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Intimité

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Un homme et une femme qui se connaissent à peine sont unis par une relation exclusivement sexuelle que la caméra de Patrice Chéreau nous donne à voir sans rien cacher des corps et des sexes. Aucune vulgarité, aucune pornographie non plus… Les scènes ne sont ni excitantes ni glauques, ce n’est pas non plus un cinéma documentaire ou voyeur. La caméra à l’épaule nous emmène directement au cœur de cette union sauvage et primitive, célébration du sexe sans finalité ni calcul… Puis nous suivons l’homme, un homme ordinaire, pris dans son quotidien, qui court après sa vie perdue dans l’Angleterre grise des pubs et des taxis londoniens, sans espoir. Un jour pourtant, tout va changer quand il voudra briser les règles. La deuxième partie du film, étonnante, nous emmène vers une quête sans réponse de la question posée par le titre du film. Quelle est à proprement parler l’intimité ? Celle des corps ou celle du quotidien ? Aucune, semble répondre la femme qui fait le même reproche à son mari puis à son amant, les accusant l’un et l’autre de ne pas la connaître. Juste après la réussite incomplète de Ceux qui m’aiment prendront le train et avant Gabrielle qui viendra prolonger sa réflexion sur le couple, Chéreau nous donne sans doute là son meilleur film à ce jour, une œuvre puissante et inspirée où ses talents de metteur en scène et de directeur d’acteurs s’expriment sans entraves. Les deux interprètes principaux, Mark Rylance et Kerry Fox, poussent le don de soi jusqu’à jouer réellement les scènes de sexe sans jamais sortir de leur métier d’acteurs. Et le théâtre, patrie d’origine de l’auteur, est encore et toujours au cœur du propos. Qui joue ? Qui vit ? Jusqu’où aller pour restituer l’émotion de la vie ? Qui désire qui ? Qui possède qui ? Qui suit qui ? La scène de la rue où tout à coup les rôles sont inversés est paradigmatique de ce jeu de dupes où chacun prend tour à tour le dessus sur l’autre. Dans ce registre, Timothy Spall est éblouissant de naturel et d’intelligence dans le rôle du mari trompé sans l’être. Et la fin est cruelle comme la vie, ne bouclant rien et n’apportant aucune réponse. Le questionnement de Chéreau sur l’humanité atteint là des hauteurs admirables et se traduit cinématographiquement par un œuvre totale (on n’oubliera pas la musique, toujours pertinente et jamais redondante), audacieuse et mâture.

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