Miii ._. (ou : les aventures d'une souris devant un film d'horreur)

Avis sur It Follows

Avatar Kogepan
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Je ne regarde pas beaucoup de films d'horreur. J'ai les bases, j'aime bien occasionnellement me poser devant un bon gros film terrifiant avec une bière, un coussin (très important, le coussin) et mon frère et/ou des amis, histoire de rigoler de notre propre peur et de détendre l'atmosphère ; "ça va, c'est qu'un film. Ouf".

Je comprends les gens qui aiment se mettre un petit coup d'adrénaline, vivre intensément une expérience de peur dans une salle sombre avec des gens tendus autour d'eux, pour ensuite en discuter autour d'une bière ou d'un kebab et se créer de bons souvenirs. Mais c'est pas trop mon trip.

Alors je ne sais pas trop ce qui m'a pris d'aller voir "It Follows" au cinéma. Un ami, qui sera joué par Ed la Hyène pour respecter son anonymat, m'a proposé d'aller le voir, en me racontant juste l'idée de départ : après une relation sexuelle avec son mec du moment, Jay, une jeune américaine tout ce qu'il y a de plus normal, a l'impression que quelque chose la suit constamment, prenant la forme de personnes inconnues ou familières...

Sur une échelle de résistance à la peur, allant de 1 = Souris faisant une crise cardiaque quand on lui fait "Bouh" et 10 = Ron Swanson, je me placerai à un honnête 6. Ce qui signifie que je suis bon public, mais que je peux faire la part des choses en me disant aux moments les plus terrifiants "C'est-un-film-tout-va-bien-tu-ne-vas-pas-mourir-c'est-un-film-tout-va-bien-tu-ne-vas-pas-mourir...". La preuve : dans un ultime sursaut de courage (et de fierté), je ne suis pas sortie de la salle aux moments les plus angoissants (Ed la Hyène non plus, pour sa défense, même s'il poussait des petits cris par moments). Et surtout, j'ai pu apprécier le film.

Au niveau de l'histoire, j'ai beaucoup aimé l'angoisse suscitée par le fait qu'on ne sait pas (et qu'on ne saura jamais) ce qui suit Jay et les autres personnes "infectées". Personne ne lance de théorie, au spectateur de se faire sa propre opinion. La métaphore de la MST est claire (peut-être trop ?) : c'est après une relation sexuelle que l'on commence à voir les "gens". Mais on peut aussi penser à une métaphore du viol, notamment au début lorsque Jay s'enferme chez elle et que ses amis la soutiennent sans vraiment la croire. Toujours est-il que c'est l'atmosphère de paranoïa qui fait toute la force du film. Extrêmement contagieuse, cette paranoïa envahie insidieusement le spectateur, et on se surprend à scruter chaque centimètre carré de l'écran à chaque plan pour repérer la chose qui s'approche de Jay. Les travelling ou les plans fixes, qui se multiplient l'air de rien et jouent des effets de flous pour tromper notre regard, se moquent de plus en plus de notre propre angoisse à l'idée que Jay soit approchée à son insu. Certaines constructions de scène trompent d'ailleurs tellement (je pense à la scène sur la plage lorsque les 5 amis se reposent) en devançant les préventions du spectateur en alerte que ça en devient presque gênant ; on finit par rire, mal à l'aise, pour évacuer la tension en grimaçant "l'enfoiré" à l'adresse du réalisateur.
Finalement on se rend compte qu'on est tendu constamment, physiquement et moralement, et les rares jumpscare sont presque un soulagement, parce qu'on peut physiquement manifester sa peur en sursautant, et reprendre vaguement contenance en croisant les jambes, les bras, un peu tout, en attendant d'être de nouveau tout noué.

En dehors des moments de tension, sublimés par une bande-son efficace, le film bénéficie d'une esthétique marquée et plutôt élégante. Les plans contemplatifs, presque méditatifs, des arbres, des maisons, de la ville de Detroit (dont l'ambiance glauque et de décrépitude avancée et sans espoir de guérison reflète bien le propos du film) vus aux travers des yeux de l'héroïne Jay ont l'avantage d'être beaux, en plus d'être reposants - car à moins que le réalisateur soit un vrai enfoiré le spectateur sait qu'il peut souffler dans ces moments. L'atmosphère, oscillant constamment entre terreur et calme, fonctionne comme une invitation à profiter des petites beautés quotidiennes.

Pour ce qui est des acteurs, je n'ai rien à dire, je les ai trouvés très convaincants, surtout Maika Monroe (Jay) et Keir Gilchrist (Paul), et les personnages sont, si ce n'est attachants en dehors de Jay, au moins crédibles. Il flippent quand il faut flipper, ils désirent, ils craignent, ils doutent... et surtout ils ne passent pas leur temps à faire les débiles en se mettant dans des situations qui font hurler le spectateur sur l'écran des "Tu es complètement conne ou quoi ?!" et des "Non mais non NON fais pas ça !". Et ils ne sont pas affublés du classique syndrome de butter fingers qui donnent ces situations - éculées - de "Oh, je suis poursuivie par une créature effrayante et dangereuse, je fais tomber mes clés de voiture par terre et passe 3 putain de minutes à les chercher à tâtons en les faisant glisser plus loin pendant que la créature s'approche toujours plus de moi". Ça fait plaisir de voir que le réalisateur n'est tombé dans aucun des stéréotypes agaçants du genre, malgré les nombreuses occasions de le faire.

De "It Follows" je retiendrai longtemps la superbe scène d'intro, qui dit tout tout de suite sans une parole. Densité, efficacité. Le film aurait pu finir de plusieurs façons différentes, mais la fin choisie est la meilleure selon moi. Et si pendant le visionnage on est plus scotché par les scènes de tension pure, celles d'apparitions de la chose et ses métamorphoses, ce qui restera le plus longtemps en sortant de la salle c'est la paranoïa insidieuse, l'angoisse d'être suivi - d'ailleurs j'ai obligé Ed la Hyène à me ramener chez moi à la sortie du cinéma, à 1h du matin, ça va de soi...
Je recommande chaudement à ceux qui sont assez braves et fous pour voir un bon film d'horreur au cinéma ; pour les autres, je recommande aussi, mais chez vous, si possible avec des gens pour partager et soulager la tension, avec une télécommande pour mettre "pause" quand ça ne va pas, et surtout un coussin à serrer fort contre soi. Mais regardez-le.

Et attendant, je vais garder longtemps le réflexe de regarder par-dessus mon épaule...

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