Pas touchants

Avis sur Intouchables

Avatar Fry3000
Critique publiée par le

(gros spoilers, apparemment)
On en disait du bien de ce film, je ne sais pas exactement où et par qui, mais j'ai l'impression quand même que tout le monde en disait du bien, et ça n'avait pas l'air non plus d'être le type de film français que tout le monde va voir alors que c'est nul.
D'après ce que j'ai vu, ça paraissait touchant, un peu drôle, plutôt léger, je m'étais dit que ça ne me ferait pas de mal d'aller le voir.

Et alors, dès le début, mais qu'est-ce qu'il se passe, cette scène de poursuite sur l'autoroute, avec Omar qui feinte la police avec la complicité de Cluzet qui fait semblant d'être quelqu'un qui a une crise et qui doit être emmené à l'hôpital immédiatement... Et les deux copains, sans problèmes, dès que les policiers ont le dos tourné, ils rigolent et secouent leur tête au son de la radio.
Même si le reste du film est un flashback, je m'étais dit que rien de ce qui nous y serait montré ne pourrait expliquer la débilité de cette introduction.
Assez rapidement, au bout de 20 ou 30 minutes, je m'étais dit que j'allais partir.
Ca m'est venu à l'esprit lors de la scène des entretiens d'embauche, où chaque candidat, alors qu'ils sont censés être sérieux vus leurs qualifications, accumule les conneries du genre "je suis motivé par l'argent", "j'ai travaillé avec une dame très très très vieille... très vieille". Ca m'a donné l'impression d'un film avec des scénaristes désespérés de faire rire, prêts à tout, et surtout n'importe quoi. Ca m'a accablé.

Voilà que débarque Omar, racaille de té-ci qui passe devant les bonhommes en costards et chaussures cirées.
A ce qu'on m'a dit après le film, des critiques auraient complimenté Omar sur son jeu d'acteur. Je m'en tiens à ce qu'on m'a dit, et je ne comprends pas, dans ce film soit il reprend la figure qu'on connaît du comique quand il est accompagné de Fred, soit il joue le mec de banlieue bien lourd.
Je suppose que ça fait rire deux types de personnes : les personnes qui viennent de ces quartiers là, et ceux qui aiment se moquer de l'incarnation d'un stéréotype complet.
Le personnage est agressif, il se la joue rebelle ; ses blagues sont prévisibles ("Berlioz", pff...), elles tournent autour de son ignorance, sa libido, ou alors le choc des cultures avec le bourgeois plein de fric.

C'est le schéma classique : le mec de banlieue, étrangement, accepte le pari du bourgeois, tout simplement parce qu'il l'a défié, pfft. Il est pas content, mais après ils se font l'un à l'autre, s'apportant mutuellement leur propre culture, et ils deviennent best friend forever.
Omar, ce qu'il offre au mec coincé dans son fauteuil roulant, c'est la drogue, les putes, la vitesse d'une conduite excessive. Comme c'est touchant.
En plus, il résout les problèmes avec la violence, et tout le monde trouve ça normal qu'il malmène le voisin ou menace l'ex-copain de la fille de Cluzet, et l'oblige à apporter des croissants tous les matins. (en écrivant ça, on se dit vraiment "wtf").
L'échange entre les deux personnages principaux se fait principalement dans le sens de la racaille, qui apporte toute sa sous-culture en restant totalement hermétique à la musique classique ou à l'art. Evidemment, on a droit aux blagues habituelles, du genre Les 4 saisons de Vivaldi ça vient d'une pub, ou tel tableau c'est en fait un mec qui a saigné du nez sur une toile... C'est lassant.
Ca passe peut-être inaperçu pour la plupart des gens, mais le film donne uniquement raison au personnage d'Omar, c'est le mec de banlieue qui connaît la vie.
Son seul effort pour pénétrer dans le monde de l'autre, c'est d'appliquer des coups de pinceaux n'importe comment sur une toile.
En fait il accepte faussement le monde de l'autre, car là encore c'est uniquement à lui qu'on donne raison, et on le conforte carrément dans sa position. S'il fait de l'art contemporain, ce n'est que pour l'argent, et c'est avec une facilité ridicule qu'il vend son tableau comme si c'était celui d'un grand artiste.

A la fin, on voit quand même que le personnage d'Omar est moins agressif, et on ne sait pas trop comment il est devenu plus cultivé. On veut nous dire "mais si, après tout il est gentil", alors qu'au début ce guignol arrivait à un entretien totalement énervé et impoli, appuyant sur la table un contrat d'embauche en imposant à l'employeur le refus de sa candidature.
Vu comme les scénaristes ont insisté pour que le personnage se retrouve dans une situation meilleure en restant conforté dans sa position de je-m'en-foutiste qui se permet n'importe quoi, je ne sais pas d'où est sorti le changement qui a opéré chez ce personnage.

Des fois on apprend un truc tout d'un coup, sans que rien ne l'ait annoncé. Omar s'énerve contre la fille de Cluzet, il dit qu'elle se comporte vraiment mal, alors qu'on ne se rend compte de ça que la scène d'avant. Le film n'est donc pas vraiment bien organisé, ce n'est pas comme si avaient été organisées plusieurs scènes montrant comme cette fille est agaçante, non, mais à un moment les scénaristes se sont dit "il faudrait que le personnage se fâche contre la fille, tiens".
Dans le fond, ça reste une sorte de buddy-movie qui reprend toutes les situations les plus basiques, mais sans trop savoir se débrouiller avec. Il y a forcément un "moment émotion" où les personnages se dévoilent, puis une phase de crise, et vers la fin il y a ce passage où chaque personnage est vu chacun de son côté après que leurs chemins se soient séparés, pour signifier qu'ils sont vraiment faits l'un pour l'autre.
On ne fait pas dans la demi-mesure : sans Omar, Cluzet veut pas manger, se raser, et s'il a du mal à respirer il s'en fout.
Dans les clichés, et toujours sur le thème de l'amour, il y a la scène où Cluzet se barre au moment de la rencontre avec sa correspondante, et comme par hasard, elle arrive juste quand il part, et ils se croisent quand il s'en va.
Pitié...

J'avais envie de partir dès le début, j'avais dit "si dans 20 mn c'est pas mieux, je me barre".
Au bout d'une heure et demie, j'ai demandé à mon comparse, "ça dure quand même pas 2h ?"
Finalement, presque 2h sont passées, quand j'en ai eu vraiment marre, lors de la scène du rasage (oh, putain, je m'y attendais pas, il lui fait une moustache à la Hitler, ohoho, très drôle) et je suis parti.
Première fois que je sors d'un cinéma en ayant payé, par ailleurs. Première fois. Et je l'ai fait apparemment à 2 minutes de la fin...
Enfin ça me saoulait d'entendre tout le monde se marrer, et une femme à proximité rire comme une baleine, comme si le film était drôle.

Je sais pas si à la fin Omar fiste enfin Cluzet avec ses gants blancs, et je m'en fous.

Ce truc est le nouveau grand succès français, c'est malheureux. Je regrette d'avoir participé rien qu'en achetant une place.
Je regrette vraiment le temps que j'ai perdu, j'ai envie de dire "plus jamais, plus jamais ça...", mais je sais que je vais retomber dans le panneau un jour.

EDIT : en plus c'est mon 1500ème film sur SC :/

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