Un gros cran en dessous des deux précédents

Avis sur Jason Bourne

Avatar Cage
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Nicky Parsons hacke la CIA dans l’espoir de rendre public leurs programmes d’assassins clandestins. Dans le lot des dossiers chouravés, certains vieux dossiers concernent Jason Bourne ; lequel se fait discret en Grèce.

Il y a plusieurs gros problèmes. Le premier, c’est Jason lui-même. A l’époque de La mémoire, et même La mort et La vengeance dans la peau, Jason était encore un personnage intéressant. Certes, un ancien tueur repenti, donc un mec bourrin sur les bords, mais justement pas tant que ça, et c’était ça l’intérêt. Or là, comme ils n’ont plus grand-chose à dire sur lui, on fait sortir du chapeau la possibilité de le réintégrer, et on lui glisse des ennemis personnels. Sincèrement, qu’il puisse ne serait-ce qu’envisager revenir bosser à la CIA me semble totalement surréaliste (Brian Cox disait dans Bourne 2 « Non mais vous ne croyez pas sérieusement qu’il va reprendre du service ? ») après ce qu’il a vécu. Par patriotisme ? Pas crédible. Son patriotisme n’était pas flagrant avant, ni même dans ce film… Quant à l’extension de sa quête via les révélations sur son père, la vengeance qui s’en suit, allez je veux bien y croire dans le principe, et c’est effectivement le seul vrai enjeu qui motive le spectateur dans le film, mais ça sonne hyper creux pour deux raisons. Bourne et ses ennemis.

Oui parce qu’à force de déshumaniser Bourne, il est plus hyper attachant le gaillard. Et ses ennemis n’intéressent guère plus (un méchant réussi c’est souvent un film réussi), Tommy Lee Jones fait son sourire carnassier et ses coups de pute, Cassel est épouvantable a jouer les gros durs j’en peux plus. Ce qui fait qu’on a un Bourne, l’ombre de lui-même, qui traque un type lié à un drame personnel qui date de 15 ans, sans qu’ils ne se soient jamais vu donc bonjour l’implication dramatique dans une vengeance. Les enjeux liés au personnage sont ratés, c’est indéniable, d’autant que Matt Damon/Bourne est plus monolithique que jamais ; il ne parle d’ailleurs presque plus, sinon lorsque c’est absolument nécessaire. Les rôles secondaires sont aussi anecdotiques, le Steve Jobs indien qui fait ses présentations en baskets, Alicia Vikander qui joue un jeu trouble de gentil/méchant par ambition (mais qui par défaut se retrouve a être l’un des personnages les plus nuancés). J’irais jusqu’à dire que les personnages de Bourne : L’héritage étaient au final plus intéressants, le film était d’ailleurs pas si mal.

Et au fait, à la CIA, il y a un turnover de fou, ça change de poste tous les 6 mois ? Faut envoyer son CV ? On te sort toujours du chapeau des nouveaux hauts responsables qu’on n’avait pas vu avant.

Bref, tout ça pour dire que le film n’est pas intéressant dans ce qu’il raconte en définitive. Le manque d’attrait, nouveau, pour le héros, casse quand même bien la machine. Jusqu’ici, Bourne arrivait à être un héros qu’on voulait suivre et apprécier (sa relation avec Marie, ses remords dans la scène poignante de confession dans Bourne 2), ici non.

Donc au final, ça ne vaut pas le coup ? Si. C’est pas tant pour ce que ça raconte, que comment ça raconte. Et je ne vais pas réinventer la roue, Greengrass maîtrise. Il est presque arrivé à maturité de son style et nous offre de vraies séquences exceptionnelles. La scène d’émeute a Athènes, c’est une putain de maxi-tuerie, rien que pour cette scène ça mérite le ticket. C’est pas compliqué, on y est, totalement. J’étais scotché. La poursuite a Vegas hyper bien branlée aussi mais un cran en dessous. Oui parce que des flics aussi incompétents, ça va 2 minutes, et aussi parce que le film semble tomber dans la surenchère de bagnoles cassées, ça manque de finesse. Mais elle déchire quand même cette poursuite, un modèle de rythme, montage, cadrage, tu piges tout et ça va a 100/h.

(et faut aussi avoir l’indulgence de mettre de côté que Cassel est le tueur clandestin le moins discret de la planète, qui roule avec un véhicule du SWAT en plein Las Vegas, en faisant bien attention de bien casser tout ce qu’il peut, histoire d’être certain d’être repéré). Je rajoute cette chute de 5 étages de Bourne absolument somptueuse, ou la caméra lui colle au cul dans sa chute.

Tout l’intérêt du film est là, voir Greengrass porter sur ses épaules des morceaux de bravoure. Oui et puis bon l’histoire se suit sans déplaisir non plus hein, même si ça n’a plus la saveur d’avant.

Donc c’est moins bien que Bourne 2 & 3, mais c’est a voir quand même pour la mise en scène.

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