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It's a Free World ! par Christine Deschamps

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Il ne reste probablement pas beaucoup de films de Ken Loach que je n'aie pas vus et trouvés essentiels. Un de plus, passé jusque là entre les grilles de mon filet, mais rattrapé finalement par le bout des mèches blondes de l'héroïne, une perdante pathétique qui se rêve requin parmi les requins. Mais il faut des tripes pour frayer avec la vraie racaille; et une absence absolue de morale. Elle n'en regorge pas, mais elle peine malgré tout à oblitérer totalement ses sentiments. Car il est bien question de compassion une fois de plus dans ce film; un passage obligé chez Loach l'humaniste. Comme il est question également de ferrailler avec le libéralisme prédateur qui laisse les gens sur le carreau. En particulier dans une Angleterre lessivée par la crise et le thatcherisme des années 80. Comment s'en sortir quand on n'a pas de fortune personnelle, qu'on est une femme et qu'en prime on a un enfant à charge ? That is the question, et Loach concocte une fois de plus une démonstration imparable. L'absence de solidarité mène à tous les crimes. Malgré tout, il n'accable personne en particulier, et trouve des circonstances atténuantes à tout : à la violence du fils, à l'amoralité de la mère, aux expédients des migrants, aux abus des négriers qui les logent, à la fraude, vénielle ou massive... on sent qu'il accuse surtout un système défaillant, qui ne parvient plus à laisser aux gens un peu de place entre ses rouages mortifères. On assiste impuissant aux choix désespérés et toxiques de l'héroïne, qui passe de victime d'un machisme banal à usurière puis esclavagiste, en blâmant toujours les autres; jusqu'à ce que tout lui explose à la figure. Mais là encore, point de salut. Il faut payer, courber l'échine, se résoudre à perdre, continuer à miser quand on est joueuse, et s'enfoncer encore et encore, comme le pauvre Daniel Blake. Ken Loach n'est pas un joyeux, et regarder ses films, c'est un peu se prendre une intraveineuse de plomb. Mais son propos est salvateur, comme une bonne purge qu'il faudrait boire jusqu'à la lie dans un calice plein de crasse. Donc, si vous êtes un peu maso ou pas tout à fait complètement résigné, tentez l'immersion dans cette Angleterre fétide qui ne fait que des perdants...

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