L'enfer est pavé.

Avis sur J’veux du soleil

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Ruffin et Perret, ensemble, dans un film traitant des gilets jaunes.

Mettons de côté le deuxième pour développer sur le premier.

Qu'il m'aurait été agréable de démolir la prétendue neutralité politique de ce film en arguant que Ruffin a bien du mal à cacher les étiquettes "France Insoumise" avec lesquelles il se pâme. Oui, cela me semblait judicieux comme angle d'attaque pour commencer une critique construite, argumentée et citoyenne. Sauf qu'il n'en est rien. Car, de défauts, ce film en a, mais celui de l'angle partisan, qui, a mes yeux, l'aurait été étant donné la personnalité de Ruffin, n'est présent qu'en sous-texte.
A défaut, donc, je m'appuierai sur ce que le film présente avant tout, la figure de François Ruffin qui visite les gilets jaunes.

Et c'est là que le bas blesse, Ruffin phagocyte le temps, la parole, et l'image de ces individus qui, au demeurant, auraient suffi à ce film. Il n'en est rien, Ruffin rappelle qu'il est là, et j'en suis las.
Ce film n'est, en définitive, pas un documentaire sur les gilets jaunes mais sur Ruffin qui part à la rencontre des gilets jaunes. Et c'est fondamentalement différent.

De fait, j'aimerai dire du bien, de la démarche. C'est d'ailleurs ce que je m'apprête à faire. Mais, ce n'est pas l'intention qui compte, c'est le résultat, bien malheureusement pour J'veux du soleil qui se voit étiqueter d'un "ha, c'est dommage" qui, même si en vrai c'est déjà ça, est un condensé de frustration.

Car ces histoires, de ces petites gens qui se démènent pour survivre dans le pays des droits de l'homme - toujours très marrant à lire ça - sont des histoires qui suintent le vrai, le vrai qui s'écoulent inexorablement des pores de la peau abîmée d'individus laissés pour compte.

Seulement, et c'est bien là que ce situe le principal grief que j’entretiens envers ce film et que je n'arrive pas à lui pardonner malgré le temps, ce vrai, et bien il sonne faux.

Il sonne faux car Ruffin provoque les situations et fini par construire, à partir de la spontanéité bienvenue des sujets qu'il filme, du factice. Il cherche à leur faire dire, à leur faire faire, à créer des émotions, ou à les faire jaillir.
Bien dommage, n'est-il pas ?

J'aurai pu taxer le film de militantisme putassier, vulgaire et vain. J'aurai pu et si je ne le fais pas c'est uniquement car j'ai l'impression, une impression aussi malsaine que persistante, que ce film exploite le malheur de ces gens-là, ceux qui font des grands slurp avec leurs soupes froides.

Perret, donc, revenons à son regard de cinéaste qui, il n'en est pas à son coup d'essai, se veut engager. Et bien, je peux affirmer sans sourciller que ces deux là font la paire, au détriment des gilets jaunes.

Ils sont multitude, on le sent et le sait mais leur malheur semble exploité, par le montage qui tantôt se veut racoleur et tire-larmes, tantôt se veut artifice grossier et réalité brute. Paradoxal ? Certes, vain surtout.

Le film, s'il a le mérite de montrer les gilets jaunes j’entends les hommes et femmes qui le portent, sans les mêmes a priori que dans les médias que Ruffin et sa bande se font un plaisir de critiquer, c'est pour en créer de nouveaux. Ainsi, de fachos casseurs, on passe à des pauvres désespérés. Habile.

Habile ?

Pour duper, oui, mais ici, on exploite le malheur des gens, on propose des séquences que l'on dit brutes et véritables. Je dis "on" car Ruffin et Perret sont à blâmer.

Oui, mais à blâmer de quoi ?

D'exploiter, à des fins qui se taisent militantes mais qui ne dupent personne, la vie, les pleurs et la détresse des citoyens qui ne demandent qu'une chose, selon moi -permettez moi le doute ou l'erreur- qu'on les écoute, vraiment.

L'enfer est pavé, bien malheureusement, sont-ce des bonnes intentions, je vous laisse juge.

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