Vieux comme le monde

Avis sur Intolérance

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Volonté de se racheter ou au moins de faire oublier la polémique engendrée par son film précédent, la première super-production de l'histoire du cinéma, D W Griffith s'embarque dans un projet autant pharaonique qu'un poil boursouflé. 

Quatre histoires, alternées, pour montrer que l'intolérance est aussi vieille que le monde. Soit. 
Le message pouvait peut être un peu moins appuyé, mais vous me rétorquerez que 1) nous sommes en 1916 et bon nombre de spectateurs n'ont pas encore les clefs de lecture de cet art naissant, d'autant qu'il touchait un public beaucoup plus large que celui des romans... Et 2) il voulait sans doute tout mettre en œuvre pour que cette fois son propos ne souffre aucune interprétation. 
Et si les transitions ne sont pas toujours heureuses, on passera sous silence une conclusion aussi maladroite que tombant comme un cheveux sur la soupe. 

Quatre histoires dont nous serons immédiatement d'accord pour s'accorder à dire que toutes ne sont pas traitées avec la même... application. 
Donc exit les extraits de la vie de Jésus aussi rapidement évacués que superfétatoires (yes ! Ça faisait longtemps que je voulais le placer celui-la). 
L'épisode autour de Charles 9 et la funeste nuit de la St. Barthélémy ne manque pas d'attraits, notamment visuels, mais n'est pas lesté ne la même charge émotive que, par exemple, l'épisode contemporain (c'est-à-dire 1915). 
Ce dernier est, malgré un happy-end qui détone presque dans l'ensemble (mais Griffith n'est-il pas l'inventeur de cette façon de terminer une histoire ?), magnifique à plus d'un titre. Certains plans sont d'une beauté plastique tétanisante (ces gros plans de visages !), certaines émotions sont mises en scène de manière absolument géniale, tant elles sont encore copiées 100 ans après (la marche dans le couloir de la mort, la poursuite du gouverneur). 
Mais cet épisode est totalement inoubliable pour la performance et la personnalité de Mae Marsh, la "dear one" qui est confondante de justesse et de naturel. 

Voilà. Et puis reste le moment fort, la prouesse visuelle. La débauche de moyens: l'épisode Babylonien. Autant dire qu'aujourd'hui la même scène n'aurait plus beaucoup d'intérêt. Tout serait torché en image de synthèse et vogue ! Mais rien de tout ceci ici. Les décors gigantesques sont subjuguants. Les scènes de batailles sont ahurissantes (les deux tours, 85 ans avant, presque au détail prêt). Les enjeux sont magnifiques (trahison, amours, décadence... miaaam). 

Mais au delà de tous ces éléments qui se suffisent largement à eux-mêmes pour faire de ce film un des grands moments du 7eme art, il y a cette chose indéfinissable, ce supplément d'âme, qui fait que certaines de ces images sonnent infiniment plus justes que toutes les tentatives qui seront faites au cours des décennies suivantes. Comme si, parce que le film nous parvenait lui-même du fond des âges, on devenait témoins d'une fragment de la vraie histoire antique. 

Un sentiment indéfinissable et immensément fort. Le vrai grand frisson. 
En tout cas, moi, je ne savais pas qu'ils avaient déjà inventé les caméras en 570 avant JC. 

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