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Inland Empire a la lourde tâche d'arriver après les monuments Lost Highway et Mulholland Drive, d'autant plus qu'il en reprend les enjeux thématiques et narratifs. Lost Highway questionnait la puissance manipulatrice de l'image et l'impossibilité de la conquête de la femme, et Mulholland Drive était une réflexion plus frontale sur la mythologie profane du cinéma hollywoodien, mais aussi et surtout sa nature magique et son influence sur l'imaginaire collectif, Inland Empire, même si en grande partie focalisé sur la cinématographie, élargit son propos à la nature des récits de façon générale.

La première partie est familière: une jeune actrice décroche un rôle aux côtés d'une vedette, évoluant dans le microcosme hollywoodien futile. En plus d'être une redite dispensable du film précédent, la démonstration est souvent grossière. La scène d'échange entre Justin Theroux et Laura Dern, où celle-ci se perd entre son jeu et sa vie privée, en est l'illustration la plus symptomatique, ayant l'allure d'une scène involontairement parodique de Perfect Blue.

Puis le cauchemar commence. Le film devient incompréhensible pendant presque deux heures. Chaque fois que l'on pense arriver à une hypothétique justification de tout ce mameeshaskwoz, les scènes suivantes viennent balayer cette hypothèse avec une irrévérence de plus en plus irritante, même pour un habitué de son auteur. Ce dernier n'en perd pas pour autant son savoir-faire de la mise en scène, malgré sa laideur assumée, rappelant tour à tour la maison des Madison ou la Loge Noire. Deux séquences, purement cauchemardesques, font d'ailleurs partie des plus mémorables de sa filmographie, par leur efficacité instinctive, réussissant à justifier l'usage de l'artifice le plus irritable au monde, le jumpscare.

Pourtant, toute cette errance narrative arrive finalement à une magnifique conclusion. La fiction et le réel sont intimement liés, et ne peuvent exister l'un sans l'autre. Si l'homme s'est raconté des histoires de tout temps, qu'il s'agisse d'un drame américain cossu, d'un film soviétique ou d'une légende urbaine de sans abri, c'est car elles apportent des réponses à une situation vécue, et aident à surmonter ces épreuves. Les hommes ont toujours eues les mêmes tourments, les mêmes problèmes, seule la manière dont ils sont racontés change. Ce qui est une évidence à la lisière du lieu commun, mais la manière dont elle amenée vers cette fin lumineuse, qui est la conclusion parfaite à la noirceur brumeuse dans laquelle le spectateur était jusque-là plongée, est sublime. Le film s'inscrit ainsi admirablement bien dans la continuité des deux films précédemment cités.

Difficile pourtant de ne pas émettre de réserves. Les presque trois heures du film n'en demeurent pas moins terriblement longues, ce que n'aide pas le choix de l'image numérique amateure, qui peut se justifier par la volonté d'ancrer le film dans son époque (le début des années 2000), la volonté de s'éloigner de la beauté formelle de Mulholland Drive, ou encore la citation à l'homme mystère de Lost Highway et l'enjeu de la vidéo, mais difficile d'y voir autre chose qu'une justification à ce qui, finalement, relève davantage d'une démarche de provocation au bienfondé discutable. On pourrait croire que Lynch a fini par se perdre dans sa propre oeuvre, mais sa suite sur Youtube, et surtout la saison 3 de Twin Peaks prouvent le contraire.

Rèné_Ganon
7
Écrit par

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