Dans l'ombre de John

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Ce film me laissait de marbre, puis les récompenses se sont mises à lui tomber dessus, les critiques étaient élogieuses et le genre épouvante, a fini par me convaincre de le placer au sommet des sorties de ce mercredi. Comme trop souvent, l'engouement n'est pas à la hauteur des espoirs placés en lui.

Le réalisateur David Robert Mitchell; dont le premier "The myth of american sleepover" est passé inaperçu; une séance de rattrapage ne s'imposant pas, vu la déception face à son second film. Il a écrit le scénario en s'inspirant d'un rêve récurrent. La matière est légère, comme dans tout slasher movie, sauf que son histoire à différentes lectures, ce qui le rend plus intéressant, du moins au début.

La scène d'introduction est parfaite. On se retrouve dans une banlieue américaine, calme en apparence ou la nuit commence à tomber. Puis une jeune femme vêtue d'une nuisette et portant des talons, sort de sa maison, complètement affolée et se plante en plein milieu de la route. Hors-champ, on entend son père lui demandait ce qui se passe, tout comme une voisine dans l'ombre. La caméra fait un 360°, nous montrant l'absence de menace. Elle retourne dans la maison, devant un père impuissant et ressort, pour s'enfuir en voiture sur une plage déserte. La musique est assourdissante, l'angoisse est bien présente. Au matin, on retrouve son corps désarticulé, confirmant la réalité d'une présence malfaisante.
La suite ne sera malheureusement pas aussi passionnante et intrigante. Malgré l'évidente influence de John Carpenter, David Robert Mitchell se montre rarement à la hauteur de son illustre aîné. Son mélange : teenage movie et slasher movie, souffre d'une idée de base, trop simpliste. La menace invisible; du moins au début; se transmet comme une malédiction, par le biais d'un rapport sexuel. On pense évidemment, à une MST, prenant l'apparence de proches, marchant inlassablement dans la direction de la dernière victime, avant de l'attraper et de la tuer.
Dans cette Amérique puritaine, le discours semble réactionnaire, avant de s'annihiler, puisque la malédiction disparaît dès que l'on la transmet lors d'un nouveau rapport. Mais pas tout le temps. Ce mal est-il le reflet de leur peur de grandir, vu que nous ne sommes qu'en présence de jeunes adultes. Les parents étant absents ou transparents. Ils semblent seuls dans une ville; Detroit; ou les rues sont désertes et les maisons en ruines. La récession se faisant ressentir dans chaque plans, avec cette absence de modernité. Ils regardent de vieux films de SF, lisent l'Idiot de Dostoïevski ou jouent aux cartes. Cela confère au film, un charme désuet, accentuant encore plus les influences du réalisateur, nostalgique d'une époque ou les films d'épouvante, étaient un genre en pleine effervescence, avant de s'éteindre lentement, la faute à un manque de renouvellement.
En cela, la démarche de David Robert Mitchell est intéressante, mais ne se reflète pas à l'écran. L'utilisation du sexe, comme transmission de la malédiction est facile, dans le sens ou cela lui permet de montrer des corps dénudés. Certes, c'est un procédé inhérent au genre, mais quand on a pour ambition de le renouveler, on peut éviter ce procédé si désuet, dans un monde ou le sexe est omniprésent dans tout les médias. Puis le concept de "baise ou crève", est un peu malsain. Heureusement, il ne montre pas les corps nus lors des ébats, évitant de devenir une sorte de Larry Clark en fin de cycle, exhibant la nudité crûment, au point de rendre ses derniers films malsains.
Il n'évite pas aussi le jump scare facile, avec ce ballon frappant une fenêtre. Il apporte aussi peu de frissons. Ils sont éphémères, souvent dû à la présence de ce géant, dont on ne saura jamais, ce qu'il représente pour Jay (Maika Monroe). En dehors du fragile et prévisible Paul (Keir Gilchrist), le casting fonctionne bien. Surtout du côté féminin avec aussi Olivia Luccardi, Lili Sepe et Bailey Spry. Elles ne sont jamais agaçantes et ne s'époumonent pas en criant, à la moindre apparition.

La forme est réussie, les plans sont magnifiques, on a l'impression d'être dans un film de John Carpenter, avec aussi cette musique entêtante, survenant dès que le danger approche, en utilisant 4 ou 5 notes, simple mais efficace, tout en étant aussi agaçante. L'idée est intéressante, mais ça ne fonctionne pas sur le long terme. L'ensemble est convenu, l'angoisse et la paranoïa, ne s'installent pas vraiment. La tension est palpable, lors de certaines scènes, mais pas assez soutenu.
C'est évidemment une déception, il y a plein de petites choses réussies, mais disséminés un peu partout, ne donnant pas un ensemble cohérent et passionnant. David Robert Mitchell est un cinéaste à suivre, en espérant, qu'il ne se contente pas de mettre en images ses rêves, en s'associant à des scénaristes plus inspirés que lui.

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