débouchant sur une course-poursuite tout aussi renversante, la séquence a l’intelligence de se conclure sur un énième rebondissement bien senti : Lao Che vous souhaite un bon vol, Dr. Jones ! Mais par-delà l’énergie communicative d’un tel déroulé, un point dénote rapidement en la personne de Willie Scott, assimilable au grand paradoxe que revêt le long-métrage. Placée antérieurement à celle de Raiders of the Last Ark, son intrigue ne s’encombre donc pas de Marion Ravenwood et joue à fond la carte de la séduction en ce qui concerne son archéologue iconique : certes, le film aura l’intelligence de ne pas faire tomber la belle dans ses bras en un claquement de doigt, celui-ci privilégiant d’ailleurs une opposition très franche quoique ambiguë, mais... gare à la noyade par archétype !

Disons le franchement : Willie est insupportable comme pas deux. Nous dépeignant le portrait d’une femme vénale, hystérique et de mauvaise foi, Temple of Doom ne suscite aucune empathie à son égard, quitte à carrément virer au jusqu’au-boutisme et nous faire interroger quant aux « goûts » d’un Indy « facile ». Et pourtant... vint le miracle, ou paradoxe comme énoncé plus haut : car là où Raiders of the Last Ark se prenait les pieds dans le tapis en sacrifiant l’aura de Marion au profit de convenues conventions, le présent long-métrage ne fait rien de moins que d’assumer à fond son délire, quelle qu’en soit la couture épiée.

Droit dans ses bottes et fidèles à ses fondations exubérantes, Temple of Doom mise donc sur le grandiloquent sans jamais lésiner sur la dose, au point de rendre finalement la bougresse sympathique et le couple aussi improbable que savoureux. Un « dénouement » inespéré mais dans la droite lignée d’une atmosphère des plus particulières car mouvante : les Thugs instaurent de ce fait une ambiance savamment noire, et conduiront héros et spectateurs au devant de séquences osées comme mémorables. L’extraction « à cœur ouvert » s’impose naturellement sans forcer, mais l’on note également des partis-pris d’autant plus surprenant, à commencer par la mise à mal physique et psychique d’un Indiana Jones « diabolisé ».

Si tout n’est pas parfait, le semblant d’unité d’une intrigue se dispersant moins qu’auparavant est très efficace, et ce en allant à l’essentiel : d’envergure moindre, l’étiquette « aventure » du long-métrage compose donc envers et contre tout un divertissement rythmé avec brio, doué d’un humour faisant mouche et d’un esprit faisant la part belle à un « exotisme » ne nous laissant pas tranquille. Une bien belle surprise en somme, certainement accentuée par la légère déconvenue qu’était Raiders of the Last Ark, mais le plaisir au visionnage tient de l’évidence.

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