On ne vit qu'une seule fois

Avis sur J'ai le droit de vivre

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Fritz Lang derrière la caméra, Henry Fonda qui l'affronte dans un film noir, l'affiche est sans conteste alléchante. Alors pourquoi si peu de reconnaissance sur le site ? Je vous enjoins de changer la donne ! Oui, ce film vaut le coup d'oeil. A eux deux, ils pourraient de toute manière sauver n'importe quel long-métrage d'une noyade programmée. Sans être une oeuvre véritablement majeure de la filmographie du célèbre réalisateur allemand, You Only Live Once (YOLO) mériteraient certainement plus de reconnaissance, et ce pour bien des raisons.

Déjà, n'allez pas croire que le film se contente de reposer sur les épaules de Lang et Fonda, car ce serait une bien belle erreur. Un scénario bien ficelé qui tient fermement la sombre et intrigante voie des films noirs, une image que l'on constate sans étonnement de qualité, ainsi qu'une ambiance sombre et alléchante font de cette oeuvre plus qu'un excellent divertissement. D'ailleurs, de par l'année de sa production (1937), l'on constate que ce film se pose dans l'ère pionnière des films noirs et de leur reconnaissance hollywoodienne. Henry Fonda a beau être à l'aube de son immense carrière, l'on pourrait jurer que son expérience dans ce milieu est déjà extraordinaire. Et pourtant... Impeccable, charismatique, juste, il évolue dans cet océan d'image comme une légende aguerrie, dans un rôle difficile qui de surcroît requérait beaucoup de talent. Et déjà, Fonda se pose ici comme un acteur incontournable.

Eddie Taylor (Fonda), homme intelligent et de qualité fraichement sorti de prison, retrouve Joan, la femme qui l'aime, et qui l'a attendu trois années. Son retour à la vie de la communauté est plutôt douloureux, et la perception des citoyens dans-la-loi pour cet homme qui l'a violée pose la mesure de l'antipathie ressentie par les individus envers les marginaux. Ainsi, il est considéré comme porteur de tous les maux du monde du fait de son séjour au bagne. Mais Joan fait fi de ces attitudes ridicules et intolérantes, elle l'aime, et lorsque Eddie finit par prendre conscience de l'impact de cette femme sur sa vie, il réalise alors que cette vie-là peut être belle si elle est vécue en bonne compagnie. Un mariage s'effectue, une maison est achetée, le bonheur semble être total, et les malheurs recommencent de plus belle. Accusé à tort du meurtre de plusieurs policiers, viré de son travail alors qu'il souhaitait se ranger, rejeté par la société, Eddie se retrouve au pied du mur.

Fritz Lang nous propose un personnage principal au caractère bien trempé, aussi intéressant qu'attachant, et à travers qui l'on peut prendre la pleine mesure de la nature humaine et des relations entre les hommes d'une même société. Sans la mettre véritablement en avant, l'éternelle question du bien et du mal est une nouvelle fois bien présente, et il est ironique de constater les réactions de chacun face à l'incompris, au rebut que la société rejette. Egalement, la problématique carcérale surgit sans prétention, mais aussi sans précaution.

Punir, c'est bien, maudire, c'est pire.

Qui est responsable des actions d'un homme rejeté ? Lui-même alors qu'il tente de se racheter ? Ou ses compatriotes qui lui font porter le chapeau pour tous les maux, lui balançant en pleine figure toutes leurs responsabilités ? Un exemple : en cavale, Eddie pique de l'essence et s'enfuit illico. Les employés de la station s'approprient l'argent de la caisse, appellent les flics et leur disent qu'ils ont été braqués et qu'Eddie leur a volé la caisse...

L'opportunisme égoïste de l'Homme est depuis longtemps légendaire, et Fritz Lang l'a parfaitement cerné. Eddie et You Only Live Once en font l'amer expérience, et nous, sadiques que nous sommes, on adore ça.

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